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Les mots des autres

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John Edwards rejont le camp Obama

1975378746_1216893fd0Moins de 24heures après sa défaite en Virginie occidentale, Barack Obama a convaincu mercredi  4,5 6,5 superdélégués supplémentaires de le soutenir (le demi correspond à un superdélégué des Américains vivant à l'étranger). S'ajoute à cela le soutien de John Edwards, ancien candidat lui-même, qui s'est retiré après la primaire de Caroline du Sud. Cet appui est bien sûr bienvenu pour Barack Obama, alors que les sondages de sortie des urnes en Virginie occidentale montrent qu'il n'y a recueilli que 21% du vote des électeurs blancs sans titre universitaire. Ce même jour, Barack Obama a reçu l'appui officiel de NARAL, l'un des principaux groupes défendant le droit des femmes à l'avortement.

Certains se demandent si le ralliement du populiste John Edwards, qui avait fait de la lutte contre la pauvreté le centre de sa campagne, aurait eu plus d'effet s'il était intervenu avant l'Ohio ou la Pennsylvanie. Le timing actuel tombe néanmoins à merveilles pour Obama et a certainement été planifié à l'avance avec Edwards. En intervenant, moins de 24 heures après l'éclatante victoire de Hillary Clinton en Virginie occidentale, il lui coupe son élan. Il est aussi un geste évident à l'intention des classes populaires et pourrait déjà influer le score du Kentucky (le 20 mai) qui s'annonce aussi très favorable à Hillary Clinton. Pour la petite histoire, mardi soir John Edwards a recueilli 7% des voix alors qu'îl s'est retiré il y a quatre mois déjà.

Dans un rallye commun à Grand Rapids, Michigan (un état clef oû le vote des classes ouvrières sera déterminant), Edwards a refait son discours sur la division (le mur) entre Américains riches et pauvres, sur les déficiences du système de santé, sur les inégalités de financement des écoles américaines. "Nous pouvons changer cela", a-t-il dit, reprenant le slogan de campagne de Barack Obama "Yes we can". "Il y a un homme qui sait qu'il est temps de créer une seule Amérique et non deux, et cet homme c'est Barack Obama. Les électeurs démocrates ont choisi, moi aussi".

Ce soutien pourrait surtout être le signal que certains autes supers délégués attendaient, même s'il ne faut pas exagérer le poids d'Edwards au sein du parti.  Enfin, l'ancien sénateur de Caroline du Nord avait engrangé 18 délégués au cours des premiers scrutins. Il sera intéressant de voir si ceux-ci vont automatiquement se rallier à Barack Obama, tout comme certains syndicats (celui des travailleurs de l'acier, par exemple, influent en Pennsylvanie et en Ohio) que l'on disaient proches d'Edwards.

ps: la steelworkers union a apporté son soutien à Obama aujourd'hui ainsi que 4 anciens délégués d'Edwards.

Photo Flickr mdsaunde

Hillary: la montre ou la tête haute?

Pouquoi Hillary Clinton reste-t-elle dans la course? C'est la question qui fait débat dans tous les talks shows depuis sa petite victoire dans l'Indiana et sa défaite en Caroline du Nord la semaine dernère. La question est légitime: mathématiquement il lui est désormais impossible de rattraper Barack Obama dans le décompte de délégués. Lundi celui-ci a même pris la tête du décompte des superdélégués. Le dernier espoir d'Hillary? Outre le scandale (que son équipe espère encore) qui ferait définitivement trébucher son rival, c'est désormais le vote populaire qui anime la quête d'Hillary Clinton.

L'objectif paraît difficile mais pas impossible à réaliser. (Pour ceux qui aiment les chiffres et les jeux, je vous invite à aller jeter un oeil sur le tableau de  Realclearpolitics). Mme Clinton est assurée de gagner la Virginie occidentale (le 13 mai) et le Kentucky (le 20 mai) par des marges considérables. Elle concèdera l'Oregon, le Montana et le Dakota du Sud. Mais ces trois états sont peu peuplés Enfin, elle compte également l'emporter à Porto Rico (citoyens US qui sont invités à se prononcer dans les primaires démocrates mais pas lors de l'élection générale).

Là encore, il faudrait un petit miracle, voire plusieurs: 1. une très forte participation dans les états qu'elle devrait gagner, par opposition une très faible dans ceux favorables à Obama. 2. l'inclusion des résultas de Floride et du Michigan (non je ne vous reraconte pas cette histoire). 3. La NON-inclusion des résultats de l'Iowa, de l'Etat de Washington et de deux autres états qui ont organisé des caucus et n'ont transmis que le nombre de délégués obtenus par chaque candidat et non le nombre de voix (je vous avais prévenu que le système démocrate est pour le moins byzantin).

Tout cela compte tenu du fait que....les règles démocrates sont néanmoins claires: celui qui gagne la majorité des délégués décroche la nomination. Mais si ce scénario marche, il permettra à Hillary de jouer à Al Gore qui avait gagné le vote populaire en 2000, mais pas les Grands Electeurs. Les juges de la Cour Suprême seront interprétés dans ce scénario par les membres du Credentials Committee de la Convention démocrate.

Ce séquencier me paraît hautement improbable et je ne vois pas les superdélégués le laisser se développer. Il serait une remise en cause complète du système mis en place par le parti. Si néanmoins Hillary devait décrocher le vote populaire, elle réutilisera l'argument répugnant qu'elle seule peut gagner le vote blanc des cols bleus, même si cette fois-ci elle choisira mieux ses mots.
Là encore, je ne pense pas que les superdélégués marcheront. Depuis sa remarque la semaine denrière, ils ont été plus d'une dizaine à avoir annoncé leur soutien à Obama, conscients que cette guerre ne peut se poursuivre ad eternam sans créer de réelles difficultés pour le nominé présumé. Il ne peut se concentrer sur la bataille décisive contre John McCain, même s'il a déjà annoncé une tournée des grands états clefs de l'élection générale dès mercredi.

Reste, reste, le miracle inavouable, celui d'un cadavre qui resurgirait d'un tiroir secret des Obama. Dès lors, il faut gagner du temps. Impérativement. L'argument du vote populaire tombe bien.

L'autre choix consisterait à se retirer de la course après le scrutin en Virginie Occidentale. Elle sortirait alors la tête haute, sur une victoire écrasante et en position de force pour négocier un rôle d'importance avec les leaders du parti au Sénat (Leader de la majorité démocrate) voire avec Obama directement, pour un poste clef dans son administration s'il remporte l'élection en novembre (ministre de la santé ou plus presitigieux un siège à la Cour Suprême). C'est le scénario que je privilégiais jusqu'à  hier, mais quand j'entends son directeur de campagne Terry McAuliffe répéter à l'envi qu'elle est dans la course jusqu'au 3 juin, je commence à douter. Selon l'adage qui veut qu'un Clinton n'abandonne jamais....

Fin de partie pour Clinton?

Hillary Clinton avait espéré conserver le momentum gagné après l'Ohio et la Pennsylvanie. Elle comptait sur une victoire nette en Indiana et une défaite serreé en Caroline du Nord voire même une victoire suprise sur le fil. C'est le contraire qui s'est produit. Barack Obama a décroché la Caroline du Nord par 56% des voix contre 42%, et il a n'a concédé la défaite Indiana que de quelques voix. (A l'heure où je me couche, l'écart n'est plus que de 20 000 voix sur 95% des bulletins dépouillés 51%-49%).

Sans attendre les résultats définitifs de l'Indiana, Hillary Clinton a fait un discours toute en défiance, annonçant qu'elle allait "aller à grande vitesse vers la Maison-Blanche". Mais le coeur ne semblait pas y être. Il lui sera difficile de convaincre les superdélégués de la soutenir contre le verdict des urnes. Même l'argument du vote populaire, qu'elle espérait pouvoir faire valoir ne fonctionne plus.

Avec sa victoire en Caroline du Nord, Barack Obama a en effet effacé le nombre de voix que la sénatrice de New York avait engrangées en Pennsylvanie. Même en comptant la Floride et le Michigan, il paraît désormais impossible pour l'ancienne First Lady de dépasser Barack Obama dans le vote populaire (je rappelle que ce sont de toute façon les délégués qui comptent et non les voix). Hier soir encore, Hillary Clinton s'accrochait à cette hypothèse: "Comment peut-on choisir notre nominé dans 48 états seulement?", allusion bien sûr aux deux états dont les résultats ont été annulés pour avoir avancé la date de leurs primaires contre l'avis du parti national.

Pour Obama, la victoire était savourée. Ces deux scrutins ont montré que la controverse sur son pasteur n'a pas complètement entamé sa crédibilité auprès des démocrates. Ce sera bien sûr une autre affaire à l'automne. Les républicains se feront un plaisir de rappeler les propos incendiaires du réverend Jeremiah Wright. Mais comme l'a montré le duel avec Hillary Clinton, les Américains ont d'autres soucis en tête: l'économie au premier rang. Et sur ce point, Obama a refait son retard hier. 47% des électeurs préoccupés par la situation économique ont voté pour lui contre 53% pour Hillary Clinton. Ces électeurs lui avaient été nettement moins favorables en Pennsylvanie et Ohio.

Hillary Clinton n'a pas encore jeté l'éponge. Mais la rumeur hier voulait que sa campagne soit à nouveau en difficulté financière, qu'elle aurait, comme à la fin janvier, puiser dans sa fortune personnelle pour rester à flots. Une poursuite de cette campagne sonnerait à ce stade davantage comme une volonté de détruire Barack Obama, pour l'affaiblir en novembre et garder ensuite toutes ses chances pour 2012.

Je doute de ce scénario. Je pense davantage à un retrait dans les les prochains jours, voire après les deux prochains scrutins, les 13 et 20 mai, histoire de terminer sur deux victoires (au Kentucky et en Virginie occidentale), ce qui lui permet de terminer non seulement la tête haute mais en position de force pour négocier un poste dans la prochaine administration ou au Sénat.

Affaire à suivre, je vais me coucher, à demain!

Obama: "un gauchiste avec un beau sourire"

En attendant les résultats des primaires démocrates en Caroline du Nord et en Indiana, les républicains affûtent leur défense pour l'élection générale. J'ai eu l'occasion d'interviewer Newt Gingrich il y a dix jours à Washington. L'ancien speaker de la Chambre des représentants, qui avait mené la révolution républicaine « Contrat pour l’Amérique » contre l’administration Clinton en 1994, ébauche déjà les grandes lignes d’attaques que prépare le parti républicain contre Barack Obama, qu’il pressent toujours comme le probable nominé du parti démocrate

Vous vous souvenez? Après la victoire inattendue de Barack Obama dans l’Iowa, les chroniqueurs conservateurs les plus en vue du tout Washington ne trouvaient pas de mots assez forts pour chanter les louanges de ce politicien hors pair. De l’ancien conseiller de George Bush, Michael Gerson, au commentateur Bob Novak, ils étaient sous le charme et voyaient mal comment un des leurs pourrait faire face à ce phénomène politique qu’ils n’hésitaient pas à comparer aux frères Kennedy, tantôt à John, le président, tantôt à son frère, Bob, le candidat à la présidentielle de 1968.

Trois mois plus tard, à la faveur de la polémique suscitée par les propos sulfureux de l’ancien pasteur d’Obama, Jeremiah Wright, et des difficultés rencontrées par le sénateur de l’Illinois de remporter la confiance des cols bleus, les républicains se remettent à croire qu’ils ont finalement tout de même une chance de remporter la présidence face à lui. Et la stratégie de l’attaque se précise.

Même si le récent spot financé par le parti républicain de Caroline du Nord pour dénoncer les excès du pasteur d’Obama prouve qu’à choisir, les républicains se sentiraient mieux à l’aise contre une Hillary Clinton plus facilement définissable politiquement. Pat McKenna du quotidien de Scranton en Pennsylvanie, me faisait du reste remarquer, à l’instar d’autres commentateurs, que Barack Obama « a été particulièrement classe en n’invoquant aucun des scandales de l’administration Clinton, en particulier l’affaire Lewinsky. Les républicains ne lui feront pas ce cadeau ».

Interview :

West Wing2008: Pourquoi pensez-vous qu’Obama peine à décrocher cette nomination démocrate qui ne devrait mathématiquement plus lui échapper ?

Newt Gingrich : Obama n’est pas un gauchiste progressiste comme les autres. Rares sont les progressistes qui peuvent se targuer d’avoir pour pasteur Jeremiah Wright. Il est un politicien d’extrême-gauche, mais avec un beau sourire. Ce n’est pas pour rien que le National Journal (conservateur) l’a taxé de sénateur le plus à gauche. Mais il a été présenté comme un idéaliste plaisant, unificateur et post-racial, comme un symbole culturel charismatique. Alors qu’il n’est qu’un politicien de gauche se comportant comme n’importe quel politicien. Les gens commencent donc à avoir des doutes.

Il y a un an les républicains disaient qu’Hillary Clinton serait plus facile à battre, est-ce toujours le cas ?

Je dirais que Madame Clinton a un plancher plus élevé mais un plafond plus bas. Elle ne peut pas espérer obtenir plus de 53% des voix mais elle n’ira certainement pas en dessous de 47% lors de l’élection générale. Barack Obama en revanche a un plafond plus haut mais un plancher plus bas. Il peut gagner jusqu’à 58% de l’électorat en novembre comme il peut n’en mobiliser que 42%. Tout dépend de quel Obama se présentera en septembre. Si c’est l’Obama de la gauche pure qui méprise les petites villes, on a vu comment il s’est fait ramasser en Pennsylvanie (qu’il a perdu 55%-45% contre Clinton, ndlr).

Obama ne serait donc pas le candidat bipartisan qu’il affirme être ?

Bien sûr que non. C’est un démocrate progressiste, mais il ne faut pas le sous-estimer. Il est un des politiciens les plus accomplis de notre temps. C’est un intellectuel attirant, sa famille est charmante, il a galvanisé la jeunesse et il surfe sur cette « aura » de la différence. Mais la Pennsylvanie et dans une moindre mesure l’Ohio ont coupé son élan, où il n’a pu compter réellement que sur le vote noir et le vote de la gauche intellectuelle.

Obama et McCain chassent sur les mêmes terres, les indépendants, Obama n’est-il dès lors pas un plus grand danger pour John McCain ?

N’est-ce pas ironique que McCain soit notre candidat, alors qu’on le pensait fini il y a tout juste un an ? Mais il a montré pendant cette campagne le même courage et la même volonté de vaincre que lors des 5 années passées dans les geôles vietnamiennes. C’est un battant. Les Américains vont sans doute se dire, il mérite qu’on regarde son programme à deux fois. Pendant que les démocrates continuent d’en découdre, McCain se comporte déjà en homme d’état avec ses voyages au Moyen-Orient, à Paris, à Londres. Mais Obama reste un formidable adversaire. Il a réussi à mobiliser plus de deux millions de petits donateurs, aucun politique n’avait réussi cela avant lui. Il demeure à mon avis le nominé démocrate le plus probable, mais il n’est plus aussi intouchable qu’avant.

Regrettez-vous d’avoir lancé la procédure de destitution contre Bill Clinton ? 

Absolument pas. Le président a commis un parjure devant une cour fédérale. Et cela constitue un crime. Il n’est pas pensable de laisser un prédisent commettre un crime sans que cela ne porte à conséquence. Ce serait la porte ouverte à la corruption.

 

Un pasteur trop encombrant pour Obama

Le très controversé pasteur de Barack Obama, Jérémiah Wright, est un homme de peu de loyauté. Le show qu'il a donné pendant trois jours sur la chaîne PBS d'abord, à Detroit ensuite devant la NAACP et lundi matin à nouveau devant la National Press Club a surtout prouvé qu'il n'a pas la grandeur d'âme ni la bienveillance de son ouaille la plus célèbre. Quant Barack Obama s'est trouvé pris dans la tourmente des propos de son pasteur (le sida a été inventé par le gouvernement pour éliminer la population noire, Que Dieu maudisse l'Amérique pour n'avoir pas mieux traité ses citoyens noirs et démunis, et le très juteux Bill Clinton nous a fait ce qu'il a fait à Monica Lewinsky), il ne s'est distancé que des propos, mais n'a pas renié l'homme qu'il décrit comme son mentor spirituel, qui l'a baptisé, l'a marié, a baptisé ses deux filles.

La réponse du Pasteur ressemble à celle d'un homme égoîste et blessé dans son orgueil: "Barack Obama n'est qu'un politicien, je suis un pasteur". Il dénonce aussi ce qu'il perçoit comme des attaques nont pas "contre lui mais contre l'Eglise noire". Aux journalistes qui lui demandent s'il n'a pas peur de faire ombrage au sénateur il se contente d'un" je ne suis pas dans la course à la présidence, mais j'accepterais le poste de vice-président", lancé comme un gag. Certes l'homme cherche à sauvegarder une vie entière au service de Dieu et surtout de ses paroissiens. Il a même certainement raison de défendre l'oeuvre des Eglises noires dans le pays et de noter leur "différence". Encore qu'à la cultiver, il ne facilite pas la réconciliation ni surtout le partage. Reste la manière.

Jérémiah Wright ne semble à l'aise que dans la provocation, le défi, et même le mépris. L'homme  a visiblement une très haute opinion de lui-même. Pas une once d'humilité dans ses discours. Son offre de dialogue pour la réconciliation entre les communautés sonnait plus comme un défi que comme une invite sincère. L'homme est en colère, contre l'histoire (sans doute avec raison) et on  a presque l'impression qu'il est en colère aussi contre Barack Obama (parce qu'il prône une autre approche de la réconciliation?).

Assurément, ses interventions ce week-end n'ont pas aidé le sénateur de Chicago.
La pilule doit être amère pour ce dernier. Les analystes le disent pris au piège. S'il ne dit rien, il ne fait que maintenir en vie à une polémique qui menace d'empoisonner sa campagne et pourrait même lui coûter sa nomination. S'il renie son pasteur, il court le risque de passer pour un politicien "as usual", opportuniste quand le vin tourne au vinaigre.

Je ne suis pas certaine que de poursuivre sur la voie prise jusqu'ici soit la meilleure pour Barack Obama. Il a affirmé lui-même dans une interview à Fox News (après avoir boudé la chaîne conservatrice pendant 771 jours) que la question était politiquement légitime, ouvrant de fait la porte aux républicains et à John McCain pour la trouver eux aussi "légitime". Ce dont acte. Les républicains n'avaient du reste pas attendu la "légitimité" de la situation pour l'exploiter.

En Caroline du Nord, le parti local a utilisé des images de Jérémiah Wright pour dénoncer les élus locaux ayant soutenu Barack Obama. A ce stade, le meilleur choix pour Barack Obama serait sans doute de couper les ponts avec son pasteur. Difficile de donner un conseil sur la forme, mais plus vite la distance sera mise,  plus vite il pourra passer à autre chose. Laisser pourrir la situation jusqu'à l'élection générale - s'il devient bien le nominé - serait un cadeau inespéré pour les républicains.   

La carte électorale démocrate en jeu

Il lui fallait une victoire à deux chiffres en Pennsylvanie pour légimiter son maintien dans la course à l'investiture démocrate. Pari gagné. Non seulement Hillary Clinton a battu Barack Obama de 10 points mardi soir dans le Keystone State, elle a surtout montré qu'elle était effectivement la favorite des cols bleus, ces fameux Reagan démocrats, conservateurs sur les questions sociales et morales mais sensibles au discours du parti de l'âne sur les questions économiques.

L'adage a longtemps voulu que le parti se devait de reconquérir ces ouvriers qui l'ont boudé en 80 et 84 et à nouveau en 2000 et 2004 en votant Reagan dans les années 80 et Bush lors des deux dernières élections. (Ils avaient soutenu Bill Clinton en 92 et 96). Reste à savoir si cet adage vaut également cette année. La campagne d'Obama a insisté depuis le début de cette campagne sur la nécessité de "redessiner" la carte électorale du parti démocrate en élargissant sa base traditionnelle (afro-américains, progressistes et classe ouvrière laïque).

Barack Obama affirme qu'il a amené à la politique (et au parti démocrate) des centaines de milliers de jeunes qui boudaient tout simplement les urnes jusqu'ici, il a également séduit les indépendants qui n'ont pas le même profil que les cols bleus. Ces nouveaux électeurs soutiendront-ils Hillary en novembre si elle devient la nominée du parti? Rien n'est moins sûr.

Les premiers pourraient comme par le passé ignorer la res publica, déçus par le retour au "politic as usual". une bonne partie des seconds se laisseront sans doute séduire par les sirènes de John McCain qui a toujours eu beaucoup de succès auprès des indépendants. Sans compter qu'une partie de l'électorat afro-américain, le plus fidèle du parti démocrate, pourrait ne pas se mobiliser aussi massivement si Clinton est la nominée. Nombreux sont les électeurs afro-américains qui ne pardonnent pas aux Clinton d'avoir tenté de réduire Obama au candidat noir de la minorité noire.

Reste les fameux Reagan democrats. Je doute que leurs voix se reporteront entièrement sur John McCain si Barack Obama est le nominé démocrate. Mais si Hillary Clinton est la nominée, leurs voix suffiront-elles en novembre à faire pencher la balance en faveur d'Hillary, si les jeunes, les indépendants et une partie de l'électorat noir ne la soutiennent pas? C'est la question que doivent sans doute se poser les superdélégués qui détiennent désormais les clefs de cette primaire démocrate. Enfin, l'électorat d'Hillary est un électorat vieillissant, une perspective peut réjouissante pour le futur du parti. (Si Kerry avait réussi à maintenir les fans d'Howard Dean dans son giron en 2004, il serait peut-être président aujourd'hui).

Au fonds, pour le parti démcrate, c'est le choix de l'avenir et de l'élargissement de la base électorale (où des états comme le Colorado, la Virginie, le Nouveau Mexique, voire même la Géorgie ou la Caroline du Nord qui ont connu d'importants bouleversements démographiques ces dernières années deviennent les swing states de l'automne et de demain) contre celui du statu quo qui fera effectivement de l'Ohio, du Michigan et de la Pennsylvanie, les terrains de bataille de cette élection, au risque de se retrouver avec des McCain Democrats.

Clinton s'en prend aux activistes de MoveOn

Hillary Clinton a la mémoire bien courte ou elle joue à un jeu franchement dangereux. A en croire un document sonore révélé vendredi par Huffington Post, Hillary s'en est pris à Moveon.org, taxant le groupe d'"activistes" et les accusant d'avoir "envahi" les caucus et "intimidé" ses supporters. "Nous avons eu moins de succès dans les caucus car ils attirent les activistes de la base du parti".

Les remarques ont été formulées en février, peu après le super tuesday, devant un parterre de généreux donateurs, ça ne vous rappelle rien? (note aux candidats, méfiez-vous de ce que vous racontez à vos pourvoyeurs de fonds, même si les journalistes sont généralement exclus de ces soirées, il y a toujours des âmes outrées qui refileront le sonore de vos remarques à Huffington).

N'empêche, les remarques d'Hillary valent leur pesant d'or. L'ancienne First Lady caractérise notamment MoveOn.org de "jaillissement d'argent qui ne s'arrête jamais. Ce jaillissement ne semblait pas la gêner quand l'organisation défendait les Clinton lors du lors du procès en destitution de Bill Clinton en 1998 et 99.

Pour mémoire, MoveOn.org a été fondé par un couple de San Francisco, Wes Boyd and Joan Blades, qui avait fait fortune avec les fameux grille-pain volants comme écrans de veille, qui las de voir le monde politique s’affoler des galipettes sexuelles de Bill Clinton, avait lancé une pétition en ligne baptisée Move On (allons de l’avant) envoyée à 300 personnes.

Neuf ans plus tard, MoveOn.org compte 3,2 millions de membres, facilement mobilisables et à la générosité infaillible. En 2004, l'association avait bénéficié du soutien de George Soros via un don de 5 millions de dollars pour financer leur campagne de soutien à John Kerry, le candidat démocrate à la présidentielle.

Le pari d'Hillary est simplemais risqué. Comme MoveOn.org soutient son rival Barack Obama (tout comme Soros d'ailleurs), elle préfère reléguer toute l'association dans le camp des "libéraux", cette affreuse aile gauche du parti. Elle se positionne du même coup au centre, selon le vieux principe de la triangulation mise au point par Bill Clinton en 1992. Je ne suis pas certaine que la stratégie fonctionne cette fois-ci. Comme le relève justement Mme Clinton, les activistes s"activent".

La campagne des primaires n'est pas terminée. Certains membres de MoveOn pro Clinton (même si le soutien à Obama s'est fait au vote populaire, les membres n'ont pas été unanimes à le choisir) pourraient en prendre ombrage. Sans compter qu'Hillary s'est trompée en affirmant que MovenOn (ces pacifistes!) s'était opposé à l'intervention en Afghanistan, ce qui est faux.

Enfin, si Hillary venait à gagner la nomination - les superdélégués ont encore leur mot à dire - rien n'indique que ces 3,2 millions d'activistes s'activeront aussi aisément pour la défendre dans son combat contre McCain. Reste surtout cette désagréable impression que vos amis ne sont vos amis que lorsqu'ils vous soutiennent aveuglément. ça rappellerait presque les tactives de George Bush et Karl Rove.

Ps: Huffington semble avoir un truc à se faire pardonner. Il y a eu déluge de commentaires sur leur site après la diffusion du sonore d'Obama à propos de ses remarques sur les habitants des petites villes. Coup sur coup, HuffPost a publié cette semaine un article affirmant qu' Hillary s'en serait violemment pris à ces mêmes électeurs des petites villes qui avaient préféré Gingrich et son Contrat pour l'Amérique aux démocrates lors du raz-de-marée conservateur au Congrès en 1994. En disant d'eux "qu'ils aillent se faire f...". Et puis ce nouveau sonore ce soir, depuis combien de temps est-il en possession d'Huffinton?


 

La bourde d'Obama

C'est une bourde classique d'intello. Devant un parterre de généreux donateurs à San Francisco, cherchant à expliquer les difficultés que rencontrent les classes ouvrières du pays, Barack Obama s'est lancé le week-end dernier dans une très maladroite analyse de la colère des Américains des petites villes du pays:

"Vous allez dans ces petites villes de Pennsylvanie, ou dans ces petites villes du Midwest, les emplois y ont disparu depuis plus de 25 ans et n'ont pas été remplacés. Ils ont été abandonnés par l'administration Clinton, ils ont été abandonnés par l'administration Bush et chaque administration successive leur a promis de relancer ces communautés mais rien ne s'est produit. Il n'est pas surprenant dès lors qu'ils soient devenus amers, qu'ils s'accrochent à leurs fusils ou à leur religion ou à l'antipathie contre ceux qui ne leur ressemblent pas ou à des sentiments anti-immigrants ou anti-accords commerciaux pour expliquer leur frustation".

En trois malheureuses phrases, Barack Obama vient d'ouvrir une formidable porte aux critiques non seulement de sa rivale démocrate Hillary Clinton, mais également du candidat républicain John McCain, qui ne s'en sont du reste pas privés. Si son constat sur la frustration d'un nombre grandissant d' Américains est juste - il n'y a qu'à lire les nombreux commentaires sur les divers blogs de travailleurs démoralisés par les conditions économiques actuelles ou de se ballader un peu dans ces régions retirées pour comprendre qu'Obama a touché une corde sensible - son analyse sur le repli religieux est en revanche non seulement gauche mais pourrait réduire à néant les efforts déployés par le parti démocrate pour convaincre l'Amérique religieuse qu'il est en phase avec ses préoccupations et ses valeurs.

En donnant l'impression de réduire le sentiment religieux à un refuge loin des tumultes du monde, Barack Obama court le risque de passer pour un de ces gauchistes laïcs qui considèrent toujours que la religion n'est que l'opium du peuple. Je rappelerai à ce propos que près de 90% des Américains se disent religieux. Le fait que ces propos aient été tenus de surcroìt lors d'un événement fermé à la presse (c'est une de ses donatrices qui a enregistré les propos et les a ensuite postés vendredi sur HuffingtonPost) ajouteront au sentiment qu'il tient un discours devant les élites intellectuelles de San Francisco et un autre dans les petites villes de l'Amérique rurale.

Hillary Clinton s'est aussitôt emparée de la gaffe traitant Obama d'"élitiste". En Caroline du Nord (primaire le 6 mai), les fans d'Hillary ont imprimé des autocollants affichant un "Je ne suis pas amer". Le fait qu'Obama s'est empêtré dans des tentatives d'explication avant de présenter ses excuses n'a fait que maintenir le sujet à la une des journaux pendant le week-end et poussé enfin à la trappe l'enjolivement de l'arrivée d'Hillary Clinton en Bosnie ressuscitée par Bill Clinton, toujours en roue libre.

La bourde tombe à un très mauvais moment pour Obama, à une dizaine de jours de la primaire de Pennsylvanie, un état qui compte un grand nombre de Reagan Democrats, ces cols bleus sensibles aux arguments syndicaux mais souvent très conservateurs sur les questions morales et sociales. Ils sont considérés comme les "swing voters" par excellence, ces électeurs très courtisés qui peuvent faire basculer une élection dans un sens comme dans l'autre, en particulier lors de l'élection générale. On comprend l'empressement de John McCain à s'immiscer lui aussi dans cette belle polémique.

Barack Obama garde néanmoins une porte de sortie s'il manoeuvre adroitement. Car à force de dire aux Américains qu'ils sont "formidables, optimistes et endurants" - selon l'art consommé de la self congratulation à l'américaine -  ils vont finir par se dire qu'on les prend franchement des pour des c..s.  Comme la roue finit toujours par tourner, le quotidien de Scranton, cette petite ville au lointain passé minier de Pennsylvanie dont est originaire le père d'Hillary et où elle a passé ses étés enfant, a apporté aujourd'hui son soutien à Obama, contre l'avis du maire. C'était la seule bonne nouvelle du week-end pour le sénateur de l'Illinois.

PS:

pour les passionnés, un lecteur me signale cette conférence jeudi à Paris:

http://www.dauphinedebat.com/

Eviter la bataille de Denver

Hillaryobama La confusion continue de régner sur l'organisation de la Convention du parti démocrate à Denver, sur le rôle que les superdélégués seront amenés à y jouer et sur la présence ou non des délégués de Floride et du Michigan, deux états punis pour n'avoir pas respecté le calendrier électoral du parti national. Mercredi, à la surprise générale, le Comité du parti national, l'organe central du parti démocrate, annonçait que des membres des partis démocrates du Michigan et de Floride siègeront au Credentials Comittee de la Convention, ce même Comité qui déterminera si oui ou non les délégués de Floride et du Michigan pourront participer au grand raout démocrate.

Le processus est compliqué, je vous le concède. Mais cette décision montre surtout que le parti démocrate cherche par tous les moyens à éviter une guerre fratricide entre Hillary Clinton et Barack Obama devant le parterre de Denver. Même s'il paraît mathématiquement impossible à la première de battre le second d'ici la fin des primaires, le 4 juin prochain, le règlement du sort des délégués de Floride et du Michigan permettrait déjà d'éliminer une des controverses qui minent le parti.

Reste à en peaufiner les détails. On se souviendra qu'Hillary Clinton a gagné ces deux scrutins en janvier. Aucun des candidats n'avaient fait campagne en Floride, respectant ainsi le voeu du parti national. L'ancienne first Lady peut faire valoir que le résultat des urnes est donc juste. La question est plus compliquée au Michigan, puisque le nom de Barack Obama ne figurait même pas sur les bulletins de vote. Certains membres du parti ont déjà suggéré de répartir les délégués de cet état à hauteur de 50% pour chaque candidat. Pas sûr que la sénatrice de New York accepte aussi facilement que cela.

Deuxième controverse. Celle des superdélégués, ces 796 élus du parti (gouverneurs, ex-gouverneurs, anciens présidents, membres du Congrès et autres politiciens locaux) qui devront départager les candidats puisque l'on sait que ni l'un ni l'autre n'atteindra le chiffre magique de 2024 d'ici la fin des primaires. Pour sortir de l'ornière et empêcher une bataille en ordre rangée devant les caméras au Colorado, les leaders du parti, et son président Howard Dean en tête, invitent désormais les superdélégués à faire connaître leur position avant le 1er juillet. Le gouverneur du Tennessee est allé jusqu'à proposer qu'ils tiennent leur propre primaire.

On comprend l'empressement du parti. Les réactions à la décision de Bill Richardson de soutenir Barack Obama, n'illustre que trop bien la guerre qui se joue en coulisses et que les démocrates veulent faire cesser, si le parti veut avoir une chance d'arriver à Denver uni. Ancien ambassadeur à l'ONU sous Bill Clinton, avant d'en devenir son Secrétaire à l'énergie, le gouverneur du Nouveau Mexique, superdélégué démocrate, a pourtant choisi de donner sa voix au sénateur de l'Illinois, se faisant traiter de "Judas" par James Carville, un ancien conseiller de Bill Clinton. L'ancien président a même piqué une colère sans borne devant 16 superdélégués californiens ce week-end, leur disant que Richardson lui avait assuré par 5 fois qu'il soutiendrait Hillary. Une affirmation aussitôt démentie par l'intéressé dans une chronique au Washington Post mardi.

Harold Ickes, un conseiller de la campagne d'Hillary Clinton, a admis que les Clinton font mention de la controverse sur le pasteur Jeremiah Wright pour tenter d'influencer les superdélégués et les convaincre qu'elle sera un poids pour Barack Obama. D'autres sources avancent que les Clinton font valoir comme argument qu'Obama n'a aucune chance de gagner en novembre. Des déclarations qui augurent mal de la nécessaire réconciliation pour entrer dans la phase de l'élection générale quel que soit le nominé du parti démocrate.

On comprend dès lors les tentatives de résolution du parti pour régler les controverses en cours. Tout comme les propos soudainement plus conciliants de Nancy Pelosi, la présidente de la Chambre des représentants, affirmant que les superdélégués doivent voter en leur âme et conscience alors qu'elle avait déclaré il y a quelques semaines à peine que ceux-ci se devaient de respecter la volonté populaire. Autant de signes perçus comme des gestes visant à apaiser le camp Clinton qui n'a eu de cesse de répéter qu'il amènerait la question des délégués de Floride et du Michigan à la Convention.

Dès lors tout reste ouvert. Car si sur le papier Hillary Clinton n'a pratiquement aucune chance de rattraper Barack Obama en nombre de délégués, une victoire en Pennsylvanie le 22 avril et dans deux ou trois autres états dans les semaines suivantes (une perspective plausible), pourraient encore maintenir en vie ses chances de convaincre les superdélégués que le momentum est désormais de son côté. Dans ce cas de figure, le parti devra alors se demander comment il conciliera le fait d'avoir choisi une nominée qui n'est pas la gagnante des urnes. Un scénario par forcément plus aisé pour la Convention de Denver.

photo par cjour via Flickr

L'Eléphant dans la chambre

Elephant "L'Amérique peut-elle élire un président noir?" titrait, très à propos, Libération hier. Une interrogation pertinente que les Américains ne pouvaient ou ne voulaient pas poser jusqu'ici. Curieusement, c'est à la faveur de la controverse sur les propos du pasteur de Barack Obama, Jeremiah Wright, que le tabou a été brisé. Comme si l'ombre d'un soupçon de racisme par association à l'encontre des blancs de la part du premier candidat noir à avoir une chance réelle d'emporter un scrutin présidentiel permettait de poser la vraie question, celle qui a été soigneusement esquivée jusqu'ici: l'Amérique est-elle en effet prête à élire un président de couleur?.

Rares sont les commentateurs qui s'étaient aventurés sur ce terrain. A deux reprises, au cours d'interviews, le consultant politique Dick Dresner m'a affirmé que Barack Obama n'a aucune chance de remporter la présidence parce qu'il est noir. Les premiers a avoir ouvertement abordé la question furent du reste les leaders de la communauté noire, hésitant à soutenir ce candidat métis de peur que la communauté blanche ne leur emboîte pas le pas. Nous étions encore en avril et dans l'expectative. Mais déjà, les sommes astronomiques levées par Obama surprenaient. Qui était donc prêt à soutenir ce candidat atypique, novice de surcroît sur la scène nationale? De grandes firmes de Wall Street lui accordaient plus de confiance qu'à Hillary Clinton, de nombreux petits donateurs surtout remplissaient ses coffres. On pensait encore à l'effet Howard Dean d'il y a quatre ans.

Et puis survint le tremblement de l'Iowa, quand cet état du Midwest à 92% blanc lui offrait une première place sans appel lors de ses caucus du mois de janvier. Il ne s'agissait plus d'un simple effet de mode mais d'une volonté réelle d'en finir avec la politique et surtout les dynasties du passé. Les scrutins suivants ont confirmé que la candidature du sénateur de l'Illinois était non seulement sérieuse mais solide. Il y a eu les mots d'ordre de grands journaux (le Boston Globe, le Dallas Morning News...), les soutiens de leaders du parti (John Kerry, Tom Daschle, Edward Kennedy, et, dernier en date, l'ancien candidat et gouverneur du Nouveau Mexique Bill Richardson).

Pendant tous ces mois, la question de la "race" - car c'est bien dans ces termes qu'elle est posée aux Etats-Unis - filtrait en sourdine. Les premiers à en jouer furent les Clinton qui tentèrent à plusieurs reprises - de manière souvent maladroite et tendancieuse - de rappeler à l'électorat les origines de leur principal rival, cherchant à faire de lui le candidat de la seule minorité noire.  Avec pour effet immédiat et désastreux pour leur propre campagne de rallier l'électorat noir derrière Barack Obama quand celui-ci était encore divisé jusqu'à tard dans l'automne entre les deux candidats.

Mais les propos incendiaires du pasteur Wright pourraient changer la donne. Même s'il convient de rappeler qu'une grande partie de ceux-ci étaient connus depuis longtemps. Mais on les ressort au moment idoine, avec des citations souvent sorties de leur contexte, quand il apparaît quasiment impossible mathématiquement pour Hillary Clinton de gagner l'investiture démocrate sauf scandale ou pataquès dans la campagne d'Obama.

Le sénateur, qui n'a eu de cesse de se présenter comme le candidat "post-racial", prônant l'unité, aussi bien politique, raciale que religieuse, ne pouvait désormais plus ignorer lui aussi l'éléphant dans la chambre pour reprendre une expression bien américaine. Mardi, il donnait un discours sur la "diversité raciale" à Philadelphie (extraits en français). Considéré par certains comme le discours le plus important donné sur le sujet depuis des années, il a été démoli par ceux qui attendaient qu'Obama répudie purement et simplement son ancien pasteur. (Wright a pris sa retraite de la Trinity United Church à la fin 2007).

Personnellement, je pense qu'Obama a prononcé un discours non seulement honnête mais indispensable. Se distançant de certains des propos de son pasteur, il a cependant refusé de le renier entièrement. Cela aurait signifié se renier lui-même. Et si certains des propos de Jeremiah Wright sentent le souffre, refuser de reconnaître la pertinence de certains autres équivaudrait à se voiler la face sur l'existence persistante d'un racisme ordinaire et insidieux dans la société américaine.

Barack Obama a donc choisi de replacer les mots de son pasteur dans le contexte racial d'aujourd'hui. Celui de la colère - affichée ou muette - d'une grande partie de la communauté noire. Sans remonter à l'esclavage ou à la ségrégation, il suffit de penser au nombre de noirs dans les prisons américaines, à Katrina, à la reconstruction de la Nouvelle Orléans (que j'ai abondamment relatée dans mon autre blog) qui se fait au mépris de sa population la plus démunie. Il suffit de s'entrentir sérieusement et avec sincérité avec n'importe quel noir américain pour comprendre que la discrimination demeure un fait réel et quotidien, dans l'enseignement, l'accès au travail, au logement, etc.

Une jeune femme de Harlem m'a donné un argument convaincant sur les raisons de son choix en faveur d'un homme noir plutôt que d'une femme blanche à la présidence, même si elle souhaite vivement voir un jour une femme à la Maison Blanche. "Tant qu'il ne sera pas naturel de voir un homme noir occuper des positions de pouvoir dans ce pays nous n'atteindrons pas l'égalité. Dans nos communautés, la femme blanche occupe déjà des fonctions de pouvoir, regardez qui enseignent dans nos écoles".

Mais Barack Obama ne s'est pas contenté d'"expliquer" la colère noire. Il a aussi parlé du  "ressentiment" des blancs, souvent issus de milieux défavorisés ou modestes, qui ne comprennent plus aujourd'hui les mesures anti-ségrégation datant de l'époque des droits civiques. Qui pestent de voir leurs enfants forcés de prendre le bus et faire des dizaines de kilomètres chaque matin pour aller dans une école loin de leur quartier au nom de la mixité raciale. Qui se sentent lésés de voir des Afro-américains obtenir des postes dans la fonction publique ou dans des universités d'état à la faveur des programmes d'affirmative action (on ne dit pas discrimination positive aux Etats-Unis), quand leurs propres enfants, avec des notes souvent équivalentes, se voient refuser des bourses ou des programmes similaires.

Bref, Barack Obama a eu l'audace de poser sur la table les vraies questions que l'Amérique doit encore se poser et résoudre 40 ans après les discours de Martin Luther King et l'adoption des lois sur les droits civiques. Celle par exemple du financement de l'école publique qui dépend aujourd'hui encore de l'impôt sur la propriété. Inutile de dire que la qualité des établissements scolaires dépend fatalement du niveau de revenu des parents d'élèves.

Le débat est ouvert. Les électeurs et les candidats seront-ils prêts à le poursuivre et à s'engager dans un dialogue honnête sur les disparités de l'Amérique, qui si elles sont avant tout économiques, affectent de manière disproportionnée les minorités noires, hispaniques et amérindiennes. John McCain a déjà suspendu un de ses employés qui a fait circuler un mail avec un lien à cette vidéo (laquelle donne une idée des attaques qui fuseront contre Obama s'il est le candidat démocrate). Hillary Clinton ne s'est pas prononcée publiquement sur le discours de Barack Obama, affirmant le jour où il l'a prononcé, qu'elle ne l'avait ni lu ni entendu.

Si la candidature de Barack Obama (il est en léger retrait dans certains sondages nationaux) flanche sur la  question raciale, cela en dira plus sur l'état de l'Amérique que sur les qualités du sénateur. Pour l'heure, son discours a été plutôt bien reçu, notamment chez les démocrates et les indépendants.

photo Miracle Man, Flickr

Hillary Clinton: nous continuons. Jusqu'où?

"Nous continuons, et nous continuerons jusqu'au bout". Hillary Clinton n'a pas attendu les résultats du Texas la nuit dernière, pour annoncer la couleur lors de son discours de victoire sous les confettis à Columbus, dans l'Ohio. Remontée par sa victoire très nette dans cet état (56% contre 42% après 74% du dépouillement), la sénatrice de New York se sent à nouveau pousser des ailes. Ses attaques, sa combativité des derniers jours ont été payantes. Mais la course peut-elle vraiment continuer?

Cela dépendra du résultat du Texas (plus tard dans la matinée, voire dans quelques jours seulement, car il faut encore décompter les délégués gagnés lors des caucus qui ont suivi les primaires) et de la réaction du leadership démocrate dans les jours à venir. Bill Clinton lui-même avait dit il y a une semaine que si Hillary gagnait  l'Ohio et le Texas, elle serait la nominée du parti. Le bruit court néanmoins depuis hier qu'une cinquantaine de superdélégués sont (seraient) prêts à donner leur soutien officiel au sénateur de l'Illinois si celui-ci remporte le Texas.

Dix minutes plus tard, Barack Obama a pris la parole à San Antonio, au Texas. L'ambiance était moins exaltée. Il a remercié les électeurs du Vermont qui lui ont donné une nette victoire plut tôt dans la soirée. S'il a félicité Hillary Clinton pour ses succès en Ohio et au Rhode Island, il s'est adressé avant tout à John McCain, démontrant par là que son avance en nombre de délégués fait toujours de lui le mieux placé pour décrocher la nomination du parti. Il a ainsi insisté sur les différences entre sa vision du monde et celle du sénateur de l'Arizona. A voir si la tactique marchera.

Dans le même temps, les commentateurs ne parlent déjà plus que de la Pennsylvanie et sa primaire du 22 avril, et même, même, de la Floride et du Michigan où de nouveaux scrutins pourraient être organisés en juin. Histoire de régler une fois pour toutes le problème de ces scrutins tenus en janvier mais annulés parce que les partis locaux n'avaient pas respecté le calendrier établi par le parti national. Ils avaient tous deux été remportés par Hillary mais le nom d'Obama ne figurait pas sur les bulletins de vote du Michigan, et les candidats n'avaient pas fait campagne dans ces deux états.

Tim Russert, le journaliste vedette de NBC, toujours bien informé, faisait remarquer que jusqu'ici le camp Obama ne s'est pas trompé sur ses prévisions (il brandissait un petit mémo interne de la campagne). Les stratèges du sénateur de l'Illinois avaient prévu dix victoires après le supertuesday (ils n'avaient pas anticipé de gagner aussi le Maine), avaient prévu de perdre le Rhode Island, l'Ohio et même le Texas (à voir demain), ils prévoient également de perdre la Pennsylvanie, mais comptent gagner au moins six des Etats restants, et de fait de demeurer en tête en nombre de délégués. 

Alors vraiment? Encore trois mois à ce régime?

les coulisses (sonores) de la campagne

Vous vouliez savoir à quoi ressemblent (parfois) les conférences téléphoniques auxquelles les journalistes sont invités. En voilà un bel exemple. La conférence a été convoquée par le camp Clinton pour se plaindre de certaines irrégularités lors des caucus du Texas. Surprise, un avocat de Barack Obama, Bob Bauer, s'y invite. C'est celui qu'on entend au début. Son interlocuteur, Howard Wolfson, est le directeur de la communication de Hillary Clinton. Certains jours, nous sommes invités à trois ou quatre de ces conférences, et elles peuvent durer jusqu'à une heure.

le désir des électeurs

Les démocrates n'ont pas envie que leurs primaires s'arrêtent. Selon un sondage d'ABCnews/Washington Post, 67 % d'entre eux ne souhaitent pas qu'Hillary Clinton renonce même si elle ne remporte qu'un seul des deux grands états ce soir, que ce soit l'Ohio ou le Texas. Ils ne sont en revanche plus que 45% à penser la même chose, si elle perd les deux états cette nuit.

Alors qu'à peine 1% des votes étaient dépouillés, Terry McAuliffe, ancien chef du parti démocrate (sous les Clinton) et aujourd'hui collecteur de fonds en chef d'Hillary Clinton, a annoncé la stratégie. Mme Clinton restera dans la course. Il rappelle qu'elle a gagné les grands états que sont la Californie, New York, le New Jersey, probablement l'Ohio ce soir, le Michigan et la Floride (qui je vous le rappelle ne comptaient pas, sur décision du parti démocrate).

Cette manière de penser continue de me surprendre. La Californie, New York, le New Jersey ou le Massachusetts ne tomberont pas dans l'escarcelle républicaine quel que soit le candidat démocrate en novembre. Le démocrate qui gagnera en novembre sera celui à même de rassembler la plus large base électorale, en particulier les indépendants déçus des républicains après 8 ans de Bushisme et les jeunes, ces éternels absents des urnes qui ont montré une remarquable constance dans leur devoir électoral durant ces primaires, en faveur surtout de Barack Obama.

primaire, caucus, primacaucus

Dontmess Les électeurs de quatre états - Texas, Ohio, Vermont, Rhodes-Island - se rendent aux urnes aujourd'hui. Journée cruciale. John McCain devrait probablement décrocher le nombre de délégués qui lui assurera l'investiture républicaine. Côté démocrate. le suspens est entier. Hillary Clinton devance Barack Obama dans tous les sondages en Ohio, les deux sont au coude à coude au Texas. Le Vermont n'échappera pas à Obama, alors qu'Hillary semble bien placée pour remporter le Rhodes Island.

Comme une défaite d'Hillary Clinton en Ohio paraît peu probable, tous les yeux sont rivés sur le Texas et son primacaucus! Et si les règles n'étaient déjà pas suffisamment complexes dans le camp démocrate, le parti local texan y a ajouté sa touche. La journée commencera par la primaire proprement dite, soit une élection normale où les électeurs se rendent aux urnes. Dans la soirée, se tiendront ensuite des caucus, où les électeurs peuvent aller voter une seconde fois (seuls ceux qui ont voté dans la journée peuvent participer aux caucus du soir), ouvertement cette fois-ci, devant leurs voisins et amis.

126 délégués seront attribués à la proportionnelle par district lors de la primaire, et 67 lors des caucus. Pour compliquer le tout, certains districts sont surreprésentés en délégués. Le parti démocrate texan réattribue en effet à chaque district un nombre de délégués en fonction du taux de participaton démocrate de la présidentielle précédente. A en croire les experts texans, une grande partie de ces districts pencheraient en faveur d'Obama, ce qui laisse la porte ouverte à un scénario du type Nevada. Hillary pourrait gagner le vote populaire au Texas, mais perdre en terme de délégués.

Pour pouvoir rester dans la course, Hillary Clinton doit impérativement gagner le Texas et l'Ohio, de préférence avec une marge confortable. Car toutes les projections mathématiques montrent qu'elle n'a quasiment plus aucune chance de rattraper son retard sur Obama en nombre de délégués, sauf énorme scandale évidemment. Il lui faut donc afficher des victoires, après ses 11 défaites consécutives pour regagner le fameux "momentum", l'élan. Son propre camp avait laissé entendre qu'une double victoire était indispensable. Ces derniers jours pourtant, certains de ses proches estimaient que l'Ohio serait suffisant pour aller de l'avant. Mieux, son directeur de communication a affirmé que Barack Obama doit gagner les quatre états de demain pour pouvoir prétendre à la nomination.

Ces dernières affirmations ressemblaient plus à mon sens à des ballons d'essai pour tester le parti. Et pour ragaillardir ses fans. Je doute fort que sans une victoire nette au Texas et en Ohio, le parti accepte de laisser ce combat fratricide se poursuivre alors que John McCain s'installe confortablement dans la deuxième phase de l'élection. Ce serait une perte de temps et d'argent. Le risque est surtout trop grand que les coups échangés entre Hillary Clinton et Barack Obama n'affaiblissent par trop le futur nominé, quel qu'il soit.

L'ancien candidat, le gouverneur du Nouveau Mexique, Bill Richardson, a ainsi clairement indiqué que celui qui mènerait mardi soir ou mercredi matin en nombre de délégués doit être le nominé du parti. Je ne serais pas étonnée que dès mercredi, les ténors du parti, je pense à la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, au chef de la majorité démocrate au Sénat, Harry Reid, Al Gore et d'autres, fassent enfin connaître leur position pour mettre fin à ce duel. Sauf encore une fois, si Hillary gagne avec une marge importante en Ohio et au Texas. Dans ce cas-là, elle mènera son va-tout jusqu'en Pennsylvanie, le 22 avril, un état à l'électorat relativement similaire à celui de l'Ohio, remettra la pression pour compter les votes de Floride et du Michigan, et pourra espérer retarder la décision de certains superdélégués, qui commencent désormais à pencher de plus en plus dangereusement en faveur d'Obama.

Signe que les républicains ont tout à gagner d'un enlisement des primaires démocrates, plusieurs commentateurs conservateurs, dont Rush Limbaugh, ont appelé les républicains à voter Hillary dans les primaires de l'Ohio et du Texas pour la maintenir dans la course. (les deux états ont des primaires "ouvertes" aux indépendants et aux républicains). Le parti démocrate n'a aucun intérêt à laisser faire.

ps. vous êtes de plus en plus nombreux à réagir sur ce blog, souvent avec passion. Cette campagne suscite un réel intérêt bien au-delà des frontières américaines. Et c'est réjouissant. Je crois néanmoins que nous pouvons exprimer nos enthousiasmes et nos différences politiques en restant respectueux les uns des autres, sans avoir à recourir aux noms d'oiseaux et aux insultes. Je n'ai que peu ou pas modéré les commentaires jusqu'îci et je voudrais pouvoir laisser cet espace ouvert au plus grand nombre. Merci à vous tous. 

Photo . Flickr (cc)

Hillary Clinton fait appel à la peur

Quatre jours avant le minisupertuesday qui verra le Texas, l'Ohio, le Vermont et Rhodes Island tenir leurs primaires mardi, Hillary Clinton repasse à l'offensive en insistant une nouvelle fois sur le manque d'expérience de son rival Barack Obama dans le domaine de la sécurité. Elle a commencé à diffuser un nouveau spot publicitaire hier, jouant sur la peur. Une tactique largement utilisée par George Bush et les républicains en 2004. Vous remarquerez les lunettes sur la dernière image. Je n'ai pas le souvenir d'avoir vu Madame Clinton porter des lunettes depuis les photos d'elle dans les années 60 et 70.

Le texte du spot dit: "Il est 3 heures du matin, vos enfants dorment en sécurité. Mais un téléphone sonne à la Maison Blanche. Quelque chose est arrivé dans le monde. Votre vote décidera de qui répondra à ce coup de fil. S'il s'agira de quelqu'un qui connaît déjà les learders mondiaux, qui connaît le monde militaire. Quelqu'un qui a été testé et est prêt à mener dans un monde dangereux. Il est 3 heures du matin et vos enfants dorment en sécurité. Qui voulez-vous voir répondre à ce coup de téléphone?".

Obama a répondu dans la même journée par une publicité extraordinairement similaire au script légèrement différent: "Il est 3 heures du matin, vos enfants dorment en sécurité. Mais un téléphone sonne à la Maison Blanche. Quelque chose est arrivé dans le monde. Lorsque ce coup de fil arrive, le président ne devrait-il par être celui qui - et le seul - qui a fait preuve de jugement et de courage pour s'opposer à la guerre en Irak depuis le début... Qui a compris que la vraie menace contre l'Amérique était Al-Qaeda en Afghanistan et non l'Irak. Celui qui a mené les efforts pour sécuriser les armes nucléaires dans le monde. ... Dans un monde dangereux, c'est la capacité de jugement qui compte".


 

Un petit malin, lecteur du New York Times, est allé lui récupérer cette vidéo là.

Maria Pia Mascaro