New Orleans Blues
Lors de chaque séjour à la Nouvelle Orléans, la même tension: chercher du regard les signes tangibles d'un changement, d'une amélioration. Il n'y a quasiment plus de toiles de plastique bleu sur les toits, les toitures des maisons à peu près saines ont été retapées, ramassés aussi les frigos nauséabonds qui jonchaient les rues et qui avaient fini par devenir des supports à graffiti et autre geste artistique. Mais c'était il y a longtemps déjà.
Cette fois-ci, je n'ai rien vu ou si peu. Hier soir, on a réparé le lampadaire du coin de la rue où j'habite. La ville sort du noir, lampadaire par lampadaire. La Mairie a annoncé lundi que l'agenge fédérale des situations de crise venait de lui allouer un crédit et une caravane-atelier (ah les trailers...), rebaptisée promptement "Signs' Post", pour refaire les quelques 22000 signaux tordus ou égarés par Katrina, mais certains quartiers devront attendre le mois de mars pour voir les leurs. L'eau potable est enfin à nouveau disponible dans le Lower 9th Ward, mais l'électricité manque toujours, ce qui veut dire qu'il faudra encore attendre avant de pouvoir installer les caravanes promises par le gouvernement fédéral dans cette partie de la ville. La plus pauvre. Et la seule qui n'a toujours pas reçu ses trailers.
Je sens autour de moi le découragement en ce début d'automne. Les logements publics, non seulement n'ont pas rouvert, même ceux qui n'avaient pas été inondés, mais leur démolition est officiellement annoncée, avec la promesse vague de reconstruire des logements à revenus mixtes. (Une reconversion qui s'accompagne généralement de la perte du 2/3 des appartements réellement subventionnés). Les écoles sont dans un état déplorable, manque de livres, d'ordinateurs, et plus grave d'enseignants, qui ne trouvent pas à se loger à des prix décents dans la région. L'Etat se tâte encore sur les moyens à prendre: bonus financier pour tous les enseignants? logements subventionnés? camp de caravanes spécial?
Cette même semaine, des députés de Baton Rouge, la capitale, se sont pourtant écorchés sur la meilleure façon de dépenser le surplus de l'Etat. Car oui, la Louisiane affiche un surplus budgétaire, sans compter la manne fédérale d'aide à la reconstruction. Mais on se montre tâtillon et procédurier dans l'allocation de l'argent pour les individus comme pour les institutions de la ville. "Nous avons tellement été pointés du doigt pour notre corruption endémique, que nous avons érigé des dizaines de procédures de contrôle", expliquait ce soir une responsable étatique. En attendant, treize, oui 13 personnes ont reçu à ce jour le chèque qui a pourtant été promis à près de 130 000 personnes à bas revenus.
Each time i come to New Orleans, i search for small, tangible signs of change. Earlier this year, the stinky abandoned fridges on the sidewalks were finally picked up. This past summer, the plastic tents covering the damaged roofs were almost all gone, too. Meaning that homes that did not suffer structural damages have been repaired, at least partially. This time around though, i had to look hard for signs of changes.
Last night, a lamppost was fixed at the corner of my street, in the Bywater area. New Orleans is getting off the pitch black night, one block at the time. Monday, the Mayor's office announced they finally got the money and a trailer (another one) to replace the thousands of signs that were destroyed by Katrina. Well, some neighborhoods will have to wait until march, the Lower 9th being the last to get his. At least the neighborhood finally got drinkable water again, though it has still to wait to have electricity in it northern section, the most damaged by the storm. Meaning, the residents are still waiting for the go ahead of FEMA to finally put their trailer on their lot.
I have felt frustration and discouragement around me. The public housing complexes will probably be destroyed, at least part of them. Promises have been made to rebuilt some of them along with mixed income housing, a process that usually claims at least 2/3 of the really subsidized units along the way. So much for the poor. (Alfonso Jackson, Secretary of Housing, had the guts to say, in august, in front of many public housing residents, "that "poor" is a state of mind").
Schools are in a deplorable state. Kids lack books, computers and more tragically teachers. Some of them have already left the system, depressed by the conditions they were asked to work in, others, interested in coming to New Orleans, can't find affordable housing in town. And the State is still weighing what solution is best: a bonus? affordable housing for teachers? what about a trailer's camp for them?
In the meantime, in Baton Rouge, lawmakers were arguing about the best way to spend the surplus. Yes. Louisiana has a big surplus. But the money has yet to arrive not only to individuals but even to the main city institutions. "We were so much pointed out for our endemic corruption, that now we have put in place too many obstacles to finally get to the money", said a state's official tonight. Of the 130 000 or so low income people entitled to get federal money, only thirteen, yes 13, have received their check so far. Talk about obstacles.



thanks god you're back
on doit se sentir bien impuissant avec "juste des mots" pour faire face à cette injustice et ce découragement
et c'est déjà énorme d'en rendre compte..
tendres bises
Posted by: Christie | October 12, 2006 at 05:33 AM
Alors tu es toujours à New Orleans ? Je me demandais où tu étais passée
Posted by: La grande Loulou | October 12, 2006 at 04:05 PM
C'est tres interessant vu de loin de pouvoir suivre ce qui se passe là bas.
Les journaux se contentent juste de nous parler de l'actualité à chaud.
Juste une question SVP,aux USA,dans
les medias est ce que l'on parle de
l'apres catastrophe?Y'a t il une reelle
mobilisation de la societe civile et des
decideurs?
Posted by: Abdé | October 14, 2006 at 08:06 AM
C'est vraiment décourageant ... Et La Nouvelle Orléans a complètement disparu du radar des médias, ce qui ne risque pas de faire avancer les choses plus vite.
Et les touristes, reviennent-ils? J'imagine qu'ils se cantonnent dans le French Quarter, qui a dû être le premier remis sur pied.
Lola
Posted by: Lola | October 14, 2006 at 08:37 AM
Merci de continuer a faire des reportages la bas ..
J'ai vu ton message sur mon blog : merci! Je suis a NY pour deux ans minimum (ecole de journalisme oblige) et j'ai ete gentiment recrutee pour un projet avec Guillemette.
Posted by: Clementine | October 15, 2006 at 05:12 PM
Oui Abdé, il y a une véritable mobilisation de la société civile, même si elle n'est pas toujours soutenue par les décideurs, mais elle joue son rôle de garde fou, j'en reparlerai sur ce blog,
Lola, les touristes reviennent peu à peu mais ils sont encore nettement moins nombreux qu'avant Katrina. Je ne saurais dire qu'ils se cantonnent dans le Vieux Carré, on en voit arpenter les rues du Lower 9th ou d'autres quartiers dévastés. Une curiosité pas malsaine du tout, même les gens du lieu vous diront que les images télévisées ne rendent pas l'ampleur de la catastrophe et qu'il est important que les touristes viennent voir par eux-mêmes que la recosntruction n'avance que très lentement. Ils seront leurs meilleurs porte-voix dans le reste du pays.
Posted by: MariaPia | October 16, 2006 at 02:19 PM