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Les mots des autres

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la fin du clintonisme

Sous la pression de ses propres supporters, de plusieurs sénateurs et de représentants au Congrès pressés de panser les plaies du parti démocrate, Hillary Clinton a annoncé mercredi dans la journée qu'elle annoncerait la fin de sa campagne samedi, entourée de son staff, à Washington. Son retrait signale la fin d'une époque pour le parti démocrate celle de la dominance de Bill Clinton sur le parti et du clintonisme.

Ce qui m'avait frappé dès le début de cette primaire démocrate, cétait le nombre de jeunes élus démocrates ou membres nouvellement élus du parti qui avaient rejoint les rangs d'Obama très tôt dans la campagne déjà. Je pense à la gouverneure de l'Arizona par exemple, Janet Napolitano, ou plus encore à celle du Kansas, Kathleen Sebelius, ou à la sénatrice du Missouri Claire McCaskill, ou encore au sénateur de Virginie Jim Webb, ancien républicain qui a lâché son parti pour rejoindre les rangs démocrates en raison de son opposition à la guerre en Irak. Je pourrais en citer d'autres. Autant de démocrates dont la réputation est encore à faire sur la scène nationale, mais dont le poids dans leur état respectif est considérable.

Ces ralliements montrent que le désir profond de changement n'est pas que le souhait de jeunes électeurs désireux d'en finir avec les dynasties Bush et Clinton, mais que celui-ci émane de l'intérieur même d'un parti soucieux de tourner une page de son histoire et d'en écrire la suivante.Ces mêmes élus savaient aussi qu'une victoire d'Hillary Clinton signifierait une longue attente avant d'accéder enfin à des positions de poids dans le parti à l'échelle nationale.

On se souvient de l'image de Hillary Clinton le soir de sa défaite en Iowa entourée de Wesley Clark et Madeleine Albright. Le président de sa campagne n'est autre que Terry McAulliffe, ancien président du parti, nommé par Bill Clinton. Autant de caciques qui remettraient forcément d'une manière ou d'une autre la main sur le pouvoir.

Cette donne a sans doute été sous estimée par Hillary et Bill Clinton. Cette nouvelle génération de démocrates a souvent fait la différence en faveur de Barack Obama dans des états clefs ou des états républicains où les positions électives ont lentement mais sûrement été gagnées par des démocrates au cours des récentes années. Je pense au Kansas, au Montana, au Missouri, à la Virginie justement. Le soutien des élus de ces états à Obama n'est pas la seule raison de sa nomination, mais il y a certainement contribué.

Hillary Clinton et les accommodements avec l'histoire

Hillary Clinton se serait sans doute passée de la dernière tempête qu'elle a soulevée avec ses remarques sur l'assassinat de Robert Kennedy en 1968, lors d'une interview vendredi avec le quoditien de Sioux Falls, l'Argus Leader. Elle répondait alors à une question précise: à savoir pourquoi reste-t-elle dans la course aussi longtemps? Sa réponse: "Mon mari n'a pas décroché la nomination en 1992, avant de remporter la primaire de Californie autour de la mi-juin, n'est-ce pas? Nous nous souvenons tous que Bobby Kennedy a été assassiné en juin en Californie." 

Je laisse aux psychologues le soin de débattre s'il y a eu lapsus ou non de la part de Mme Clinton et si oui, s'il révèle réellement des intentions obscures de sa part (à savoir que tout peut arriver, même le pire, tant que nous restons dans la course). L'analogie était pour le moins de mauvais goût. Mais j'en reste à l'explication première qui veut qu'Hillary Clinton justifie son maintien dans la course à la présidence en s'appuyant sur des précédents historiques.

Quelques heures après ses propos maladroits, Hillary Clinton précisait: "je parlais de l'histoire des primaires démocrates et dans le cours de la discussion j'ai mentionné les campagnes que mon mari et le sénateur Kennedy ont menées en Californie en juin 92 et juin 68 et je faisais référence à celles-ci pour montrer que nous avons déjà eu des primaires jusqu'en juin. C'est un fait historique". Reste un problème: les accomodements que prend Hillary Clinton avec l'histoire, justement.

En 1968, le premier scrutin - au New Hampshire déjà - ne s'était tenu que le 12 mars, soit plus de deux mois après la primaire du New Hampshire de cette année. Seuls deux canddidats étaient alors en lice, le président sortant Lyndon Johnson et Eugene McCarthy, le seul démocrate à avoir osé défier Johnson en menant campagne contre la guerre du Vietnam. Quatre jours après cette primaire, remportée par Johnson avec 7% d'avance seulement sur McCarthy, le 16 mars donc, Robert Kennedy annonce à son tour sa candidature. (celles pour l'actuelle campagne ont été annoncées en janvier et février 2007 déjà, soit un an avant le premier scrutin).

On connaît la suite, Johnson se retire peu après de la course, Kennedy fut assassiné le 5 juin à Los Angeles et les démocrates se livrèrent la guerre lors de Convention de Chicago où les délégués optèrent pour le vice-président sortant Humphrey. Nixon remporta l'élection générale en novembre. (pour la petite histoire, toutes les nominations contestées lors d'une convention ont vu le candidat du parti en question perdre en novembre  - 68, 72, 80 pour les démocrates, 76 pour les républicains - je reviendrai sur ce sujet dans un autre post).

En 1992, les caucus de l'Iowa eurent lieu le 10 février (le 3 janvier cette année) et la primaire du New Hampshire s'est tenue le 18 février (le 8 janvier en 2008). Le 7 avril déjà, avec sa victoire à New York, il était clair que Bill Clinton avait remporté la nomination de son parti. Jerry Brown resta néanmoins dans la course espérant gagner son état, la Californie, le 2 juin. Les Clinton décrièrent alors les tactiques de Brown qui ressemblent furieusement à celles utilisées aujourd'hui par Hillary Clinton. Bill Clinton remporta ce dernier scrutin.

ps:  à ceux qui m'ont demandé où j'étais passée, je suis en vacances pour quelques jours, j'essaierai néanmoins d'alimenter le blog de temps à autres. De retour le 3 juin, pour la dernière nuit électorale des primaires.

Kentucky-Oregon: 1-1/avantage Barack Obama

Hillary a gagné le Kentucky: c'était prévu. Par 65% des voix contre 30%, c'est un peu plus que les derniers sondages. Son discours de victoire était dans la même veine que celui prononcé en Virginie occidentale la semaine dernière. Elle a redit qu'elle gagne les swing states - elle ne dit pas que Barack Obama en a gagné lui aussi (Iowa, Wisconsin, Colorado, Washington, Oregon, Missouri). Elle affirme être en tête du vote populaire (elle compte la Floride et le Michigan). Pour ceux qui aiment les chiffres et les jeux voilà encore un module interactif à retenir pour novembre.

Hillary Clinton n'abondonnera pas, elle compte aller jusqu'aux derniers scrutins, soit Porto Rico (1er juin), le Montana et le Dakota du Sud (3 juin). Aucun des deux n'atteindra à cette date le chiffre magique de 2026 délégués nécessaires pour décrocher la nomination du parti. Il incombera donc bien au parti (qui décidera le 31 mai que faire de la Floride et du Michigan) et aux superdélégués qui continuent à se prononcer majoritairement en faveur de Barack Obama, de trancher cette course. Cette semaine encore le doyen du Sénat, Robert Byrd, sénateur de la Virginie occidentale, a apporté son soutien à Barack Obama, malgré la victoire par 41% d'Hillary Clinton dans son état.

Barack Obama a gagné en Oregon: c'était prévu. Par 58% des voix contre 42% (après 53% des bulletins dépouillés) , c'est un peu plus que les derniers sondages. La victoire n'est pas aussi douce qu'il l'aurait souhaité. Néanmoins ce soir, le sénateur de l'Illinois obtient la majorité des délégués élus par le peuple (ce n'est pas encore la majorité requise puisque les superdélégués sont pris en compte dans la formule magique). Moralement cependant, c'est une étape importante pour la campagne du sénateur.

Une manière d'insister sur le fait qu'elle a respecté toutes les règles du parti (aussi byzantines et discutables soient-elles):la Floride et le Michigan étaient punis? Il n'y a pas fait campagne. C'est le décompte des délégués qui compte? Il prouve qu'il est en tête et qu'il le restera très probablement, les superdélégués qui ne se sont pas encore prononcés ne seront pas enclins à aller contre le choix des électeurs. Les caucus existent? Il a respecté la volonté des états qui privilégient cette formule à celle des primaires. Le parti national a fait du renforcement du parti dans les 50 états sa priorité? Barack Obama a fait campagne dans tous ces états, petits, grands, peuplés, peu peuplés, rouges, bleus. Un calcul qui n'a pas été fait au hasard. Le candidat peut remercier son génial directeur de campagne, David Plouffe, qui a poussé dans ce sens depuis le début de leur entreprise électorale.

Barack a choisi Des Moines dans l'Iowa pour donner son discours hier soir. Un choix symbolique puisque c'est l'Iowa qui lui a donné la première victoire de ces primaires qui lui a donné ensuite le fameux momentum pour le reste de sa campagne. Une manière aussi de boucler la boucle, et de lancer la deuxième partie de sa quête, celle qui va le confronter à John McCain pour l'élection générale.

Barack Obama a-t-il un problème dans les Appalaches? C'est certain. Il a probablement eu tort de ne pas faire campagne en Virginie et au Kentucky. Il voulait sans doute s'éviter une défaite cinglante malgré sa présence sur le terrain. Mais en les ignorant aussi ouvertement qu'il l'a fait, il n'arrange pas ses chances en novembre auprès de ces électeurs blancs, modestes et pour la plupart sans titre universitaire qui osent affirmer à près de 20% que la "race" a joué un rôle dans leur décision.

Sera-ce un obstacle insurmontable en novembre? Pas forcément. Le Kentucky et la Virginie occidentale ne sont pas indispensables pour une victoire à l'élection générale, surtout si le Colorado, l'Iowa, voire la Virginie repassent dans le camp démocrate. Reste l'Ohio, la Pennsylvanie. L'un des deux états sera sans doute nécessaires pour accéder à la Maison Blanche. Mais la campagne de novembre se jouera sur l'économie, l'économie, l'économie. Sur ce dossier John McCain n'a rien à offrir à ces régions économiquement défavorisées. On a vu le résultat de 8 ans d'administration républicaine.

Je me souviens d'un électeur en Pennsylvanie, républicain déçu par son parti, me dire "je voterai avec mon portemonnaie". Ils seront nombreux à faire de même en novembre. Encore faut-il que Barack Obama apprenne à parler à ces électeurs des Appalaches, à leur prouver qu'il comprend leurs problèmes et qu'il peut y apporter une solution. La tâche n'est pas aisée, mais pas impossible non plus.

Clinton s'en prend aux activistes de MoveOn

Hillary Clinton a la mémoire bien courte ou elle joue à un jeu franchement dangereux. A en croire un document sonore révélé vendredi par Huffington Post, Hillary s'en est pris à Moveon.org, taxant le groupe d'"activistes" et les accusant d'avoir "envahi" les caucus et "intimidé" ses supporters. "Nous avons eu moins de succès dans les caucus car ils attirent les activistes de la base du parti".

Les remarques ont été formulées en février, peu après le super tuesday, devant un parterre de généreux donateurs, ça ne vous rappelle rien? (note aux candidats, méfiez-vous de ce que vous racontez à vos pourvoyeurs de fonds, même si les journalistes sont généralement exclus de ces soirées, il y a toujours des âmes outrées qui refileront le sonore de vos remarques à Huffington).

N'empêche, les remarques d'Hillary valent leur pesant d'or. L'ancienne First Lady caractérise notamment MoveOn.org de "jaillissement d'argent qui ne s'arrête jamais. Ce jaillissement ne semblait pas la gêner quand l'organisation défendait les Clinton lors du lors du procès en destitution de Bill Clinton en 1998 et 99.

Pour mémoire, MoveOn.org a été fondé par un couple de San Francisco, Wes Boyd and Joan Blades, qui avait fait fortune avec les fameux grille-pain volants comme écrans de veille, qui las de voir le monde politique s’affoler des galipettes sexuelles de Bill Clinton, avait lancé une pétition en ligne baptisée Move On (allons de l’avant) envoyée à 300 personnes.

Neuf ans plus tard, MoveOn.org compte 3,2 millions de membres, facilement mobilisables et à la générosité infaillible. En 2004, l'association avait bénéficié du soutien de George Soros via un don de 5 millions de dollars pour financer leur campagne de soutien à John Kerry, le candidat démocrate à la présidentielle.

Le pari d'Hillary est simplemais risqué. Comme MoveOn.org soutient son rival Barack Obama (tout comme Soros d'ailleurs), elle préfère reléguer toute l'association dans le camp des "libéraux", cette affreuse aile gauche du parti. Elle se positionne du même coup au centre, selon le vieux principe de la triangulation mise au point par Bill Clinton en 1992. Je ne suis pas certaine que la stratégie fonctionne cette fois-ci. Comme le relève justement Mme Clinton, les activistes s"activent".

La campagne des primaires n'est pas terminée. Certains membres de MoveOn pro Clinton (même si le soutien à Obama s'est fait au vote populaire, les membres n'ont pas été unanimes à le choisir) pourraient en prendre ombrage. Sans compter qu'Hillary s'est trompée en affirmant que MovenOn (ces pacifistes!) s'était opposé à l'intervention en Afghanistan, ce qui est faux.

Enfin, si Hillary venait à gagner la nomination - les superdélégués ont encore leur mot à dire - rien n'indique que ces 3,2 millions d'activistes s'activeront aussi aisément pour la défendre dans son combat contre McCain. Reste surtout cette désagréable impression que vos amis ne sont vos amis que lorsqu'ils vous soutiennent aveuglément. ça rappellerait presque les tactives de George Bush et Karl Rove.

Ps: Huffington semble avoir un truc à se faire pardonner. Il y a eu déluge de commentaires sur leur site après la diffusion du sonore d'Obama à propos de ses remarques sur les habitants des petites villes. Coup sur coup, HuffPost a publié cette semaine un article affirmant qu' Hillary s'en serait violemment pris à ces mêmes électeurs des petites villes qui avaient préféré Gingrich et son Contrat pour l'Amérique aux démocrates lors du raz-de-marée conservateur au Congrès en 1994. En disant d'eux "qu'ils aillent se faire f...". Et puis ce nouveau sonore ce soir, depuis combien de temps est-il en possession d'Huffinton?


 

les poubelles de l'info du vendredi

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C'est un classique. Lorsqu'une information est trop gênante, les principaux intéressés essayent de la sortir un vendredi soir, espérant que les journalistes n'auront pas envie de passer le week-end à la creuser et sachant surtout que les lecteurs ont autre chose à faire le samedi et le dimanche que de passer en revue la presse. Mes collègues américains appellent ces petites bombes "friday night dump news", les infos poubelles du vendredi. Et c'est un peu comme une dump news qu'ils ont accueilli les déclarations d'impôts d'Hillary et Bill Clinton publiées hier en fin d'après-midi et réclamées depuis des semaines par la presse et par son principal rival, Barack Obama.

Depuis 2000, les Clinton ont déclaré au fisc des revenus de 109 millions de dollars. Dans le détail, ils ont gagné 1,1 million par le salaire d'Hillary au Sénat, 1,2 million de la pension de retraite de Bill Clinton, 29,5 millions de droits d'auteur des deux livres de Bill Clinton, 10 millions de droits d'auteur encore de l'autobiographie d'Hillary Clinton et 51 millions des discours donnés par Bill à des banques, des associations en tout genre, des entreprises.

Des sommes colossales, mais qui ne surprennent guère. Leurs ouvrages ont été des bestsellers. On connaissait aussi les tarifs entre 200 000 et 400 000 $, voire plus, des discours de Bill Clinton. Et si certains cols bleus qu'Hillary Clinton courtise avidement en Pennsylvanie et ailleurs pourraient revoir leur jugement et se demander si elle est à même de comprendre leur quotidien, la plupart des Américains adorent les "success stories", preuves que le"rêve américain" reste à la portée de tous. On se rappellera que Bill Clinton n'est pas né avec une cuillère en argent dans la bouche.

Plus épineux à expliquer en revanche seront les 15 millions gagnés par Bill Clinton en tant que "consultant" et "conseiller" pour son ami l'investisseur Ron Burkle et sa compagnie Yucaipa Global Opportunities Fund. Tous comme les donations faites à sa bibliothèque présidentielle dans l'Arkansas et à sa fondation Clinton Global Initiatives, donations qui n'apparaissent pas sur leur déclaration d'impôts. Bill Clinton a déjà été épinglé en raison de ses relations avec Burkle, dont la fortune est estimée à 2,5 milliards de dollars et pour les portefeuilles qu'il détient dans trois fonds de Yucaipa, domiciliés aux Iles Cayman. L'ancien président a déjà promis qu'il couperait ses liens avec Ron Burkle si sa femme gagne la présidentielle.

Pour les détails, l'estimation de revenus pour 2007,  et les déclarations pour 2000, 2001, 2002, 2003, 2004, 2005 et 2006.Pendant ces huit ans, les Clinton ont reversé 34 millions au fisc et donné près de 10 millions à des oeuvres caritatives.

En comparaison, les Obama ont déclaré 3,9 millions de dollars de revenus dont 1,2 million en droits d'auteur sur les livres de Barack Obama entre 2000 et 2007 et reversé 148 000 dollars à des oeuvres de bienfaisance. Leur déclaration d'impôts: 2006,  (le lien à celle des autres années  ne semble plus fonctionner, à vérifier). Quant au nominé du parti républicain, John McCain, il a promis de publier sa dernière déclaration d'impôts avant le 15 avril.

Eviter la bataille de Denver

Hillaryobama La confusion continue de régner sur l'organisation de la Convention du parti démocrate à Denver, sur le rôle que les superdélégués seront amenés à y jouer et sur la présence ou non des délégués de Floride et du Michigan, deux états punis pour n'avoir pas respecté le calendrier électoral du parti national. Mercredi, à la surprise générale, le Comité du parti national, l'organe central du parti démocrate, annonçait que des membres des partis démocrates du Michigan et de Floride siègeront au Credentials Comittee de la Convention, ce même Comité qui déterminera si oui ou non les délégués de Floride et du Michigan pourront participer au grand raout démocrate.

Le processus est compliqué, je vous le concède. Mais cette décision montre surtout que le parti démocrate cherche par tous les moyens à éviter une guerre fratricide entre Hillary Clinton et Barack Obama devant le parterre de Denver. Même s'il paraît mathématiquement impossible à la première de battre le second d'ici la fin des primaires, le 4 juin prochain, le règlement du sort des délégués de Floride et du Michigan permettrait déjà d'éliminer une des controverses qui minent le parti.

Reste à en peaufiner les détails. On se souviendra qu'Hillary Clinton a gagné ces deux scrutins en janvier. Aucun des candidats n'avaient fait campagne en Floride, respectant ainsi le voeu du parti national. L'ancienne first Lady peut faire valoir que le résultat des urnes est donc juste. La question est plus compliquée au Michigan, puisque le nom de Barack Obama ne figurait même pas sur les bulletins de vote. Certains membres du parti ont déjà suggéré de répartir les délégués de cet état à hauteur de 50% pour chaque candidat. Pas sûr que la sénatrice de New York accepte aussi facilement que cela.

Deuxième controverse. Celle des superdélégués, ces 796 élus du parti (gouverneurs, ex-gouverneurs, anciens présidents, membres du Congrès et autres politiciens locaux) qui devront départager les candidats puisque l'on sait que ni l'un ni l'autre n'atteindra le chiffre magique de 2024 d'ici la fin des primaires. Pour sortir de l'ornière et empêcher une bataille en ordre rangée devant les caméras au Colorado, les leaders du parti, et son président Howard Dean en tête, invitent désormais les superdélégués à faire connaître leur position avant le 1er juillet. Le gouverneur du Tennessee est allé jusqu'à proposer qu'ils tiennent leur propre primaire.

On comprend l'empressement du parti. Les réactions à la décision de Bill Richardson de soutenir Barack Obama, n'illustre que trop bien la guerre qui se joue en coulisses et que les démocrates veulent faire cesser, si le parti veut avoir une chance d'arriver à Denver uni. Ancien ambassadeur à l'ONU sous Bill Clinton, avant d'en devenir son Secrétaire à l'énergie, le gouverneur du Nouveau Mexique, superdélégué démocrate, a pourtant choisi de donner sa voix au sénateur de l'Illinois, se faisant traiter de "Judas" par James Carville, un ancien conseiller de Bill Clinton. L'ancien président a même piqué une colère sans borne devant 16 superdélégués californiens ce week-end, leur disant que Richardson lui avait assuré par 5 fois qu'il soutiendrait Hillary. Une affirmation aussitôt démentie par l'intéressé dans une chronique au Washington Post mardi.

Harold Ickes, un conseiller de la campagne d'Hillary Clinton, a admis que les Clinton font mention de la controverse sur le pasteur Jeremiah Wright pour tenter d'influencer les superdélégués et les convaincre qu'elle sera un poids pour Barack Obama. D'autres sources avancent que les Clinton font valoir comme argument qu'Obama n'a aucune chance de gagner en novembre. Des déclarations qui augurent mal de la nécessaire réconciliation pour entrer dans la phase de l'élection générale quel que soit le nominé du parti démocrate.

On comprend dès lors les tentatives de résolution du parti pour régler les controverses en cours. Tout comme les propos soudainement plus conciliants de Nancy Pelosi, la présidente de la Chambre des représentants, affirmant que les superdélégués doivent voter en leur âme et conscience alors qu'elle avait déclaré il y a quelques semaines à peine que ceux-ci se devaient de respecter la volonté populaire. Autant de signes perçus comme des gestes visant à apaiser le camp Clinton qui n'a eu de cesse de répéter qu'il amènerait la question des délégués de Floride et du Michigan à la Convention.

Dès lors tout reste ouvert. Car si sur le papier Hillary Clinton n'a pratiquement aucune chance de rattraper Barack Obama en nombre de délégués, une victoire en Pennsylvanie le 22 avril et dans deux ou trois autres états dans les semaines suivantes (une perspective plausible), pourraient encore maintenir en vie ses chances de convaincre les superdélégués que le momentum est désormais de son côté. Dans ce cas de figure, le parti devra alors se demander comment il conciliera le fait d'avoir choisi une nominée qui n'est pas la gagnante des urnes. Un scénario par forcément plus aisé pour la Convention de Denver.

photo par cjour via Flickr

Hillary Clinton fait appel à la peur

Quatre jours avant le minisupertuesday qui verra le Texas, l'Ohio, le Vermont et Rhodes Island tenir leurs primaires mardi, Hillary Clinton repasse à l'offensive en insistant une nouvelle fois sur le manque d'expérience de son rival Barack Obama dans le domaine de la sécurité. Elle a commencé à diffuser un nouveau spot publicitaire hier, jouant sur la peur. Une tactique largement utilisée par George Bush et les républicains en 2004. Vous remarquerez les lunettes sur la dernière image. Je n'ai pas le souvenir d'avoir vu Madame Clinton porter des lunettes depuis les photos d'elle dans les années 60 et 70.

Le texte du spot dit: "Il est 3 heures du matin, vos enfants dorment en sécurité. Mais un téléphone sonne à la Maison Blanche. Quelque chose est arrivé dans le monde. Votre vote décidera de qui répondra à ce coup de fil. S'il s'agira de quelqu'un qui connaît déjà les learders mondiaux, qui connaît le monde militaire. Quelqu'un qui a été testé et est prêt à mener dans un monde dangereux. Il est 3 heures du matin et vos enfants dorment en sécurité. Qui voulez-vous voir répondre à ce coup de téléphone?".

Obama a répondu dans la même journée par une publicité extraordinairement similaire au script légèrement différent: "Il est 3 heures du matin, vos enfants dorment en sécurité. Mais un téléphone sonne à la Maison Blanche. Quelque chose est arrivé dans le monde. Lorsque ce coup de fil arrive, le président ne devrait-il par être celui qui - et le seul - qui a fait preuve de jugement et de courage pour s'opposer à la guerre en Irak depuis le début... Qui a compris que la vraie menace contre l'Amérique était Al-Qaeda en Afghanistan et non l'Irak. Celui qui a mené les efforts pour sécuriser les armes nucléaires dans le monde. ... Dans un monde dangereux, c'est la capacité de jugement qui compte".


 

Un petit malin, lecteur du New York Times, est allé lui récupérer cette vidéo là.

A chacun ses Kennedy

20041020kennedy Ce week-end, Barack Obama peut s'enorgueillir d'avoir reçu le soutien officiel (endorsement) de deux membres du clan Kennedy: le sénateur Ted Kennedy (qui en fera l'annonce officielle lundi) et celui de la fille de l'ancien président JFK, Caroline Kennedy qui s'est fendue d'une lettre intitulée "Un président comme mon père" dans le New York Times de dimanche.

De son côté, Hillary Clinton avait déjà reçu le soutien de Robert Kennedy Jr, le fils de RFK, elle a reçu aujourd'hui celui d'un autre membre de la fratrie, avec l'endorsement de Kathleen Townsend Kennedy, ancienne gouverneure adjointe du Maryland qui avait échoué à décrocher le mandat de gouverneur de ce même état en 2002.

Le soutien de Ted Kennedy est une victoire pour Barack Obama. Même si le patriarche du clan n'a plus forcément le poids qui était le sien au sein du parti démocrate, son geste est un signal clair à l'ensemble de l'establishment du parti : il n'a plus à craindre de se positionner en faveur de Barack Obama par crainte de la machine démocrate incarnée par Bill Clinton. John Kerry avait certes donné le ton au début du mois, mais le sénateur Junior du Massachusetts, malgré sa candidature à la présidentielle de 2004, n'a jamais eu l'aura politique de Ted Kennedy dans le parti démocrate.

Le soutien de Caroline est peut-être plus important encore pour Barack Obama. Si celui du frère de JFK est un signal à la classe politique, celui de la fille du président assassiné pourrait avoir un impact plus important auprès des électeurs, et surtout des électrices. Discrète, active dans l'ombre notamment dans les écoles publiques de New York, Caroline Kennedy est une femme aimée et respectée par les Américains. C'est surtout la première fois qu'elle prend position en faveur d'un candidat à la présidentielle. "Je n'ai jamais eu un président qui m'ait inspirée de la manière dont les gens me disent avoir été inspirés par mon père. Mais pour la première fois, je crois que j'ai trouvé l'homme qui pourrait être ce président - pas seulement pour moi, mais pour une nouvelle génération d'Américains".

Ces soutiens doivent être durs à digérer pour les Clintons, qui ont toujours entretenu des relations cordiales avec les Kennedy, en particulier Hillary Clinton. Dans son autobiographie, elle n'a de mots assez flatteurs pour parler de Jacqueline Kennedy mais aussi de sa fille Caroline, avec qui les Clinton ont passé des vacances ä Martha's Vinyard, pendant leur présidence. Le soutien de Robert Junior n'est certes pas inutile. Ce militant écologique pourrait notamment mobiliser une partie de l'électorat vert. Mais son "endorsement" n'a pas le poids de ceux de Ted ou de Caroline.

Côté endorsements toujours, il est intéressant de noter que Barack Obama s'est attiré les faveurs de nombreux ténors démocrates d'Etats dits "rouges", soit à majorité républicaine. C'est le cas du sénateur du Nebraska Ben Nelson par exemple (dont le nom circulait pour être le vice-président d'Hillary et circule toujours pour être celui d'Obama), de l'ex-sénateur du Dakota du Sud Tom Daschle, qui a également été pendant plusieurs années le leader démocrate du Sénat, de la sénatrice du Missouri Claire McCaskill ou encore de la gouverneure de l'Arizona, Janet Napolitano.

Ces ralliements ne sont pas innocents. Ils indiquent une conviction de plus en plus forte dans le parti démocrate qu'Obama aurait finalement plus de chances de remporter l'élection de novembre qu'Hillary. Contrairement à sa rivale, le sénateur de l'Illinois a été à même de remporter régulièrement les voix des indépendants et des républicains modérés dans chacune des primaires jusqu'ici. Il est aussi le seul capable de mobiliser l'électorat jeune, en général le grand absent des urnes. Si Hillary est la nominée, elle ne convaincra certainement pas le premier groupe, surtout si John McCain est le candidat républicain et elle aura de la peine à incarner le "changement" auprès de la jeunesse qui se rassemble aujourd'hui autour d'Obama. Des voix qui pourraient s'avérer cruciales en novembre.

 

Obama gagne la Caroline du Sud (contre bill?)

Harlem4obama Barack se devait de gagner la Caroline du Sud. C'est fait et avec un score sans appel, 55% devant Hillary Clinton (27%) et John Edwards qui ne remporte que 19 % des voix dans son état natal qu'il avait pourtant remporté en 2004. Plus important pour Obama, après deux semaines d'acrimominies qui ont vu la question raciale dominer le débat (grâce aux Clinton qui l'ont mise sur le devant de la scène), il a gagné cet Etat du Sud à l'histoire engluée dans l'esclavage, la ségrégation (le drapeau confédéré flotte toujours devant le parlement de l'Etat) en gagnant un nombre considérable de voix dans la communauté blanche (il a décroché autant de votes parmi les hommes blancs que Mme Clinton, et 70% des blancs interrogés à la sortie des urnes se sont dits prêts à le soutenir s'il est le nominé démocrate).

Alors qu'il avait paru secoué la semaine dernière par les attaques lancées contre lui, hésitant entre contre-attaques et propositions pour relancer l'économie, Obama est revenu samedi soir dans son discours de victoire aux thèmes qui lui avaient assuré sa première victoire en Iowa au début du mois: l'unité du pays, le changement. "Le choix n'est pas entre régions, religions ou genre, il n'est pas entre noirs versus blancs. Cette élection porte sur le passé versus le futur".

Curieusement ce n'est pas Hillary Clinton qui a donné la première un discours de "concession" après sa défaite, mais....Bill Clinton. La situation était tellement incongrue que CNN a fini par couper un discours non seulement trop long, mais qui renforçait l'idée que Bill ne fait campagne finalement que pour lui-même. Il sera intéressant de lire les réactions demain à ses multiples références à "son" bilan. En termes d'images, le camp Clinton a probablement commis une erreur, samedi soir. Si Bill Clinton a été la star incontestée du parti démocrate pendant des années, son omniprésence dans cette campagne pourrait finir par nuire à la candidature de sa femme. Se présente-t-il pour un troisième mandat ou s'agit-il bien de la candidature d'Hillary?.

Un supporteur d'Obama au Moca Lounge de Harlem samedi soir me dit: "franchement, en tant que femme, vous ne trouvez pas ça dérangeant qu'il n'y en ait que pour lui?". Je me suis réfugiée derrière mon statut de journaliste pour ne pas avoir à prendre position. Dans la journée, la féministe Ronnie Eldridge, ancienne conseillère communale à New York, rencontrée dans une manifestation pro-Obama à Columbus Circle à New York, me dit sa déception à l'égard d'Hillary Clinton. "Elle n'aurait jamais dû se présenter, son époux est un poids, il rappelle trop qu'elle lui doit tout, au final je pense qu'Obama a une perspective bien plus féministe qu'elle de la société".

La campagne démocrate passe désormais en mode majeur, avec les primaires du Super Tuesday dans 22 états, le 5 février. Je reviendrai dans les jours qui viennent sur cette grande primaire nationale.

photo tirée du site www.Harlem4Obama.com

le leadersphip démocrate agacé par Bill Clinton

Dsc01540 Après la défaite d'Hillary Clinton en Iowa, on a vu Bill Clinton faire activement campagne pour sa femme. Ce fut le cas au New Hampshire, au Nevada et maintenant en Caroline du Sud qui tient sa primaire samedi. Rien que de très normal me direz-vous. Elizabeth Edwards a ses meetings pour pousser la candidature de son mari John et Michelle Obama prend régulièrement un jour ou deux par semaine loin de ses filles, pour soutenir Barack sur le terrain. Pourtant, à force de jouer les torpilleurs contre Obama surtout (laissant le beau rôle et les discours unificateurs à Hillary), Bill Clinton a fini par mettre à vif les nerfs de nombreux leaders du parti démocrate. Il est certes l'époux de Madame la candidate, mais en tant que président il est aussi et surtout le leader d'un parti qui cherche à reconquérir la Maison Blanche.

Le premier coup de gueule serait venu du sénateur du Massachusetts Ted Kennedy, le patriarche du clan et une figure dans le parti. Il aurait fait comprendre à Bill, à l'occasion d'un coup de téléphone personnel, qu'il poussait le bouchon trop loin en attaquant Obama et en "injectant" la problématique raciale dans la campagne. Même le député de l'Illinois Rahm Emmanuel, à qui le parti doit en grande partie sa victoire aux législatives de 2006 et qui est pourtant un ancien protégé de Clinton - il faisait partie de l'équipe de la War Room en 1992 avec les Carville, Begala, Stephanopoulos, Hickes and CO - semble avoir perdu patience. Kennedy comme Emmanuel sont neutres pour l'instant dans cette campagne, mais le bruit court que Kennedy pourrait apporter son soutien à Barack Obama.

Enfin lundi soir, le représentant James Clyburn, un leader de la lutte contre les droits civiques dans les années soixante et l'un des représentants afro-américains les plus influents du Congrès, a demandé à Bill Clinton de "se calmer" (to chill). Le soutien de Clyburn, qui a promis de rester neutre jusqu'à l'importante primaire de son état samedi, est ardemment convoité par les deux candidats démocrates. Si Bill ne se "calme" pas rapidement, James Clyburn pourrait bien ne pas tenir sa promesse Dans le New York Times, le représentant avait déjà dit sa surprise à la suite des propos tenus par Hillary Clinton sur Martin Luther King.

La suite sera intéressante à observer. Jusqu'ici, les commentateurs sont forcés de relever que depuis l'entrée en force de Bill, Hillary gagne...Je ne compte du reste plus le nombre d'électeurs pro-Hillary m'ayant dit qu'il avait choisi Hillary comme candidate à cause de Bill. Le sujet a évidemment été mis le tapis hier soir lors du débat démocrate à Myrtle Beach, en Caroline du Sud. Barack Obama a même lâché qu'il ne savait plus très bien parfois qui était son opposant dans cette campagne. (c'est au milieu du transcript).

photo Jim Ridge, un électeur rencontré dans l'Iowa et qui a accepté de partager ses photos le soir où mon appareil m'a lâchée

Clinton-McCain-Romney

A moins que ça ne soit Obama-McCain-Romney. Hillary Clinton a remporté le vote populaire au Nevada par 50,7% devant Barack Obama (45,2%). John Edwards a fait un bide dont il devra tirer les enseignements très vite avec seulement 3,8 % des voix. (Si le Nevada est vraiment une anticipation de ce que réservera la Californie le 5 février, il est définitivement out, la Caroline du Sud n'y changera rien samedi prochain).

Mme Clinton peut s'enorgueillir d'avoir obtenu le vote hispanique (64%) qui sera important dans cette élection, aussi bien dans les prochaines primaires de Californie, New York ou du New Jersey notamment, que lors de l'élection générale de novembre. Le parti républicain avec sa politique anti-immigratoire a sérieusement entamé le soutien de cette population pourtant souvent conservatrice sur les questions sociales et que Karl Rove avait réussi à amener à hauteur de 40% dans le giron de George Bush en 2004.

Barack Obama n'a pas daigné donner un "concession" speech hier soir. Un refus d'admettre sa deuxième place comme une défaite. Il a perdu par moins de 600 voix mais surtout son camp s'enorgueillit d'avoir gagné la course aux délégués (attribués géographiquement). Son succès dans les régions moins peuplées et plus conservatrices du nord de l'état peut se lire comme une bonne nouvelle pour l'élection générale (encore faut-il qu'il remporte la nomination démocrate). En revanche, son score auprès de la communauté afro-américaine (80%) a été remarqué à quelques jours de la très importante primaire de Caroline du Sud où les Clinton et lui se disputent le vote noir qui représente 50% de l'électorat de cet état de la côte sud-est.

Je dis "Les" Clinton, car Bill n'a pas l'intention d'y perdre sa couronne de "premier président noir" offerte par l'écrivaine Toni Morrison. Il sera cette semaine dans le Palmetto State pour aller, église par église, pâté de maison par pâté de maison, y faire du porte à porte dans les principaux quartiers noirs de l'état. Mme Clinton savait aussi très bien ce qu'elle faisait en filant sur Harlem dimanche à l'Abyssinian Baptist Church sur la 138e Rue pour y recevoir l'adoubement du très influent pasteur Calvin Butts.

Côté républicain, la course devient de plus en plus intéressante et difficile à déterminer. McCain a signé une deuxième victoire en Caroline du Sud qui lui était indispensable pour asseoir son statut de prétendant sérieux, à même de réunifier un parti sans héritier. Il y devance d'une courte tête Mike Huckabee (33,2% contre 29,9%). Mais au jeu du spin, les bonnes deuxièmes places restent des deuxièmes places. McCain peut certainement remercier Fred Thompson d'être resté dans la course jusqu'ici. Avec sa troisième place, cet acteur et ancien sénateur du Tennessee, a détourné de nombreuses voix évangéliques qui seraient probablement allées à l'ancien révérend Mike Huckabee. Les commentateurs se demandent dès lors si Thompson va rester dans la course au moins jusqu'en Floride pour y jouer le même rôle. "Si McCain lui paie sa campagne, sûrement", lâchait ironique un commentateur sur MSnbc hier soir (désolée je n'ai pas eu le temps de relever son nom).

Car au fonds, la course républicaine revient inlassablement à cette question: l'argent. McCain en a de moins en moins, même si cette victoire pourrait encourager les donateurs républicains à être plus cléments avec lui. "Nous sommes éternellement fauchés", me disait la semaine dernière Dick Dresner, un conseiller de Huckabee". Fred Thompson a le même problème. Même Rudolph Giuliani, qui a tout misé sur la Floride (29 janvier), a annoncé la semaine dernière que son staff ne serait pas payé ce mois....

Ce qui nous ramène à Mitt Romney et sa victoire écrasante samedi au Nevada. Certes, il n'y avait quasiment pas d'opposants (ils étaient tous en Caroline, ou en Floride), il a pu compter sur le vote mormon (qui représentait un quart de l'électorat républicain au Nevada), mais tout de même, 51,1% des voix devant le suivant, Ron Paul à 13,7%, est un score non négligeable. Mitt Romney fait campagne toute sur l'économie. Un thème qui a déjà fait mouche au Michigan et qui a trouvé des oreilles sensibles au Nevada, l'état le plus touché par la crise des subprimes. A l'heure où Washington discute d'un plan de relance de 145 milliards de dollars pour renflouer une économie secouée, son profil de redresseur de boîtes défaillantes commence à séduire les petits épargnants et autres propriétaires affectés par les premiers signes de récession.

Et Romney a de l'argent, beaucoup d'argent. L'écarter trop vite au profit de McCain, qui a tout de même de sérieuses inimiitiés au sommet du parti républcain, serait aller vite en besogne. Le bruit court que les Bush se tâteraient déjà pour donner des signes de soutien à Romney. C'est à double tranchant évidemment, vu la cote de popularité abyssale de Bush. Mais il reste le président. On se souviendra que Romney avait prononcé en décembre son discours sur sa foi dans l'enceinte de la librairie présidentielle de Bush Senior près de Houston.

hillary condescendante - et raciste?

Il y a quelque chose de profondément perturbant dans la campagne d'Hillary Clinton. A chaque fois que la sénatrice est en difficulté (elle vient certes de gagner le New Hampshire, mais d'une courte tête et les deux primaires à venir au Nevada et en Caroline du Sud s'annoncent très serrées), son staff, ses conseillers, quand ce n'est pas elle même ou son mari font appel à des tactiques retorses pour ne pas dire répugnantes.

Dernières en date, les remarques désobligeantes et condescendantes de Mme Clinton sur le rôle de Martin Luther King. "Je voudrais souligner le fait que le rêve de Martin Luther King a commencé à se réaliser lorsque le président Lindon Johnson a adopté la loi sur les droits civiques en 1964, quand il a été à même d'obtenir du Congrès ce que le Président Kennedy avait espérer faire, les présidents avant cela n'avaient même pas essayé d'obtenir, ce rêve est devenu réalité parce qu'un président a dit nous allons faire cela.".

Je ne sais pas exactement ce Mme Clinton compte prouver. Mais ses explications (transcript - vidéo) sur "Meet the Press" dimanche n'ont pas convaincu. Elle s'accroche à une vision révisionniste de l'histoire, juste pour dénigrer son principal rival qui selon elle se compare à Martin Luther King et à John Kennedy. Tentant de rattraper le coup, elle a aggravé son cas en expliquant que Martin Luther King lui ne s'était pas contenté de parler....
"Dr. King ne s'est pas contenté de donner des discours, il a marché, il a organisé, il a été gazé, il a été battu, il a été en prison. Il avait compris qu'il fallait changer le processus politique et y inclure ceux qui étaient au pouvoir. Il a fait campagne en faveur de leaders politiques, y compris pour Lyndon Johnson, parce qu'il souhaitait avoir à la Maison Blanche quelqu'un qui agirait en faveur des valeurs pour lesquelles il s'est battu toute sa vie".

Je me suis pincée, et plutôt deux fois qu'une. Hillary fait preuve au pire d'un racisme sournois, au mieux d'une profonde condescendance ce qui revient pratiquement au même, à vouloir faire croire que le rêve d'Obama ne pourra être mis en oeuvre que par un "doer" (quelqu'un qui agit, comme elle) et non un "talker" (comme Obama qui parle bien mais n'agit pas). Mais surtout, qu'il faut un politicien au pouvoir (comme elle) pour réaliser le rêve de ceux qui ne peuvent y accéder (Obama). Quels électeurs exactement Hillary essaie-t-elle de convaincre?

Bien que tenus lundi dernier déjà au New Hampshire, ces propos n'ont réellement rejailli nationalement que vendredi quand le New York Times s'en est emparé avec la réaction du très respecté James Clyburn dont je vous ai déjà parlé. Mme Clinton joue avec le feu. Si elle pouvait compter sur un soutien solide de la part de nombreux leaders noirs cette polémique pourrait en amener certains à changer d'avis.

Ce que me surprend surtout, c'est la consistance dans la bassesse des attaques utilisées par le camp Clinton lorsqu'il se sent menacé. C'était du côté de la campagne d'Hillary déjà qu'était sorti le fameux mémo sur les origines musulmanes de Barack Obama, c'était sa campagne encore qui avait brandi le fait que Barack Obama avait pris de la cocaïne dans sa jeunesse. (un fait qu'il a été le premier à reconnaître dans son autobiographie "Dreams from my father"). Mais les Clinton ou leurs porte-voix, dans ce cas précis l'ancien directeur de campagne au New Hampshire osait une assertion supplémentaire, et raciste, en disant que les républicains ne manqueraient pas de demander si Obama n'avait pas également vendu de la drogue, s'il n'avais pas été un dealer, renforçant le préjugé qu'un noir consommant de la drogue est forcément un dealer.

Cette semaine encore, au New Hampshire toujours, Bill Clinton estimait que les positions de Barack Obama sur l'Irak relevaient du "conte de fée". Un commentaire immédiatement critiqué là encore pour sa condescendance. Le malaise était palpable dans le camp Clinton. L'ancien président a même appelé l'activiste noir Al Sharpton lors de son émission de radio pour tenter de corriger le tir.

Je ne serais pas étonnée que ces dérapages constituent un tournant dans cette campagne.  La Caroline du Sud sera le premier test avec son électorat démocrate composée à 50% d'électeurs afro-américains. Hillary pourrait aussi rebuter de nombreux électeurs blancs, profondément choqués par ces propos. Elle jure qu'elle ne veut jouer ni la carte du sexe, ni celle de la race, alors qu'elle a déjà fait usage des deux en quelques jours à peine. (Je fais en effet partie de ceux qui ne croient pas à l'authenticité de ses larmes au New Hampshire).

la presse s'affiche

La course aux "endorsements" a démarré ce week-end, ces soutiens officiels donnés par les quotidiens américains aux candidats de leur choix. Les Suisses parlent de mots d'ordre.
Dans l'Iowa, premier état à voter lors du caucus du 3 janvier, le Des Moines Register a donné son mot d'ordre en faveur de Hillary Clinton et de John McCain. Alors que le sénateur de l'Illinois Barack Obama la devance, même si légèrement désormais dans les sondages en Iowa et depuis ce week-end au New Hampshire, ce soutien du principal quotidien de l'Etat est la première bonne nouvelle depuis longtemps pour le camp Clinton.

Les chroniqueurs glosent évidemment sur le poids réel de ces appels à voter, mais ils peuvent donner des arguments supplémentaires aux indécis, qui sont encore nombreux.  En 2004, le DMR avait soutenu John Edwards, ce qui avait permis au jeune ex-sénateur de Caroline du Nord, à en croire les analyses politiques, de décrocher la 2e place en Iowa derrière John Kerry, à la surprise générale. 

Le DMR insiste sur le fait que Mme Clinton est "prête" pour la fonction."Le fait qu''elle soit prête la place à part dans la constellation de possibles stars de son parti, en particulier Barack Obama, qui montre également qu'il a le potentiel d'être un bon président. Lorsqu'Obama s'adresse à une foule, il peut être plus inspirant que Clinton. Mais en raison de son expérience relative, il est difficile d''etre confiant qu'il pourra accomplir la tâche intimidante (de président)".

Les Clinton ont dû glousser à cette dernière phrase, l""inexpérience" d'Obama a été leur principale ligne d'attaque au cours des dernières semaines. Bill Clinton est même revenu à la charge vendredi sur le sujet lors d'une interview sur PBS, la chaîne de télévision publique.

John McCain peut doublement sourire puisqu'il décroche aussi le soutien du Boston Globe. Ces soutiens surprennent sans surprendre (le DMR comme le BG sont des organes de presse démocrates, un soutien à un candidat républicain très conservateur était dès lors exclu). Ils étonnent toutefois en raison de l'écart qu'accuse le sénateur de l'Arizona dans les principaux sondages, même si sa campagne a donné des signes de regain aussi bien dans l'Iowa qu'au New Hampshire.

Le Massachussetts n'organise sa primaire que le 5 février, mais le journal de Boston est très lu dans le sud du New Hampshire qui tient sa primaire le 8 janvier. Ce soutien s'adresse en particulier aux nombreux indépendants qui caractérisent l'électorat du New Hampshire. Le DMR met en exergue l'expérience de McCain, son autorité morale et sa constance dans ses positions même lorsqu'il sombrait dans les sondages. (On est loin de l'opportunisme d'un Mitt Romney, véritable girouette sur l'avortement ou l'assurance maladie, ou de celles, plus contorsionnées, d'un Giuliani sur l'immigration) .

Le Boston Globe relève lui aussi l'indépendance d'esprit de John McCain, son approche bipartisane des problèmes et son honnêteté. "Son empressement à reconnaître les réalités désagréables constitue l'une des plus grandes vertus de McCain." Et de citer ses prises de positions sur l'immigration, la torture, les changements climatiques ou le financement des campagnes, souvent en porte-à-faux avec la ligne de son parti.

Côté démocrate, le Boston Globe donne sa préférence à Barack Obama, illustrant qu'il est le favori de l'aile dite "libérale" ou "progressiste" du parti démocrate. "L'Amérique a besoin d'un président ayant un sens intuitif du monde dans son ensemble, de ses dangers comme de ses possibilités. Le sénateur Barack Obama possède cette compréhension."  Si le BG salue la campagne sérieuse de Mme Clinton et reconnaît sa maîtrise des dossiers, il estime aussi qu'elle affiche "une approche inutilement défensive, un rappel des batailles et des coups des années 90. La campagne d'Obama est tournée vers l'avenir".

Panique dans le camp Clinton

Il y a quelques semaines, je m'étais demandée si le fait que Barack Obama fasse spontanément allusion à sa consommation passée de drogues, et de cocaïne notamment, n'avait pas un petit lien avec le prétendu scandale que retenait la campagne d'Hillary Clinton contre lui.

Aujourd'hui il ne fait plus de doute qu'il avait bien anticipé le prochain coup tordu de sa rivale. Hier, un conseiller d'Hillary Clinton dans le New Hampshire, Bill Shaheen, s'est fendu d'un petit couplet sur la jeunesse d'Obama. "Les républicains ne vont pas abandonner sans une vraie bataille...et une des choses sur laquelle ils vont rebondir, c'est sa consommation de drogue", a dit Bill Shaheen au Washington Post.

Histoire d'enfoncer le clou, Shaheen précise que la candeur du sénateur de l'Illinois sur le sujet pourrait "ouvrir la porte à davantage de questions: C'était quand la dernière fois? avez-vous donné de la drogue à d'autres? En avez-vous vendue?...Il y a tellement d'ouvertures pour des sales coups de la part des républicains".

Pour le moment, les sales coups viennent de Bill Shaheen, même si le staff d'Hillary s'est immédiatement distancié de ses commentaires. Curieusement, ces pointes sortent le jour où un nouveau sondage montre qu'Obama (30% des intentions de vote) n'est désormais plus qu'à un point d'Hillary Clinton (31%), dans le New Hampshire précisément. "C'est un effort croissant et désespéré de ralentir sa glissade (d'Hillary) dans les sondages", a commenté le directeur de la campagne d'Obama, David Plouffe.

Hier également, le Daily News affirmait que Bill Clinton est furieux contre la gestion de la campagne de sa femme. Le journal va jusqu'à annoncer un grand remaniement du staff d'Hillary Clinton, composé pourtant de fidèles depuis des années. La campagne a démenti. Mais l'affaire est à suivre. Qui a parlé de désespoir?

Bill Clinton en pâture pour faire taire la presse

A en croire le magazine en ligne politico.com, le staff d'Hillary Clinton a réussi à faire censurer un article sur les tensions régnant au sein de la campagne de la sénatrice de New York qui aurait dû paraître dans le mensuel GQ. Le deal? Vous sortez l'article et l'accès à Bill Clinton vous sera fermé. Ennuyeux. Juste au moment où le magazine prépare un article de fonds sur les projets de la Fondation Clinton en Afrique qu'il prévoit de sortir dans son édition de décembre. Et l'on sait l'effet de Bill Clinton en couv sur les ventes...

On ne sait en revanche pas grand chose du déroulement des négociations qui ont eu lieu en coulisses. Mais GQ a confirmé avoir "tué" sa story sur Hillary. Le porte-parole de la campagne d'Hillary refuse de commenter, tout comme l'auteur de l'article, Josh Green, qui a renvoyé le journaliste de politico.com à l'éditeur de GQ et au porte-parole d'Hillary...confirmant très indirectement que négociations il y a eu. Green, n'était déjà plus en odeur de sainteté auprès d'Hillary depuis la publication d'un portrait très peu flatteur de la candidate démocrate dans le numéro de novembre 2006 du mensuel Atlantic Monthly.

Maria Pia Mascaro

West Wing dans la presse

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