pâques à New York
C'est la première fois en douze ans à New York que j'ai pensé à Blaise Cendrars, ces jours derniers. Comme une urgence, il a fallu que je trouve les Pâques à New York, un poème que j'avais lu et relu cent fois, adolescente et jeune adulte, mais ma vieille édition n'a jamais franchi l'Atlantique. Chasse fructueuse même si un peu décevante, puisque que je n'ai trouvé qu'une édition américaine des poèmes, avec l'original français en fin de recueil, mais si mal mis en page. Alors, je l'ai relu assise sur un tabouret de la librairie, en ai recopié ces passages sur mon agenda:
Seigneur, l'aube a glissé froide comme un suaire
Et à mis tout à nu les gratte-ciel dans les airs
Déjà un bruit immense retentit sur la ville
Déjà les trains bondissent, grondent et défilent
Les métropolitains roulent et tonnent sous terre
Les ponts sont secoués par les chemins de fer.
La cité tremble. Des cris, du feu et des fumées.
Des sirènes à vapeur rauquent comme des huées
Une foule enfiévrée par les sueurs de l'or
se bouscule et s'engouffre dans de longs corridors
Trouble, dans le fouillis empanaché des toits
le soleil, c'est votre face souillée par les crachats.
.... New York, avril 1912
Que n'a-t-on dit des Pâques, qu'elles ont été à l'origine de la poésie moderne, qu'elles sont LE premier poème moderne, inspirant follement Zones d'Appollinaire. J'ai toujours préféré Cendrars au maître. Toujours. Plus fou, plus sincère, plus brut d'une certaine manière, moins maniéré. Je me suis demandée ces jours ce qu'il écrirait aujourd'hui de New York.
portrait par Modigliani



Comment ça maniéré Apollinaire?
La première fois que tu penses à Cendrars en 12 ans? Un Suisse en plus?
Et son poème, si beau, sur l'amour et l'évasion, "Tu es plus belle que le ciel et la mer", dont je t'avais parlé? Tu en fais quoi? Tiens, lis ça:
"Quand tu aimes il faut partir
Quitte ta femme quitte ton enfant
Quitte ton ami quitte ton amie
Quitte ton amante quitte ton amant
Quand tu aimes il faut partir (...)
Je prends mon bain et je regarde
Je vois la bouche que je connais
La main la jambe l'œil
Je prends mon bain et je regarde
Le monde entier est toujours là
La vie pleine de choses surprenantes
Je sors de la pharmacie
Je descends juste de la bascule
Je pèse mes 80 kilos
Je t'aime"
Ce poème, c'est un peu un départ vers New York, aussi.
Tu as raison, cela dit, ses "Pâques" sont magnifiques. Ses vers, qui ont presque un siècle, sont toujours d'actu. Le feu, les fumées, les cris, les huées, les tonnerres, les sueurs, les crachats ont-ils vraiment disparu?
Posted by: Jacques | April 17, 2006 at 03:58 AM
Mea Culpa, Jacques. Je sens que nous avons encore de belles matières à discussion. A très vite, pour parler poésie et littérature dans les rues de New York.
ps. je concède que le "maniéré" est un peu fort, mais je garde les autres qualificatifs pour Cendrars.
Posted by: MariaPia | April 17, 2006 at 10:54 AM
Je te l'amène cet été? Dans une belle édition?
Finalement, je retire les points d'interrogation.
Bises
Posted by: La grande Loulou | April 17, 2006 at 06:24 PM
ça c'est vraiment chic Loulou, je te fais signe si je devais passer en Europe avant, auquel cas je retrouverai sans doute ma vieille édition dans les cartons du galetas...
bises
Posted by: MariaPia | April 18, 2006 at 10:48 AM
tu parles bien de poésie.. avec une telle fougue.. !
Posted by: Christie | April 18, 2006 at 03:31 PM
Merci Christie, venant de toi, ce compliment me touche très fort.
Posted by: MariaPia | April 18, 2006 at 03:34 PM