les dimanche à New York (2)
Il y a ceux qui ne jurent que par Central Park, officiellement étiqueté dans tous les guides et ailleurs, le "poumon" de New York. Le park est très beau. Rien à dire. Mais je préfère aller respirer du côté de Coney Island, au bord de la mer. Et quand je cherche un peu d'ombre, je lui préfère les "community gardens", nés de la volonté des habitants de s'emparer des lotissements laissés vacants par la ville voire même par des privés suite à la grave crise financière des années 70. On en dénombre aujourd'hui plus de 600, la plupart dans les quartiers (anciennement) les plus défavorisés, là où les spéculateurs étaient moins empressés de vouloir re-construire.
J'ai de la chance, il y en a encore une bonne dizaine dans mon quartier, du côté d'AlphabetCity. J'aime particulièrement celui à l'angle de la 9e Rue et d'Avenue C, avec ses recoins, ses tonnelles et ses allées ombragées. Quiconque habitant le quartier peut devenir membre d'un jardin. En s'acquittant d'une petite donation, il obtient même le droit de jardiner un petit lopin à sa guise. Ce qui me surprend toujours, c'est que les gens ici ne plantent presque pas de légumes, mais uniquement des fleurs et parfois des plantes aromatiques... Les règles varient d'un jardin à l'autre. Certains peuvent être utilisés pour des fêtes par leurs membres, dans d'autres, des scènes ont été aménagées pour des spectacles ou des concerts.
L'existence même de ces poches de verdure est un anachronisme dans une ville qui compte le moindre de ses mètres carrés constructibles. L'ancien maire, Rudolf Giuliani, avait bien essayé en 1999 de déloger une partie de ces citoyens-jardiniers. Il avait été pris à son propre piège. Lors d'une mise aux enchères de 112 jardins, organisée par ses soins, la chanteuse Bette Midler à la tête de plusieurs organisations écologiques réussit à réunir plus de 4 millions de dollars et à en sauver près de 60, gérés aujourd'hui par une association ad hoc. Depuis, la plupart des jardins restants ont été placés sous la tutelle du Département des parcs de la ville de New York, sauvés des spéculateurs suite à un accord entre le procureur de l'Etat et la ville.




Tu nous fais découvrir un NY inconnu, et c'est toujours passionnant. Merci MariaPia, et bon retour.
Posted by: grannymary | June 12, 2006 at 01:28 AM
Une jolie histoire illustre bien les deux caractéristiques américaines: d'une part, faire de l'argent à tout prix, mais aussi utiliser cet argent pour des causes choisies. Les Français stigmatisent toujours la première et semblent ignorer la seconde.
Posted by: onlyinsanfrancisco | June 12, 2006 at 07:37 AM
Une chose que je n'ai pas comprise: ces jardins sont-ils accessibles à tous ou seulement à leurs membres?
S'ils sont ouverts au public, quel est l'intérêt d'être membre?
Merci,
A.
Posted by: Adrienhb | June 12, 2006 at 01:37 PM
Adrien,
être membre te permet de réserver le jardin pour une soirée ou un événement privé ou d'avoir accès à un lopin de terre pour faire pousser tes asperges ou ton romarin, de bénéficier en gros d'avantages spécifiques et de te sentir un peu maître des lieux. Mais c'est vrai qu'ils sont ouverts à tout le monde. Devenir membre c'est donc avant tout un signe de solidarité pour le faire exister.
Only, oui ces gestes sont monnaie courante ici, je me souviens de la surprise à l'époque lorsque nous avons appris que tous ces jardins étaient sauvés grâce à Bette Midler et ses amis écolos.
Posted by: MariaPia | June 12, 2006 at 02:21 PM
Merci pour la précision.
Une dernière question: une carte de membre est-elle chère?
A.
Posted by: Adrienhb | June 13, 2006 at 05:17 PM
une dizaine de dollars par an ou un peu plus selon les jardins, vous habitez New York Adrien?
Posted by: MariaPia | June 13, 2006 at 08:09 PM
Désolé du retard dans ma réponse.
Et merci pour la votre.
Non, non, je suis parisien. Mais je ne dirais pas non pour m'installer à New York, ne serait-ce que pour un temps. J'en garde de superbes souvenirs!
A.
Posted by: Adrienhb | June 24, 2006 at 07:28 PM