bad vibes

HalloweenJ'ai eu peur tout à l'heure, et je m'en veux. Au moment de retirer l'argent de l'automat, à l'épicerie du coin. Autour de moi, trois jeunes gens, regardant un match de football américain. J'ai senti les regards se croiser, et j'ai eu peur. Il y a eu sept meurtres en quelques jours à la Nouvelle Orléans. Plusieurs vols à main armée, dont deux dans mon quartier. Les bars du coin ont tous été agressés au moins une fois au cours des deux derniers mois.

La sympathique patronne de Coffea, un nouveau bar-galerie-club, m'a avoué n'ouvrir que le jour, car elle ne veut pas prendre le risque de se faire cambrioler le soir, et elle ne peut se résoudre à engager un garde de sécurité. Ce serait trop cher, et surtout contraire à l'esprit du lieu. La Nouvelle Orléans connaît une vague de criminalité sans précédent. Peu avant Katrina déjà, une vague de meutres avait suscité la controverse.

Là pourtant, on s'interroge. Moins de la moitié de la population est revenue, mais la criminalité est au plus haut. La police n'a pas de réponse toute faite. On parle de criminalité liée à la drogue certes, mais aussi, au désespoir qui mine un nombre grandissant de personnes, dans l'impossibilité de trouver un emploi ou un logement. Les derniers chiffres viennent du reste de tomber. Les loyers ont augmenté en moyenne de 70% à la Nouvelle Orléans, selon la dernière enquête du Times Picayune, basée sur une étude des petites annonces immobilières publiées dans ses pages.

I got scared a couple of hours ago, and i am angry at myself for that. I was taking cash back at the grocery store nearby. Young men were watching a football game, and i felt their looks over the change i got. There has been seven murders in the past few days in New Orleans and several armed robberies, two of them in my neighborhood. All the bars and clubs in the area have stories of robbery or attempted robbery in the past few months.

The owner of Coffea, a new Coffeehouse-gallery-music-club, told me the other day that she is not opening at night for fear of robbery. Hiring a security guard would be costly and frankly not in tune with the philosophy of the place. So, for now, she is open only during daytime. New Orleans is going again through an unprecedented crime rate, even though its population is less than half of what it was before the Storm.

There are no clear answers so far. Some of the crimes seem to be drug-related, but there are also talks about the level of despair that is permeating the city. Too many people find themselves stranded in a place with few jobs and mostly, almost no affordable housing. The last survey made by the Times Picayune, based on the classified advertised in its page, shows a 70% increase of the rental units in the City.

the doctor's office

S03460u_1Tant qu'à être malade, autant rester dans le sujet. Je lis cette nouvelle étude du Commonwealth Fund à New York parue aujourd'hui disant que 41% des Américains gagnant entre 20 000 et 40 000$ par année ont été à un moment donné sans assurance maladie en 2005. Ils n'étaient que 28% en 2001. Le pourcentage passe même à 53% pour les revenus annuels inférieurs à 20 000$. C'est en général sur ce genre d'indicateurs que je jauge la santé économique réelle d'un pays, vous me direz que je ne suis pas économiste à Wall Street. Ce qui me ramène à ces scènes toujours étonnantes vécues ou observées dans les cabinets médicaux américains.

Quant je suis allée voir pour la première fois, l'an dernier, le Docteur A., son assistante m'annonce d'emblée le montant à payer "upfront": 250$. Cela m'étonne, en Europe le prix des visites varie en fonction des actes médicaux posés. On m'explique qu'il s'agit là de la première visite pour établir le dossier, dresser mon bilan médical, etc...et que je payerai moins par la suite. Comme j'ai une assurance, je ne m'inquiète guère. Arrivée sur place, je remplis les nombreux formulaires d'usage avant de passer à la caisse - upfront n'est-ce pas, donc avant d'avoir vu le médecin. Quand je sors ma carte de crédit, l'assistante me lance assez sèchement: "le médecin n'accepte que du cash."

Mes nerfs lâchent. Je pars dans une tirade sous les yeux mi-amusés, mi-ébahis des autres patients de la salle d'attente-aire-de-réception. L'assistante s'esquive vers le bureau du docteur, revient gênée, et me dit, tout bas pour que personne n'entende, que pour cette fois ça ira, on accepte ma carte, mais à l'avenir....

Hier, avant de prendre rendez-vous, j'ai le docteur A. au téléphone, qui me dit après avoir décidé de me revoir: "bon 100 $, ça ira?. Je suis aussi pantoise que la fois précédente. On me demande d'abord du cash, c'est ensuite le médecin qui négocie son tarif, on aurait dit qu'il s'attendait presque à ce que je tergiverse: "heu, 80 ça le ferait pas, non?".

Evidemment, ces marchandages de poissonniers ne sont que le triste corollaire d'un système de santé défaillant. On en vient à comprendre les médecins qui vous demandent de sortir le cash avant même de mentionner ce qui vous amène. Trop de chèques en bois, de patients non assurés qui finissent par admettre une fois auscultés que, "ben, pour cette fois, non, ils n'ont pas de quoi payer". Le serpent qui se mord la queue.

A part ça, mon médecin est un type bien. Il me file à chaque fois les médocs gratuitement, j'ai beau lui dire que j'ai une assurance, et hier, je suis même partie sans payer....En bonne Suissesse d'éducation que je suis, ai rappelé aujourd'hui pour le leur dire. "Vous payerez la prochaine fois". J'ai dû les rassurer avec mon histoire d'assurance.

John_mcpherson_stethoscope_storage_1I just read today that 41% of Americans earning between 20 000 and 40 000 $ annually were without health insurance in 2005 for at least one part of the year, an increase of 28% from 2001, according to a study by the Commonwealth Fund in New York. Talk about economic growth.

Hearing about health insurance in America always brings me back to these surrealist scenes (surrealist for a European obviously) i witness or go through at doctor's offices. The first time i went to see Doctor A., i was asked to pay upfront. Well, i knew the rule, having been here for 12 years, even if i find it preposterous, since the doctor doesn't really know at that point what brings me in. Anyhow, being insured, i didn't care too much.

When i arrived, i took my credit card out after filling the dozen or so prerequisite papers, only to hear a very loud: "the doctor takes only cash". Well, i lost my temper, in front of all the other patients in the reception-waiting-room area, lost it so bad, that the nurse rush to the doctor's office. When she finally came back, she told me, the credit card was OK but in the future....

Yesterday, i had the same doctor's on the phone, who said he wanted to see me again and quickly added: "it's going to be 100$, is that OK for you?". I couldn't believe my ears. The doctor negotiating its prices on the phone with a patient? But then of course, you can only understand, in a country where almost a third of the people can't rely on health insurance, money IS the issue, both for patients and obviously for doctors, who often time keep seeing patients without warranty of being ultimately paid.

By the way, my doctor is great. He always gives me, and other patients, free drugs, and yesterday i even left without paying a penny. In order to keep my reputation untarnished, i called today to mention i didn't pay, to which i was told. "Don't worry, you'll pay next time around". Apparently, knowing i am insured is re-assuring.....

travailler? ou pas?

Tn_now_fhiringLes manifestations françaises vue d’ici ont soulevé surtout une vague d’incompréhension. A quelques rares exceptions, comme William Pfaff dans le Washington Post, la plupart des chroniqueurs  américains sont incrédules face à une telle mobilisation. Leur argument - je caricature à peine - consiste à dire : ne vaut-il mieux pas avoir un job précaire que pas de job du tout? Et d’égrener, bien sûr, les chiffres du chômage des jeunes en France. Je ne me prononcerai pas sur le fond, car je ne suis spécialiste ni d’économie ni de politique française.

J’ai néanmoins relevé deux informations qui m’ont laissée songeuse dans le New York Times du jour. Pour la première fois en 2005, le revenu mensuel d’un travailleur américain à plein temps au salaire minimum ne permettait pas de payer un loyer moyen d’un deux pièces/cuisine sur l'ensemble du territoire. L’information était glissée dans un reportage sur le nombre croissant de gens vivant dans leur voiture parce qu’ils ne peuvent plus se permettre un loyer, et ce, malgré un emploi. Certaines villes, face à ce phénomène « gênant », ont poussé le bouchon jusqu’à infliger des amendes pouvant atteindre 1000 dollars ou 90 jours d’emprisonnement à ces sans abri d’un genre nouveau!

Quelques cahiers plus loin,  je lis que le nombre d’appartements dont la fixation des loyers dépend de tractations entre représentants de locataires et de propriétaires sous les auspices de la ville (on les appelle « rent stabilized » ici)  est  en baisse vertigineuse depuis quatre ans. Le nombre d’expulsion a augmenté quand bien même elles ne remplissent pas toujours les conditions requises.

Deux infos, comme ça, et je me dis qu’une certaine forme de régulation économique, c’est peut-être encore ce qu’on a trouvé de mieux pour protéger les travailleurs et les locataires. Enfin... là où elle existe encore.   

The American press has been highly critical of the students’ protests in France. With a few exceptions, among them William Pfaff, most commentators have grossly criticized the students for wanting a “secure job”. In short, American medias seem to say: “better a precarious job, than no job at all”. I can understand the argument, having lived in this country long enough now.

Nonetheless, two stories grabbed my attention in today's New York Times. The first states that for the first time on record, according to the National Low income Housing coalition, a fulltime worker at a minimum wage could not afford a one bedroom apartment anywhere in the country at average market rates. The information was included in an article about the increasing number of people living in their car.

The second story was in the real estate section and said that for the past four years the number of rent stabilized housings in New York has dramatically fall. Well, that’s not really surprising either.

But with two stories like that, I can’t help but think that some sort of economic regulation is still the best protection available for workers and renters. Are the French really so wrong all the time?

trou de mémoire

« Nous ne voulons pas que l'Italie devienne un pays pluriethnique et pluriculturel ». Silvio Berlusconi, 27 mars 2006.

ValigiagrandeLe président du conseil italien a sans doute oublié que l’exode économique des Italiens a été le plus important de l’Histoire contemporaine. 29 millions d’Italiens ont quitté la Péninsule entre 1861 et 1985. Si un peu plus de 10 millions sont rentrés au pays au cours de cette même période, ils sont néanmoins près de 19 millions à avoir trouvé refuge et accueil dans le reste du monde, en Europe, aux Etats-Unis et en Argentine principalement. Il oublie surtout que pour la première fois de leur histoire, ces Italiens pourront voter lors des prochaines législatives des 9 et10 avril. Selon les chiffres officiels du dernier recensement italien, près de 3 millions d’électeurs émigrés sont officiellement enregistrés dans les consulats de la Péninsule à l’étranger. J’ai reçu mes bulletins de vote ce week-end et je ne manquerai certainement pas cette opportunité qui m’est enfin offerte.


« We don’t want Italy to become a multiethnic and multicultural country. Silvio Berlusconi, March 27th, 2006.

The Italian prime minister probably forgot that the Italian emigration constitutes the largest exodus of modern history. More than 29 millions Italians left their country between 1861 and 1985. Over 19 millions of them never returned, finding economical refuge all over Europe, in North America and in South America, most notably in Argentina. He mostly forgot that for the first time in history, Italian living abroad are allowed to vote in the upcoming elections, on April 9th and 10th. And there are near 3 millions registered Italian voters outside of Italy. I just received my absentee ballot over the week-end and I will certainly not miss this opportunity to finally have my say.

tax deductible

MoneyVoilà que je suis à nouveau bombardée de téléphones par la PBA, la Patrolmen's benevolent Association, le syndicat des flics new yorkais. Trois appels en moins d'une semaine pour me demander de l'argent! "Déductibles de mes impôts", précise toujours le très poli collecteur de service. Je m'échine à chaque fois, poliment moi-aussi (enfin, je pense) à leur expliquer qu'une partie de mes impôts,justement, leur revient déjà et que franchement je trouve cela plus que suffisant.

D'ailleurs, me suis souvent demandée si nous pouvions tous choisir la répartition de nos impôts aux agences gouvernementales de notre choix, à quoi ressembleraient les budgets de nos villes et de nos états. Personnellement, je demanderais à ce que mes impôts soient versés à l'éducation et la santé publique, aux transports publics, à la protection de l'environnement, aux logements subventionnés et intégrés dans le tissu urbain et le reste au soutien à la culture, les miettes éventuellement à une nouvelle agence de réaction en cas de catastrophe, et encore...il faudra d'abord me convaincre que celle-ci est efficace.  Je suis consciente que le résultat d'un tel exercice pourrait être très surprenant

There they go again. I have been called three times in a week by the PBA, the patrolmen's benevolent association for their annual fund raising. "Tax deductible", do they insist each time they call. I keep telling them, that "by the way, i am already giving you money since i don't have much of a say about the breakdown of my taxes".

Have you ever thought what our cities and states budgets would look like if we could actually choose to which agency our money should go. Personally, i would give my taxes to public education, health care insurance, public transportation, environment protection and  affordable and integrated public housing, and the rest to arts endowment, and maybe some more to a real federal emergency agency - taken immediately out of homeland security! -  though i am still doubtful about this last choice. I know that the results might be quite surprising if we were indeed allowed to make that choice.

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au fait



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