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September 2006

center of the world

Un commentateur sur CNN tout à l'heure s'en prend au timing des Nations Unies. Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad devait prendre la parole devant l'Assemblée générale de l'ONU. "A 19h30, du prime time, alors que Bush s'est exprimé à midi!". Il s'étranglait presque. Et CNN de diffuser le discours d'Ahmadinejad en direct. Sans pub ni coupure. C'est la seule chaîne américaine à l'avoir fait. J'ai failli leur envoyer un mail pour leur rappeler qu'il y avait 23 autres fuseaux horaires sur la planète. Et qu'il était "prime time" au Moyen Orient quand Bush s'est exprimé.

A CNN commentator almost choked realizing that Iranian president Mahmoud Ahmadinejad was about to speak at the UN in front of the General Assembly at around 7.30 pm. "They gave the guy prime time, Bush got to speak at noon!". CNN proceeded by airing the speech live, without interruption of any kind. They were the only one airing it. I almost wrote them an email reminding them of the 23 other "prime time" in a day on the planet. When Bush spoke it was prime time in the Middle East.  Fair game isn't it?

Ils sont partis

J'ai appris tout à l'heure que Winnie et Bobby, les deux sans abris indiens de l'East Village, sont morts cette année à quelques semaines d'intervalle. J'avais vu Winnie il n'y a pas si longtemps. Il est mort d'une cyrhose du foie, à en croire l'homme qui donnait la nouvelle dans l'épicerie jordanienne du coin.

Il était difficile de ne pas remarquer Winnie. Ses cuites dans le quartier étaient légendaires. Il était capable de cuver à même le macadam, des heures durant, par n'importe quel temps. Souvent en face de chez moi, devant le vidéo store polonais. Un sans abri bourré et ronflant, le Winnie. Il paraît qu'il ne voulait pas mourir sans que personne ne sache rien. Alors, il est parti voir ses parents, dans l'Ouest. C'est là qu'il est mort, d'après l'homme de l'épicerie.

Bobby, c'est une autre histoire. Il portait son origine comme un trophée. Ses grands cheveux noirs généralement noués en une longue natte, plus rarement détachés sur les épaules. Je l'avais remarqué dès mes premières années dans l'East Village. Il se tenait le plus souvent à l'angle de St-Marks Place et 1ère Avenue, assis en tailleur contre le mur du petit théâtre. Il avait toujours des histoires à raconter. Il m'a dit un jour qu'il essayait de récolter de l'argent pour rentrer chez lui, chez les siens. Il est mort dans un hôpital de New York, d'après l'homme de l'épicerie.

I learned today that Winnie and Bobby, the two native Americans homeless, two fixtures of the East Village, died a few months apart, last year. Winnie was able to make it to his parents, in the West. He did not want to die without no one knowing. Bobby was the more impressive of the two. A big stature. He wore his origins like a trophee. His long hair attached in a ponytail.

I remember him sitting on St-Marks Place and 1st avenue, his legs crossed. He was always telling stories. He told me one day he wished he could make enough money to go back to his people. He died in a New York hospital. Or so said a man tonight in the Jordanian grocery next door.

Mass Index

Corset_buste_mannequinTiens, l'Espagne vient d'interdire le droit de défiler aux mannequins trop maigres! Coïncidence, j'ai assisté hier à un défilé, celui de Yamamoto pour sa collection Y3. Je m'étais réjouie car j'adore ses créations, même si je préfère sa ligne haute couture.  Mais la vision de ces filles décharnées, sans seins, sans hanches, sans fesses, livides de surcroît et tirant toute la gueule (comme si ça faisait envie) m'a profondément perturbée.

Le gouvernement espagnol dit avoir pris cette décision en raison du mauvais exemple que cela donnerait aux jeunes filles. J'ajouterais qu'on devrait imposer les sourires. Il y a une jeune fille, hier soir, qui a éclaté de rire à un moment, car elle a failli tomber du tapis roulant qui les ramenait à la case départ (du plus bel effet d'ailleurs ce tapis roulant). Je l'ai trouvée jolie, juste à ce moment. Ce fut le seul instant intense de ce défilé.

taxi politics

Dans le taxi qui nous amenait à une fête samedi soir, le chauffeur, féru d'infos de ses propres dires, commentait la visite remarquée de Sarkozy aux Etats-Unis: "Ecoutez-moi bien, Sarkozy, c'est le prochain Bush". Un slogan de campagne non?

Il explique: "Bush avait fait campagne sur la promesse d'unir le pays, il l'a divisé".

In a cab Saturday night, the driver, a news junky by his own words, commented on Nicolas Sarkozy's visit to the United States, the very vocal wannabe next president of France. "Listen to what i say, Sarkozy is the next Bush. Remember, Bush campaigned saying he would be a uniter, he has been a divider".

grosse fatigue

Le président est en ville pour deux jours. Pour une commémoration à Ground Zero aujourd'hui. Pour un déjeuner avec des pompiers et des secouristes demain, entre autres événements. Deux faisceaux lumineux bleus éclairont le ciel de Manhattan ce soir à partir des empreintes des  tours jumelles comme le veut la coutume à chaque anniversaire. Ces commémorations me dérangent, comme me dérange encore plus la pression exercée sur la presse pour ne pas oublier de bien marquer l'événement. 

Un sondage m'a étonnée cette semaine. Il affirme que 30% des New Yorkais pensent encore aux attentats tous les jours. J'étais là le 11 septembre, je n'y pense pas tous les jours. Nous  avons discuté ce sondage entre amis l'autre soir, pour constater qu'il y avait comme une pudeur à parler de l'événement. Nous ne savons toujours que peu de choses de ce qu'a vécu une de nos amies par exemple, qui travaillait au World financial Center. Elle a vu des gens se lancer des fenêtres du WTC, elle a vu des cadavres sur la chaussée, elle a pris la fuite dans les débris, mais elle n'en parle pas ou très peu, par bribes parfois. Le frère d'un ami, pompier, est mort ce jour-là. Je suis passée un jour avec une de ses amies, quelques mois après les attentats, déposer une gerbe dans la caserne où il était stationné.

Dès que je sors de New York en revanche, on me pose souvent la question. "Y étais-tu?, comment était-ce?" Et chaque fois cette difficulté de dire. Je me raccroche aux mots écrits  (mon journal de ces journées au bas de cette note) alors, entre deux tournages. Aujourd'hui, je l'admets. J'ai eu peur. Surtout quand Giuliani a annoncé la fermeture des ponts et tunnels. Sentiment d'être  prise au piège dans la grande ville. J'ai eu peur quand certains médias ont annoncé qu'onze autres avions étaient portés disparus.  Je me suis demandée ce que faisait le président?

Je n'ai finalement pleuré vraiment que beaucoup plus tard, lors des attentats de Madrid. J'étais au Guatemala, j'avais appris la nouvelle avec un jour de retard. J'ai pleuré pendant des heures. Le 11 septembre me revenait en mémoire, avec brutalité.

President Bush is in town for two days. For a ceremony at Ground Zero today, and then for a lunch with firefighters and rescuers tomorrow, among other events.  A Tribute of light will be lit again from the footprint of the towers. I am not very comfortable with commemorations. I am even less comfortable with the pressure put on medias to cover them.

A recent poll from the NY Times surprised me. It says about 30% of New Yorkers think of 9/11 everyday. I was here. I don't think of it every day. We discussed it with a few friends this past week and realized how much difficult it has been to talk about that day. It's only when i leave New York that i speak about it, because people always ask me: "where you there?".

I admit it now, i was afraid that day. Especially when Giuliani said all accesses to Manhattan were closed. I felt trapped. I was afraid again when medias reported that 11 more planes were unaccounted for. But it took me years to let emotions fully go. It happened when Madrid was hit. I was then in Guatemala and learned of those terrorists attacks the next day. I couldn't stop crying, for hours. The brutality of 9/11 was back, in full blast.

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New York Cool

Ca s'est passé jeudi soir dernier devant Radio City Hall à New York où se déroulait la cérémonie des Awards de MTV. Le rapper Mos Def a été arrêté par la police pour avoir osé un rap impromptu: "Katrina Clap" dénonçant l'inaction de l'administration Bush à la Nouvelle Orléans. Officiellement, il a été embarqué pour utilisation d'une sono sans autorisation préalable. New York perd son cool.

Mos Def was arrested last Thursday night in front of Radio City Hall in New York for performing his rap "Katrina Clap", a song denouncing the Bush administration's conduct during Katrina's aftermath in New Orleans. Officially, he was taken to jail for use of a sound system without permit. Just after the MTV's awards, yes. That's the new edgy New York.

haint blue

Img_1707Mon ami B. ne croit pas en Dieu. Mais, il croit aux fantômes. A Christophe, qui en demandait  plus, je ne puis que dire que tout le monde ou presque à la Nouvelle Orléans croit aux fantômes. Leur présence est partout, dans les cimetières surélevés, dans les vieilles maisons du Vieux Carré où travaillaient les esclaves noirs, dans les anciennes plantations et même dans votre chambre d'hôtel. Bob Dylan en parle dans ses mémoires. B. m'a assuré avoir senti l'esprit des morts de Katrina, mardi dernier, un an jour pour jour après la Tempête, quand j'ai surtout senti l'émotion vive d'une ville encore meurtrie et vide. 

Avant K, des tours proposaient déjà la visite des lieux hantés de la ville.  Des chasseurs de fantômes certifient avoir immortalisé l'image de ceux qui hantent Jackson Square, le soir, après minuit. J'ai essayé de tendre l'oreille dans la nuit noire de la Nouvelle Orléans. Mais à chaque fois, je n'ai entendu que le bruit assourdissant des crickets.

J'ai aimé l'histoire des porches. Peints le plus souvent d'un bleu profond, même quand il jure un peu avec certains des autres coloris choisis. La légende assure que ce "haint blue" (dérivatif de haunted-hanté), que l'on trouve dans tout le Sud des Etats Unis, chasse les mauvais esprits. Je me suis demandée si les trop nombreuses maisons aux porches désormais délavés sont toujours protégées.

Img_1706My friend B doesn't believe in God, but he believes in ghosts. In New Orleans, you will rarely find someone who doesn't believe in ghosts. They are everywhere, in the elevated cemeteries of course, in the French Quarter houses where slaves used to work, in the former plantations and even in your hotel room where they will turn the faucets at night. Bob Dylan mentions them in his chronicles. B. said he felt the deaths of Katrina, last Tuesday, one year exactly after the Storm.

Ghosts' tours are still offered to tourists. Ghosts chasers are convinced they were able to photograph some of the phantoms that wander around Jackson Square at night. But when i tried to listen through the dark nights of New Orleans, i could only hear the deafening sound of crickets.

I then heard about the porch's ceilings. Most of the time paint in blue, "haint blue". A profound blue supposed to keep bad spirits away. Haint blue porches can be find all over the South. I wondered if all the now faded porches of New Orleans are still protected.

note by note

Chief_victorLe président George Bush est venu écouter une messe à la Cathédrale St-Louis (public choisi et by invitation only), il a ensuite parlé dans une école de Mid-City, un quartier inondé du centre ville (sur invitation toujours). Le maire, Ray Nagin, paradait en tête d'un Jazz funeral (ces parades funéraires typiques de la Nouvelle Orléans) à la mémoire des victimes de Katrina, devant un public clairsemé. Les commémorations officielles de K+1 ont été largement boudées par les citoyens de la Nouvelle Orléans. Ils ont préféré se réunir par petits groupes, souvent par quartier, généralement sur les sites où les digues avaient cédé il y a un an.

Et toujours les tambours. Ceux qui ont rythmé le service funéraire du Lower Ninth, pour une cérémonie très traditionnelle empruntant largement aux rites africains et caribéens. Ceux de Congo Square qui ont résonné longtemps après les disccours et spectacles organisés par des groupes alternatifs en opposition aux célébrations officielles. Les participants sont restés par petit groupes jusqu'à la tombée de la nuit pour un cercle de tambours entrecoupé de stances scandées et spontanées où l'ont reconnaît la paternité du rap.

Ceux encore, le soir, du côté du club Tipitina's, des principaux Brass Bands de la ville qui s'étaient donnés rendez-vous pour la remise d'instruments de musique, achetés grâce aux généreux dons faits à la fondation éponyme du club, à des centaines d'enfants en classe de musique. Ceux encore, quelques jours plutôt du Brass Band d'Andrew "Trombone Shorty" pour la parade du "midsummer mardi gras" qui a égayé les rues d'uptown comme ils l'avaient fait un an plus tôt, la veille exactement de l'arrivée du terrible ouragan qui allait dévaster la ville.

Robert1_1"Nous reprendrons la Nouvelle Orléans note par note", avait dit quelques soir plutôt le leader du Trémé Brass Band dans le légendaire club Vaughn's. Alors oui Ma%Dam, la musique et le jazz sont toujours vivants à la Nouvelle Orléans. Le futur des groupes dépendra sans doute aussi bien du retour (toujours incertain) des habitants que des touristes. Mais ceux qui sont revenus se battent pour faire vivre leur culture. Comme Robert, qui a tenu a marché sous un soleil de plomb en tête du "second-line" qui ralliait le Lower Ninth à Congo Square, ce mardi. Il a fini à l'hôpital, déshydraté et épuisé. Je l'ai appellé le lendemain. Remis, et heureux d'avoir honoré les morts comme il se doit. En musique.

Boy_1President Bush sat at a funeral service in St-Louis Cathedral, close to the public. He then went to give a speech in a Mid-City School (by invitation only). The mayor, Ray Nagin, lead the Jazz Funeral from the infamous Convention Center to the infamous Superdome, where Katrina evacuees had gathered before and after Katrina. The crowd was scarce. People from New Orleans didn't pay much attention to the "official" celebrations, one year after Katrina. They preferred the intimacy of small events, organized in their neighborhood, near the sites where the levees broke that fateful day.

And always, the drums. Those used during the traditional ritual observed in the Lower ninth ward's funeral service. Those played later, in Congo Square, in a spontaneous drums circle after the speeches and shows put together by alternative groups in opposition to the "official" Katrina's celebrations. Those of the brass bands that gathered that same night at Tipitina's for the annual instrument's gave away by the Tipitina's foundation for children in music programs. This year they collected more than 500 000 dollars.

TipitinasFinally, those played a few days earlier by Andrew's "Trombone Shorty" Brass Band during the traditional midsummer carnival uptown. To a friend who asked, yes, music is well and alive in New Orleans. Of course, the future of many bands will depend of the people's return as well as tourists. But for those already back, the music is always part of the reason they invoked for their being there.  Like Robert, chief of a pleasure club in the Lower ninth, who had to be taken to the emergency room after an exhausting walk from his neighborhood to Congo Square. No way he would have missed the march. I called him the next day, back on his feet and happy he did it.

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