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Ils sont partis

J'ai appris tout à l'heure que Winnie et Bobby, les deux sans abris indiens de l'East Village, sont morts cette année à quelques semaines d'intervalle. J'avais vu Winnie il n'y a pas si longtemps. Il est mort d'une cyrhose du foie, à en croire l'homme qui donnait la nouvelle dans l'épicerie jordanienne du coin.

Il était difficile de ne pas remarquer Winnie. Ses cuites dans le quartier étaient légendaires. Il était capable de cuver à même le macadam, des heures durant, par n'importe quel temps. Souvent en face de chez moi, devant le vidéo store polonais. Un sans abri bourré et ronflant, le Winnie. Il paraît qu'il ne voulait pas mourir sans que personne ne sache rien. Alors, il est parti voir ses parents, dans l'Ouest. C'est là qu'il est mort, d'après l'homme de l'épicerie.

Bobby, c'est une autre histoire. Il portait son origine comme un trophée. Ses grands cheveux noirs généralement noués en une longue natte, plus rarement détachés sur les épaules. Je l'avais remarqué dès mes premières années dans l'East Village. Il se tenait le plus souvent à l'angle de St-Marks Place et 1ère Avenue, assis en tailleur contre le mur du petit théâtre. Il avait toujours des histoires à raconter. Il m'a dit un jour qu'il essayait de récolter de l'argent pour rentrer chez lui, chez les siens. Il est mort dans un hôpital de New York, d'après l'homme de l'épicerie.

I learned today that Winnie and Bobby, the two native Americans homeless, two fixtures of the East Village, died a few months apart, last year. Winnie was able to make it to his parents, in the West. He did not want to die without no one knowing. Bobby was the more impressive of the two. A big stature. He wore his origins like a trophee. His long hair attached in a ponytail.

I remember him sitting on St-Marks Place and 1st avenue, his legs crossed. He was always telling stories. He told me one day he wished he could make enough money to go back to his people. He died in a New York hospital. Or so said a man tonight in the Jordanian grocery next door.

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Comments

c'est curieux, ces personnes familières ne nous sont rien, et elles manquent à notre paysage quand elles disparaissent... bonne journée MariaPia !

Je vous envoie le soleil de ce matin, en hommage à ces deux résistants à la vie difficile Winnie et Bobby.
Ils ont fini de ramer.
Bonjour à "l'homme de l'épicerie" qui, à sa manière lui aussi, leur prêtait attention.

@Christie :
"ces personnes familières ne nous sont rien..elles manquent à notre paysage" merci de m' expliquer votre pensée. Avec sympathie.

@Maria Pia, Merci de me les avoir fait "connaître" J'imagine les histoires de Bobby. Elles font écho à ce que m'ont raconté des Attikamek, perdus entre deux mondes...

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