Esprit es-tu là
C'était samedi soir dans le quartier de Marigny, adossé au Vieux Carré. Une cérémonie Vaudou pour conjurer le sort.
Saturday night, a voodoo ceremony to keep the bad spirits out of New Orleans.
« December 2006 | Main | February 2007 »
C'était samedi soir dans le quartier de Marigny, adossé au Vieux Carré. Une cérémonie Vaudou pour conjurer le sort.
Saturday night, a voodoo ceremony to keep the bad spirits out of New Orleans.
Soeur Prejean, connue pour son infatigable combat contre la peine de mort aux Etats-Unis, vient à la rescousse des résidents des logements sociaux de la Nouvelle Orléans. Je vous avais parlé de l'opération de nettoyage et d'occupation des appartements (plus de 5000 au total) toujours fermés, alors que la plupart n'ont subi que très peu de dégâts. Le Département du logement et de l'urbanisme (HUD) a peu apprécié et a immédiatement porté plainte contre les locataires et leurs avocats et réclamé une ordonnance de référé.
Riposte des avocats des résidents: des dizaines de lettres soutien et des déclarations sous serment, dont celle de la nonne catholique, interprétée à l'écran par Susan Sarandon, dans "Dead Man Walking". Soeur Prejean est venue samedi dernier voir par elle-même à St-Bernard. Je ne l'ai pas vue mais on m'a dit qu'elle a immédiatement pris fait et cause pour les anciens locataires des HLM, mettant la main à la pâte. Dans sa déclaration, elle écrit: "voir ces immeubles en si bon état et savoir que des gens ont toujours besoin d'un logement, constitue un péché à mes yeux".
Sa déclaration pourrait avoir de fortes répercussions, car l'Archidiocèse de la Nouvelle Orléans est impliqué dans la démolition et la reconstruction d'un des complexes de HLM. J'ai interviewé plusieurs responsables de l'Eglise catholique, mais je n'ai jamais réussi à obtenir des détails sur les coûts de la construction, sur la gestion future des bâtiments ni même sur les critères d'admission dans le nouveau complexe.
Bien qu'il affirme que la décision de démolir a été prise par les autorités fédérales, l'archevêque n'a jamais dénoncé publiquement l'éloignement forcé des plus pauvres, noirs surtout, depuis Katrina. Il n'est du reste toujours pas clair qui de HUD ou de l'Archevêché est à l'origine de cette alliance, les deux se renvoyant la balle. L'implication de Soeur Préjean va donner de la visibilité au débat et peut-être obliger l'Archevêché à se prononcer clairement. Alors que l'affaire n'était jusqu'ici relayée que par les blogs et la presse locale, la déclaration de Soeur Préjean a été reprise dans la presse nationale grâce une dépêche AP.
Soeur Prejean, known for her fight against the death penalty and whose life was interpreted by Susan Sarandon in Dead Man Walking, joined the cause of the residents of public housing in New Orleans. I told you earlier about the day of action at St-Bernard, when residents, supporters and activists went inside the complex to clean their units and made a public statement about the shape of their apartment. Well, after a few days of not so candid observation, the Housing and Urban Department (HUD) asked the court to put a restraining order on all residents, their lawyers and their supporters, who, they claimed, are damaging HUD's properties (when they are actually cleaning them) .
The judge hasn't ruled yet. But he is submerged by affidavits from supporters of public housing residents, Soeur Prejean being one of them, as well as Robert Elliott, who served as General Counsel of HUD under Richard Nixon. Soeur Prejean says is in very pious terms: "In my mind, to know that those homes are sitting there in decent shape, when so many need housing, is a sin".
This will certainly not please the Archdiocese who stroke a deal very early on with HUD (with no bid) to take over the Lafitte's complex where over 900 people used to live pre-K. Even though the Archdiocese claims it will follow the "one on one" policy, meaning every former resident will have a right to return in a subsidized home, history has shown a very different picture in New Orleans (in the now demolished St-Thomas complex, less than 10% of former residents have been able to return and HUD is planning to hire the same developer to redo St Bernard). Beside, by accepting to redo Lafitte, the Catholic Church is now on board with HUD, who made it clear that all New Orleans public housing will be remodeled in mixed income Housing apartments.
Il est parti le grand Kapuscinski, cette semaine à Varsovie. Un de ceux qui me rassurent quand je doute de mon métier, parmi quelques autres. NPR lui a rendu hommage ce soir, en rediffusant une interview datant de 1998.
Kapuscinski left us this past Tuesday. When i doubt my profession, i like to turn to his writings among a few others. NPR paid him homage tonight by airing an interview dated 1998.
C'est en disant "don't worry dawlin" à quelqu'un que je connais à peine que j'ai réalisé être en train de me fondre inconsciemment dans la patine de la Nouvelle Orléans. Ne soyez surtout pas choqué si un parfait inconnu, la caissière du supermarché ou un politicien local, vous saluent d'un "wher y'at, sweetie?" Pour "how are you?". On adore les douceurs et les sucreries dans ce coin de pays. J'arrive aussi systématiquement en retard ( ce n'est pourtant pas mon habitude) et je suis rarement la dernière. J'ai même appris à hugger correctement et spontanément, ce serait très rude de ne pas le faire et de toute façon, ici, c'est naturel. On hug tout le monde, ou presque.
Y a qu'un truc que je n'arrive pas encore à prononcer du premier coup "Who dat Say Dey Gonna Beat Dem Saints?". C'est l'hymne régional. Qu'on entend en boucle depuis que les Saints, l'équipe de football (américain) locale est arrivée pour la première fois de son histoire (40 ans, peu ou prou) en finale de division. Une victoire dimanche à Chicago les propulserait au Superbowl, la finale des finales, entre le vainqueur du championnat de la ligue nationale et le vainqueur de l'autre, championnat je veux dire.
Je n'ai pas encore bien compris cette histoire de deux championnats parallèles, mais j'apprends les règles du football. Après 13 ans aux States, il était temps, me direz vous. A ma décharge, c'est la première fois qu'une finale de football a un sens pour moi. La ville entière fait bloc derrière son équipe. Après voir dû déménager à San Antonio (TX) après Katrina faute de stade, les Saints n'ont retrouvé leurs murs (le Superdome) dans la controverse, qu'en septembre dernier. Certains étaient outrés que l'on puisse rejouer au football dans cet endroit où tant d'évacués ont été livrés à eux-mêmes pendant plusieurs jours pendant et après Katrina.
Depuis, leur fulgurante saison a eu raison des critiques. Exutoire ou fierté, la Nouvelle Orléans, qui peine toujours à se relever, veut la coupe (enfin le superbowl). Comme un augure, pour son futur. On la lui souhaite.
When i heard myself say "don't worry, dawlin'", to someone i barely know, i realized i am slowly but surely melting into this place. Indeed, you should never be shocked in New Orleans if a perfect stranger, a supermarket cashier, let's say, or a local politician, asks you "Where y'at, sweetie?" (for how are you doing?). It would be rude. It's all about honey and sugar around here. I am also running late, in a systematic way, and i am rarely the last to show up at an appointment. Time is a very, very flexible notion here. I even learned to finally "hug" the American way. Everybody hugs you in New Orleans, all the time.
The only thing i didn't learn to pronounce correctly yet is "Who dat Say Dey Gonna Beat Dem Saints?". I got to get practice, and soon. Especially now, that the Saints are one stop short of the Superbowl.
C'était pourtant sa promesse de campagne. le sénateur Joe Lieberman, indépendant, anciennement démocrate, avait promis de lancer une vaste enquête sur les manquements du gouvernement pendant et immédiatement après Katrina et de forcer l'administration Bush à publier des documents internes potentiellement explosifs. Réélu comme indépendant - il avait perdu la primaire démocrate mais n'avait pas hésité à se représenter pour l'élection générale sans bannière - Joe Lieberman a été nommé Président de la toute puissante commission de la Sécurité nationale (Homeland Security).
Les démocrates sont obligés de le caresser dans le sens du poil, car Lieberman leur permet, en faisant caucus avec eux, de maintenir la courte majorité d'une voix qu'ils détiennent au Sénat. Partisan de la première heure de la guerre en Irak, Lieberman, qui n'est plus en odeur de sainteté chez ses anciens amis démocrates, cherche à jouer désormais la carte de la réconciliation entre les partis et opte donc pour un répit sur Katrina. On l'imagine, sa décision est malvenue en Louisiane et plusieurs parlementaires de cet état ont déjà fait savoir qu'ils forceraient l'idée d'une enquête à la Chambre des réprésentants.
Though he promised to launch an investigation into the government wrongdoings during and after Katrina during his campaign, Senator Joe Lieberman, as new President of the Homeland security Committee, is now downplaying the whole inquiry thing. The democrats might be angry, but they also know they need the former-democrat-turned-independent-to-get-reelect in his State of Connecticut, in order to keep the tiny majority of one they hold in the Senate. Lieberman promised to caucus with the democrats in exchange of the high position he now occupies.
Being seen as a renegade by most rank and file democrats, Lieberman has bet to play a new role: master of bipartisanship. Will he get anything from the president for letting the failures of Katrina go? At this point, one thing is sure: no one is pleased in Louisiana. Several members of the Louisiana delegation in Congress have already made clear they will push for a full investigation, probably through the House of representatives.
Il en a fallu des réunions, des manifs à 20 ou 25, des occupations manquées dont une en août qui s'est soldée par l'arrestation d'une dizaine d'activistes, pour arriver enfin à créer une masse critique. Ils étaient plus de 300 lundi, jour de l'anniversaire de Martin Luther King, à s'être réunis devant les logements sociaux de St Bernard, à la Nouvelle Orléans.
Armés de serpillères, de gants de nettoyage, de combinaisons, de masques, de gallons d'eau de javel, plusieurs locataires ont forcé les grillages placés par les autorités après Katrina et les empêchant de fait de revenir dans leurs logis. Le but de l'opération visait à montrer à la ville que ces vieilles bâtisses en ciment, debout malgré la tempête, restent des habitations viables si elles sont proprement nettoyées et retapées. Leur démolition serait un scandale alors que des milliers de personnes n'ont toujours pas pu rentrer à la Nouvelle Orléans.
Ils ont nettoyé une douzaine d'appartements et le centre communautaire du complexe. Des activistes, jeunes et blancs pour la plupart, ont également annoncé avoir entamé une occupation illégale de plusieurs appartements au nom des résidents. L'essentiel dans cette action, à mes yeux, est l'engoument des jeunes afro-américains. Jusqu'ici le mouvement pour la réouverture des logements sociaux etait surtout composés de femmes, mères et grand-mères, et de quelques hommes, de plus de 40 ans pour la plupart, côté résidents et de quelques activistes blancs.
Lundi, ils étaient plusieurs dizaines de jeunes gens, littéralement galvanisés par l'action en cours. Plusieurs d'entre eux ont filmé et relaté l'événement. Ils sont revenus hier, débarrasser les appartements de Sharon, de Lynette et d'autres. Ils ont promis de revenir demain, et les jours suivants, jusqu'à ce que les 900 appartements du complexe soient entièrement vidés.
Sharon avait à la fois le coeur gros ce matin en voyant l'amoncellement de détritus devant sa porte, tout ce qui reste d'un foyer qu'elle a occupé pendant des années, mais elle a dit aussi sa fierté de voir enfin un mouvement naître de cette lutte. Curieusement, la police n'a toujours pas bougé. La moindre arrestation le jour de MLK aurait constitué un scandale. Ses voitures continuent les rondes autour du complexe. Certains officiers discutent même parfois avec les résidents qui s'activent autour de leurs appartements. On s'attend à tout moment à un raid pour stopper ce qui pourrait ressembler à l'émergence d'un véritable mouvement pour plus de justice sociale dans la reconstruction de la Nouvelle Orléans.
It finally sounded like a victory for the residents of public housing in New Orleans. After months of meetings, of small marches, of flyering, of short lived occupations, more than 300 people, activists, residents and supporters, were able, on MLK's Birthday, to force the gates of St Bernard's
complex and go back to their apartments to clean them. A dozen of units were emptied and cleaned, as was the community center.
Residents wanted to make a clear statement. These houses, built with concrete, who withstood the storm, are perfectly viable, if only cleaned and repaired. There is absolutely no need for demolition as wished by the Department of Housing and Urban Development. The police did nothing to stop the residents who entered their units. Any confrontation or arrest on MLK's Birthday wood have been foolish. They perfectly knew it. They kept observing even though a few activists announced they had been occupying some units from the night before and intended to stay in the complex until HUD reverses its position.
The more galvanizing aspect of this movement, to me, is the involvement of young African Americans. Since i have been following and documenting this fight for the reopening of public housing, i was surprised to see mostly women, mothers and grand mothers, and only a few men, over 40 for the most part. Monday was different. Lots of kids and teenagers attended the march and the action, some of them clearly impressed by what was going on. A few have come back today and promised to be back till Saturday which should be another big day of actions. Some were there filming, other improvised rap songs during the rally and the event made it to at least one blog.
La maison où je vis à la Nouvelle Orléans est protégée du diable. Peggy a suspendu près de l'entrée un miroir et l'a décoré d'un objet cher, un collier en argent. La tradition lui a été transmise par des amis du Mississippi. Si le diable venait par mégarde à s'aventurer sur notre porche, il serait si effrayé par son image qu'il s'enfuirait immédiatement.
The house i live in in New Orleans is protected from the devil. Peggy hung a mirror at the entrance and decorated it with one of her favorite object, a silver necklace. She learned this tradition from friends living in Mississippi. Should the devil pass by, he would be so horrified at his own image that he would immediately leave the premises.
La Nouvelle Orléans n'en finit pas de se noyer dans son chagrin. Huit meurtres durant les 8 premiers jours de l'année nouvelle. Six dans les 24 heures menant du 4 au 5 janvier. Dont Helen Hill, 36 ans, ancienne stagiaire de mon hôte, amie d'un proche et d'une voisine, connue dans les milieux artistiques pour ses films d'animation. Helen a ouvert sa porte jeudi matin à un inconnu qui lui a tiré trois balles meurtrières dans le corps. Son mari, Paul, un médecin qui travaillait dans une clinique pour les indigents et non assurés, a pris lui aussi trois balles, mais est aujourd'hui hors de danger. Il a emmené leur fils de 2 ans dans son Canada natal, où il est parti par le premier avion.
Dinerral Shavers, 25 ans, le percussionniste du Hot 8 Brass Band est tombé lui aussi sous les balles meurtrières d'un jeune homme de 17 ans qui en voulait, a-t-il dit à la police, au beau-fils de Shavers, un adolescent de 15 ans. La Nouvelle Orléans est en émoi. La tenancière du Sound Café, amie des musiciens du Hot 8 et d'Helen, a invité qui voulait bien à venir réfléchir ensemble à quelle action mener pour mettre fin à cette vague de violence. Son café n'était pas assez grand pour accueillir la foule. Il a fallu garder portes et fenêtres ouvertes pour que ceux restés sur le trottoir puissent entendre les propos tenus à l'intérieur.
Hormi quelques réacs demandant qui l'instauration d'un état d'urgence, qui la démission immédiate du chef
de la police, qui encore le renforcement de la police par davantage de soldats de la garde nationale, la majorité de l'audience a réclamé que l'on se pose enfin la question de l'origine des crimes et que l'on remédie à la paupérisation galopante de cette ville toujours à genoux depuis Katrina qui n'a fait que porter à leur paroxisme des maux endémiques.
Aujourd'hui, deux marches concommittantes doivent se rejoindre devant la mairie pour réclamer aux autorités de prendre enfin des mesures efficaces. Des milliers de personnes sont attendues. Hier soir, une centaine de personnes se sont rassemblées à nouveau au Sound Café pour barioler banderoles et pancartes pour les manifs d'aujourd'hui. Le maire Ray Nagin, flanqué de deux gardes du corps et du chef de la police, y a fait une brève apparition. Il n'a rien dit. S'est contenté de battre la mesure sur les vieux blues du groupe qui animait la soirée. Il a été bien avisé. Une récupération politique aurait été très mal venue.
New Orleans is sinking even deeper into its sorrow. Eight murders plagued this city during the first eight
days of the new year. Helen Hill, 36, fell under three bullets shot at her after she opened her door early Thursday morning to an unknown person. Her husband, Paul, though also shot three times, survived along their 2 years old baby he was allegedly holding in his arms. He is reported to have left immediately for his native Canada. A few days earlier, Dinerral Shavers, 25, snare drummer of the Hot 8 brass band, was shot by error, by a young man who was, so he told the police, after Shaver's stepson.
Profoundly shocked by the loss of these two friends, the owner of Sound Cafe called for a public meeting in her cafe on Sunday. The place was not big enough to accommodate everybody. Doors and windows had to remain opened to allow those outside to hear what was being said inside. Despite a few reactionary voices asking for a state of emergency, more police forces on the street and stronger sentencing, the majority of the people was asking for basic needs, as housing, jobs, health care and public schools, in a city still stranded, to be finally met.
Tomorrow, two parallel marches will convene at City Hall to ask politicians to finally address the population's concerns. Tonight, several dozens of people gathered again at Sound to prepare banners for the march. The mayor, Ray Nagin, and his chief of police stopped by. They stood politely in the back of the room, listening to the band that was playing while people were readying for the protest. They would have been ill advised to even try a speech.
Le front d'opposition à la nouvelle année a fait des émules à Genève. Un proche, pensif et sérieux, se demande pourquoi nous persistons à fêter la nouvelle année quand il faudrait faire un enterrement de première classe à celle à peine écoulée. Quant à moi, plutôt que de me poser de si graves questions existentielles, je préfère aller célébrer le passage du 1er au 2ème de l'an avec une bande de potes qui ont fait des restes (du nouvel an) la fête la plus courue de la région. A vous tous, une excellente année, nouvelle ou pas.

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