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Les mots des autres

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Fin de partie pour Clinton?

Hillary Clinton avait espéré conserver le momentum gagné après l'Ohio et la Pennsylvanie. Elle comptait sur une victoire nette en Indiana et une défaite serreé en Caroline du Nord voire même une victoire suprise sur le fil. C'est le contraire qui s'est produit. Barack Obama a décroché la Caroline du Nord par 56% des voix contre 42%, et il a n'a concédé la défaite Indiana que de quelques voix. (A l'heure où je me couche, l'écart n'est plus que de 20 000 voix sur 95% des bulletins dépouillés 51%-49%).

Sans attendre les résultats définitifs de l'Indiana, Hillary Clinton a fait un discours toute en défiance, annonçant qu'elle allait "aller à grande vitesse vers la Maison-Blanche". Mais le coeur ne semblait pas y être. Il lui sera difficile de convaincre les superdélégués de la soutenir contre le verdict des urnes. Même l'argument du vote populaire, qu'elle espérait pouvoir faire valoir ne fonctionne plus.

Avec sa victoire en Caroline du Nord, Barack Obama a en effet effacé le nombre de voix que la sénatrice de New York avait engrangées en Pennsylvanie. Même en comptant la Floride et le Michigan, il paraît désormais impossible pour l'ancienne First Lady de dépasser Barack Obama dans le vote populaire (je rappelle que ce sont de toute façon les délégués qui comptent et non les voix). Hier soir encore, Hillary Clinton s'accrochait à cette hypothèse: "Comment peut-on choisir notre nominé dans 48 états seulement?", allusion bien sûr aux deux états dont les résultats ont été annulés pour avoir avancé la date de leurs primaires contre l'avis du parti national.

Pour Obama, la victoire était savourée. Ces deux scrutins ont montré que la controverse sur son pasteur n'a pas complètement entamé sa crédibilité auprès des démocrates. Ce sera bien sûr une autre affaire à l'automne. Les républicains se feront un plaisir de rappeler les propos incendiaires du réverend Jeremiah Wright. Mais comme l'a montré le duel avec Hillary Clinton, les Américains ont d'autres soucis en tête: l'économie au premier rang. Et sur ce point, Obama a refait son retard hier. 47% des électeurs préoccupés par la situation économique ont voté pour lui contre 53% pour Hillary Clinton. Ces électeurs lui avaient été nettement moins favorables en Pennsylvanie et Ohio.

Hillary Clinton n'a pas encore jeté l'éponge. Mais la rumeur hier voulait que sa campagne soit à nouveau en difficulté financière, qu'elle aurait, comme à la fin janvier, puiser dans sa fortune personnelle pour rester à flots. Une poursuite de cette campagne sonnerait à ce stade davantage comme une volonté de détruire Barack Obama, pour l'affaiblir en novembre et garder ensuite toutes ses chances pour 2012.

Je doute de ce scénario. Je pense davantage à un retrait dans les les prochains jours, voire après les deux prochains scrutins, les 13 et 20 mai, histoire de terminer sur deux victoires (au Kentucky et en Virginie occidentale), ce qui lui permet de terminer non seulement la tête haute mais en position de force pour négocier un poste dans la prochaine administration ou au Sénat.

Affaire à suivre, je vais me coucher, à demain!

Hillary Clinton: nous continuons. Jusqu'où?

"Nous continuons, et nous continuerons jusqu'au bout". Hillary Clinton n'a pas attendu les résultats du Texas la nuit dernière, pour annoncer la couleur lors de son discours de victoire sous les confettis à Columbus, dans l'Ohio. Remontée par sa victoire très nette dans cet état (56% contre 42% après 74% du dépouillement), la sénatrice de New York se sent à nouveau pousser des ailes. Ses attaques, sa combativité des derniers jours ont été payantes. Mais la course peut-elle vraiment continuer?

Cela dépendra du résultat du Texas (plus tard dans la matinée, voire dans quelques jours seulement, car il faut encore décompter les délégués gagnés lors des caucus qui ont suivi les primaires) et de la réaction du leadership démocrate dans les jours à venir. Bill Clinton lui-même avait dit il y a une semaine que si Hillary gagnait  l'Ohio et le Texas, elle serait la nominée du parti. Le bruit court néanmoins depuis hier qu'une cinquantaine de superdélégués sont (seraient) prêts à donner leur soutien officiel au sénateur de l'Illinois si celui-ci remporte le Texas.

Dix minutes plus tard, Barack Obama a pris la parole à San Antonio, au Texas. L'ambiance était moins exaltée. Il a remercié les électeurs du Vermont qui lui ont donné une nette victoire plut tôt dans la soirée. S'il a félicité Hillary Clinton pour ses succès en Ohio et au Rhode Island, il s'est adressé avant tout à John McCain, démontrant par là que son avance en nombre de délégués fait toujours de lui le mieux placé pour décrocher la nomination du parti. Il a ainsi insisté sur les différences entre sa vision du monde et celle du sénateur de l'Arizona. A voir si la tactique marchera.

Dans le même temps, les commentateurs ne parlent déjà plus que de la Pennsylvanie et sa primaire du 22 avril, et même, même, de la Floride et du Michigan où de nouveaux scrutins pourraient être organisés en juin. Histoire de régler une fois pour toutes le problème de ces scrutins tenus en janvier mais annulés parce que les partis locaux n'avaient pas respecté le calendrier établi par le parti national. Ils avaient tous deux été remportés par Hillary mais le nom d'Obama ne figurait pas sur les bulletins de vote du Michigan, et les candidats n'avaient pas fait campagne dans ces deux états.

Tim Russert, le journaliste vedette de NBC, toujours bien informé, faisait remarquer que jusqu'ici le camp Obama ne s'est pas trompé sur ses prévisions (il brandissait un petit mémo interne de la campagne). Les stratèges du sénateur de l'Illinois avaient prévu dix victoires après le supertuesday (ils n'avaient pas anticipé de gagner aussi le Maine), avaient prévu de perdre le Rhode Island, l'Ohio et même le Texas (à voir demain), ils prévoient également de perdre la Pennsylvanie, mais comptent gagner au moins six des Etats restants, et de fait de demeurer en tête en nombre de délégués. 

Alors vraiment? Encore trois mois à ce régime?

McCain nominé officiel du parti républicain

C'est fait. John McCain est devenu cette nuit le nominé officiel du parti républicain. En remportant l'Ohio, le Texas, le Vermont (et probablement le Rhodes Island), il a franchi la barre des 1191 délégués nécessaires pour remporter l'investiture du parti républicain. Huckabye, titre le blog du New York Times pour saluer l'ancien gouverneur de l'Arkansas, Mike Huckabee, qui s'était maintenu dans la course contre vents et marées, et avec un budget totalement ridicule. Pas sûr que celui-ci décrochera du reste le poste tant convoité de vice-président sur le ticket présidentiel. McCain a besoin de quelqu'un aux épaules plus solides qu'Huckabee sur le plan économique.

Dans son discours de concession, Mike Huckabee a immédiatement insisté sur l'unité du parti. Le ton est donné, pas une minute à perdre. Il faut profiter de l'enlisement probable des démocrates pour rassembler les troupes derrière un McCain qui est encore loin de convaincre toute la base du parti, notamment sur sa droite, indispensable pourtant s'il veut remporter la présidence.

Histoire de couronner le gagnant sans plus attendre, George Bush recevra John McCain dès demain à la Maison Blanche pour le passage très symbolique du témoin. McCain savourera, après avoir dû avaler plus d'une couleuvre de son ancien rival lors de la présidentielle de 2000. Mais tout cela n'est que lointain souvenir. Si McCain devra apprendre le moment venu à se distancier de ce président peut-être encombrant lors de l'élection générale pour ratisser le plus large possible. Mais à ce stade, il doit être adoubé par le chef du parti, qui reste, malgré une popularité abyssale, très adulé dans les milieux conservateurs.

primaire, caucus, primacaucus

Dontmess Les électeurs de quatre états - Texas, Ohio, Vermont, Rhodes-Island - se rendent aux urnes aujourd'hui. Journée cruciale. John McCain devrait probablement décrocher le nombre de délégués qui lui assurera l'investiture républicaine. Côté démocrate. le suspens est entier. Hillary Clinton devance Barack Obama dans tous les sondages en Ohio, les deux sont au coude à coude au Texas. Le Vermont n'échappera pas à Obama, alors qu'Hillary semble bien placée pour remporter le Rhodes Island.

Comme une défaite d'Hillary Clinton en Ohio paraît peu probable, tous les yeux sont rivés sur le Texas et son primacaucus! Et si les règles n'étaient déjà pas suffisamment complexes dans le camp démocrate, le parti local texan y a ajouté sa touche. La journée commencera par la primaire proprement dite, soit une élection normale où les électeurs se rendent aux urnes. Dans la soirée, se tiendront ensuite des caucus, où les électeurs peuvent aller voter une seconde fois (seuls ceux qui ont voté dans la journée peuvent participer aux caucus du soir), ouvertement cette fois-ci, devant leurs voisins et amis.

126 délégués seront attribués à la proportionnelle par district lors de la primaire, et 67 lors des caucus. Pour compliquer le tout, certains districts sont surreprésentés en délégués. Le parti démocrate texan réattribue en effet à chaque district un nombre de délégués en fonction du taux de participaton démocrate de la présidentielle précédente. A en croire les experts texans, une grande partie de ces districts pencheraient en faveur d'Obama, ce qui laisse la porte ouverte à un scénario du type Nevada. Hillary pourrait gagner le vote populaire au Texas, mais perdre en terme de délégués.

Pour pouvoir rester dans la course, Hillary Clinton doit impérativement gagner le Texas et l'Ohio, de préférence avec une marge confortable. Car toutes les projections mathématiques montrent qu'elle n'a quasiment plus aucune chance de rattraper son retard sur Obama en nombre de délégués, sauf énorme scandale évidemment. Il lui faut donc afficher des victoires, après ses 11 défaites consécutives pour regagner le fameux "momentum", l'élan. Son propre camp avait laissé entendre qu'une double victoire était indispensable. Ces derniers jours pourtant, certains de ses proches estimaient que l'Ohio serait suffisant pour aller de l'avant. Mieux, son directeur de communication a affirmé que Barack Obama doit gagner les quatre états de demain pour pouvoir prétendre à la nomination.

Ces dernières affirmations ressemblaient plus à mon sens à des ballons d'essai pour tester le parti. Et pour ragaillardir ses fans. Je doute fort que sans une victoire nette au Texas et en Ohio, le parti accepte de laisser ce combat fratricide se poursuivre alors que John McCain s'installe confortablement dans la deuxième phase de l'élection. Ce serait une perte de temps et d'argent. Le risque est surtout trop grand que les coups échangés entre Hillary Clinton et Barack Obama n'affaiblissent par trop le futur nominé, quel qu'il soit.

L'ancien candidat, le gouverneur du Nouveau Mexique, Bill Richardson, a ainsi clairement indiqué que celui qui mènerait mardi soir ou mercredi matin en nombre de délégués doit être le nominé du parti. Je ne serais pas étonnée que dès mercredi, les ténors du parti, je pense à la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, au chef de la majorité démocrate au Sénat, Harry Reid, Al Gore et d'autres, fassent enfin connaître leur position pour mettre fin à ce duel. Sauf encore une fois, si Hillary gagne avec une marge importante en Ohio et au Texas. Dans ce cas-là, elle mènera son va-tout jusqu'en Pennsylvanie, le 22 avril, un état à l'électorat relativement similaire à celui de l'Ohio, remettra la pression pour compter les votes de Floride et du Michigan, et pourra espérer retarder la décision de certains superdélégués, qui commencent désormais à pencher de plus en plus dangereusement en faveur d'Obama.

Signe que les républicains ont tout à gagner d'un enlisement des primaires démocrates, plusieurs commentateurs conservateurs, dont Rush Limbaugh, ont appelé les républicains à voter Hillary dans les primaires de l'Ohio et du Texas pour la maintenir dans la course. (les deux états ont des primaires "ouvertes" aux indépendants et aux républicains). Le parti démocrate n'a aucun intérêt à laisser faire.

ps. vous êtes de plus en plus nombreux à réagir sur ce blog, souvent avec passion. Cette campagne suscite un réel intérêt bien au-delà des frontières américaines. Et c'est réjouissant. Je crois néanmoins que nous pouvons exprimer nos enthousiasmes et nos différences politiques en restant respectueux les uns des autres, sans avoir à recourir aux noms d'oiseaux et aux insultes. Je n'ai que peu ou pas modéré les commentaires jusqu'îci et je voudrais pouvoir laisser cet espace ouvert au plus grand nombre. Merci à vous tous. 

Photo . Flickr (cc)

McCain gagne le Wisconsin

Campagne_new_hampshireharlem_009 John McCain, le nominé putatif du parti républicain, a gagné la primaire du Wisconsin hier soir. Il devance Mike Huckabee de près de 20%. Le sénateur de l'Arizona a immédiatement axé son discours de victoire sur la bataille de novembre et s'en est clairement pris à Barack Obama. "Je me battrai pendant chaque moment et chaque jour de cette campagne pour être certain que les Américains ne seront pas déçus par un appel au changement éloquent mais vide qui ne promet rien de plus qu'un moment de vacances dans l'histoire et un retour à des fausses promesses et des politiques ratées d'une philosophie ratée qui croit davantage au gouvernement qu'aupeuple". Le ton est donné. McCain a déjà choisi son rival. Obama n'a qu'à bien se tenir.

Si ces arguments du franc tireur de l'Arizona ressemblent étrangement à ceux utilisés par l'ancienne First Lady contre Obama, il a également donné un avant-goût, sans surprise, des thèmes qu'il entend mettre au centre de l'échiquier. Ce sera les affaires étrangères toutes. Il a évoqué tour à tour le Pakistan, Cuba, le Vénézuela en demandant si le prochain président aura "l'expérience et la capacité de jugement" pour répondre à ces développements. C'est bien vu, même si dans tous les sondages, démocrates comme républicains affirment que l'économie est leur préoccupation numéro un. McCain ne pourra pas faire l'impasse sur ce thème, même s'il préfèrerait s'en passer après avoir publiquement admis que l'économie n'était "pas son truc".

Nouvelle victoire pour Obama dans le Wisconsin

Campagnenewyork_026 Barack Obama remporte une nouvelle victoire dans le Wisconsin. Chant du cygne pour Hillary Clinton? (c'est sa 9e défaite consécutive). Elle a certes encore le Texas, l'Ohio et la Pennsylvanie devant elle. Mais une analyse des premiers résultats du Wisconsin n'est pas de bon augure pour l'ancienne First Lady. Comme en Virginie, Obama gagne quasiment dans tous les segments démographiques à l'exception des plus de 65!. Il a même resserré l'écart chez les femmes blanches. Est-ce encore suffisant pour pouvoir prétendre être en position de force pour l'élection générale en novembre pour Mme Clinton?

La question la plus importante que doit toutefois se poser Hillary Clinton est celle du type de campagne qu'elle entend continuer à mener. C'est la deuxième fois, après la Caroline du Sud, qu'elle a choisi l'attaque, et qu'elle échoue. Elle a accusé son rival de plagiat pour avoir emprunté un peu trop librement des pans d'un de ses derniers discours au gouverneur du Massachusetts Patrick Deval. C'est vrai sur la forme, reste que Deval et Obama sont amis, que Deval est co-président de la campagne de Barack Obama et qu'ils ont en commun un homme clef, David Axelrod, qui conseilla la campagne de Deval au Massachusetts, et est aujourd'hui le stratège en chef de celle d'Obama.

Ce qui surprend dans cette défaite d'Hillary Clinton, c'est qu'elle avait pourtant un électorat qui aurait pu lui être favorable dans cet état du Nord. Le Wisconsin est un état industriel, rempli de ces cols bleus que l'on dit plus sensibles à son discours économique et à son plan d'assurance santé. Elle échoue alors que ce sont ces mêmes électeurs qu'elle doit impérativement convaincre en Ohio le 4 mars et en Pennsylvanie le 22 avril. (pour autant que la course dure jusque là).

Je reste convaincue que Mme Clinton ne peut redresser la barre que si elle recentre sa campagne sur son programme et qu'elle cesse ses attaques insignifiantes et souvent mesquines contre son rival. Qu'elle mette surtout un frein immédiat à ses incessantes revendications sur les délégués et superdélégués (voir mon post précédent). Peut-être serait-il même temps de virer certains de ses conseillers...Mais si l'on en croit Carl Bernstein, l'auteur d'une magistrale biographie sur Hillary Clinton, c'est elle qui a constamment choisi l'attaque dans les campagnes passées de son mari et les siennes. C'est donc plus qu'un changement de staff qu'il lui faudra, mais une vraie remise en question de son approche politique.

Barack Obama lui peut voir venir avec une certaine sérénité les scrutins à venir. Il devra affiner son discours sur l'économie et la crise des subprimes (en Ohio et Pennsylvanie), l'immigration (au Texas). Un affinage qu'il avait commencé à faire au Wisconsin. Il a visiblement entendu les critiques qui s'inquiétaient de ses discours trop abstraits et de ses rallyes de rock star qui ont fini par donner un ton presque messianique à sa campagne.

Obama surfe sur le Potomac

Iowaprimaire_037 Les bonnes nouvelles continuent de tomber pour Obama. Il a gagné hier soir avec des marges importantes les trois primaires du Potomac Tuesday (du nom de la rivière qui traverse Washington et par extension de la région qu'elle traverse), soit Washington DC (76%-24%), le Maryland et la Virginie (63%-36%). Il passe désormais également en tête dans le décompte des délégués. (pour les raisons que vous connaissez, je renonce à donner des chiffres, voici quelques décomptes qui pour la plupart incluent les superdélégués).

Plus significatif sans doute, et contrairement aux précédents scrutins, en Virginie, Barack Obama gagne dans la plupart des segments démographiques. Il remporte le vote des femmes, des hommes, des jeunes, des cols bleus et même apparemment des personnes âgées. Serait-ce le début du décrochage de la campagne d' Hillary Clinton? C'était le buzz hier soir sur les chaînes d'infos américaines et sur les blogs. La direction de la campagne d'Hillary avait anticipé ces défaites.

En avant toute pour le Texas donc et l'Ohio pour Hillary le 4 mars. Elle était à El Paso, à la frontière mexicaine, hier soir. (CNN, cynique, relève que pour la deuxième nuit victorieuse consécutive pour son rival, elle ne le félicite pas.) En Ohio, Hillary mène toujours dans les sondages. Mais le scrutin aura lieu dans trois semaines, une éternité en politique. Et il faudra encore faire un arrêt au Wisconsin et à Hawaï, mardi prochain. Obama gagnera certainement les îles pacifiques où il est né, le Wisconsin est encore incertain mais pourrait bien tomber dans son escarcelle, vu le voisinage avec l'état de l'Illinois, dont Obama est le sénateur.

Sur MSNBC, plusieurs analystes décortiquaient avec passion la carte électorale du Texas et mettaient en garde le camp Clinton contre un excès de confiance. Le vote hispanique pourrait être annulé par le vote noir, plus important qu'on ne pourrait le penser au Texas, notamment dans les grandes villes de Houston et de Dallas. Les analystes et surtout les propres donateurs de Mme Clinton semblent clairs: elle doit impérativement gagner l'Ohio et le Texas, sans quoi les seconds pourraient la lâcher afin de ne pas prolonger inutilement un duel fratricide dommageable à long terme pour le parti démocrate. 

Quelle position Hillary Clinton adoptera-t-elle pour stopper la déferlante de l'espoir? Les attaques ont été contreproductives jusqu'ici. Accuser à nouveau Obama d'inexpérience pourrait ne plus suffire, alors que la blogosphère décortique déjà la piètre gestion de sa campagne. Ses finances étaient à sec en janvier, elle vient de licencier sa directrice de campagne Patti Solis Doyle et d'autres départs sont annoncés.

Pour gagner, Mme Clinton doit impérativement souligner les différences - même si elles paraissent minimes - de leur programme respectif. Sa force réside dans son plan d'assurance santé, le plus à même de séduire la base démocrate que celui de Barack Obama qui n'est pas obligatoire. L'argument pourrait faire mouche en Ohio notamment où la précarisation de l'emploi signifie aussi la menace de perte automatique de l'assurance maladie car celle-ci est généralement fournie et cofinancée par l'employeur. 

Obama remporte trois états et les Iles Vierges

Campagnenewyork_027_2 La primaire de Louisiane et les caucus du Nebraska, de l'état de Washington et des Iles Vierges ont souri samedi soir à Barack Obama. Le sénateur de l'Illinois remporte ces quatre scrutins avec une confortable avance sur Hillary Clinton. (voir le tableau des résultats du NYtimes). La sénatrice de New York avait anticipé sa défaite en faisant remarquer qu'elle n'avait pas dépensé autant que son rival dans ces états et territoires.

Pour Barack Obama, ces victoires dans des états aux démographies très différentes et dans des régions très diverses lui permettront une nouvelle fois de défendre l'argument selon lequel il peut redessiner la carte électorale démocrate. Il ne s'est d'ailleurs pas privé dans un discours en Virginie de redire qu'il est le seul à pouvoir mobiliser les indépendants en novembre. Il sait qu'il tient là un argument contre sa rivale.

Au décompte (on continue de s'y perdre), Barack Obama a remporté 19 scrutins contre 10 à Hillary Clinton. Côté délégués, au terme de cette soirée Barack Obama devrait être légèrement en tête (sur les différences entre les méthodes de calcul, je vous renvoie encore une fois au NYtimes), mais Hillary Clinton prend la tête si l'on tient compte des superdélégués.

La polémique sur ces derniers continue de faire rage au sein du parti. Car, sauf dérapage grave de l'un des deux candidats ou scandale venant les éclabousser, on voit mal comment ils pourront être départagés par les seuls délégués élus par le peuple. D'autant que Mme Clinton continue à réclamer l'inclusion des délégués du Michigan et de la Floride à la Convention de Denver en août. (elle a gagné ces deux états, mais le parti avait décidé de ne pas tenir compte de leurs résultats suite au refus des partis locaux de respecter les dates du calendrier électoral en avançant leurs scrutins au mois de janvier).

Le président du parti démocrate, Howard Dean, a tenté une médiation en proposant au Michigan et à la Floride d'organiser de nouveaux scrutins, solution mal reçue dans les deux états. Bref, on voit mal comment le parti va se tirer de ce mauvais pas. Donna Brazile, la directrice de la campagne d'Al Gore en 2000 a déjà dit qu'elle rendrait sa carte du parti si le ou la nominé(e) du parti est choisi(e) par les superdélégués. Et la crainte d'une convention aussi tumultueuse que celle de 1968 commence à se faire de plus en plus forte.

Certains commentateurs pensent que le "momentum" gagné par Obama ce soir et qui sera sans doute renforcé mardi lors de la primaire dite du Potomac à Washington DC, en Virginie et au Maryland, pourrait lui permettre de se détacher. Au vu de l'effet des "momenta" (élans) après l'Iowa et le New Hampshire, je me garde de faire la même analyse. D'autant que quoiqu'il arrive, le camp Clinton misera tout sur le Texas et l'Ohio le 4 mars prochain, sachant qu'elle y aura un avantage certain auprès de l'importante population hispanique dans le premier état et probable auprès des militants syndicaux nombreux dans le second. Et on sera à nouveau à égalité!

La faute au Kansas

Kansas_2 "Je n'ai pas un diplôme en mathématiques, mais j'en ai un en miracles, et il se trouve que je crois encore aux miracles". Mike Huckabee a toujours le verbe et la pensée bibliquement fleuris. Et miracle il y a eu. Il a gagné samedi soir la primaire du Kansas. Sa victoire était anticipée après le retrait de Mitt Romney de la course car on savait que les votes évangéliques se reporteraient en grande partie sur l'ancien pasteur de l'Arkansas. Mais il gagne avec une avance beaucoup plus importante que prévue: 60% contre 24% à John McCain. Un camouflet pour ce dernier, même si "mathématiquement", n'en déplaise au miraculé, Huckabee n'a pratiquement aucune chance de décrocher la nomination du parti.

La réconciliation avec les évangéliques n'est de loin pas acquise pour McCain, et ce vote au Kansas ressemble même à un claquage de porte. Il dit aussi que si les évangéliques s'étaient mis d'accord en amont au lieu de disperser leurs voix entre Thompson, Romney et Huckabee lors des premiers scrutins, McCain ne serait pas où il est.

Or, le sénateur de l'Arizona aura besoin des évangéliques pour gagner en novembre, mais ceux-ci ont déjà montré par le passé, en 92 et 96 en particulier, qu'ils n'ont aucun état d'âme à rester chez eux si le nominé du parti ne leur convient pas. "Le parti républicain est un parti de conservateurs et il ne pourra pas se remodeler sans cette base", me disait vendredi Richard Dresner, consultant politique à New York. Huckabee reste dans la course avec un objectif précis: il veut sa place sur le ticket. (pour info, il n'a pas de boulot).

Si McCain n'a pas encore tendu la main au pasteur c'est sans doute qu'il pense (pensait) pouvoir trouver meilleur colistier. McCain est faible en économie, pas de chance alors que le pays entre en récession, et Huckabee avec ses propositions de grands travaux publics pour relancer l'emploi et l'élimination de l'impôt sur le revenu pour le remplacer par une forme de TVA de l'ordre de 23 à 28%, passe pour un gauchiste interventionniste.

Reste, reste le Kansas. Un état à ne pas prendre à la légère pour scruter le coeur et la raison de la base évangélique. A ceux que le mouvement religieux conservateur intéresse, je conseille le passionnant livre "What's the matter with Kansas" de Thomas Frank (qui explique comment la nébuleuse évangégique s'est transformée en force politique dans cet état au coeur du pays. Bref, le résultat de ce soir est un avertissement à McCain. Et Mike Huckabee aura encore moins l'intention de se retirer après sa victoire ce soir. ("Pourquoi les pauvres votent à droite : Comment les conservateurs ont gagné le cœur des Etats-Unis ", merci Jérôme!).

supertuesday - c'est presque la fin - 06h57

Ca y est (presque) tous les états sont tombés (ça traîne au Nouveau Mexique, sans qu'on sache pourquoi). Barack Obama en remporte 13 contre 8 pour Hillary Clinton, le détail ici. Le décompte des délégués sera connu demain, mais ils sont très proches. Chuck, le Mister Math de MSNBC prévoit 841 délégués à Obama et 837 à Clinton. D'autres ont d'autres chiffres. Je ne m'aventure pas aux acrobaties mathématiques, ce n'est pas mon truc, même avec une calculette. J'attendrai le décompte officiel demain. 

Côté républicain, John McCain glâne 9 états, contre 6 à Mitt Romney et 5 à Mike Huckabee. Pareil pour les délégués, à demain pour les résultats et analyses de cette folle soirée. En attendant, je vous souhaite une bonne nuit ou une bonne journée!

supertuesday - Obama sur une lancée - 06h36

Les victoires d'Obama dans 11 états répartis dans toutes les régions du pays, en particulier dans les états blancs du nord-ouest et du Midwest, ont levé tout soupçon qu'il était le "candidat noir" de la minorité noire. Il sera certainement plus facile pour lui dans les débats à venir de faire valoir qu'il est mieux placé qu'Hillary Clinton pour gagner l'élection en novembre. Son atout, sa force chez les indépendants et les républicains modérés qui seront indispensables en novembre pour gagner l'élection au centre. Il le soulignait une nouvelle fois dans son discours en fin de soirée,  en insistant sur ses capacités à unifier les Américains.

On s'en doute, le camp Obama avait espéré une grosse surprise, je pense au New Jersey, peut-être le Massachusetts, où les intentions de vote s'étaient considérablement resserrées ces deniers jours pour pouvoir revendiquer le "momentum" (le fameux élan) en leur faveur et surtout ébranler le camp adverse. En termes d'attentes, il reste néanmoins le gagnant de cette soirée, en remportant 11 états, alors qu'il était encore devancé dans tous les sondages il y a moins d'un mois,

Le camp Clinton fera valoir ses victoires dans les grands états, mais elles étaient attendues. La Californie est évidemment un énorme plus pour Hillary Clinton, où elle empoche notamment 64% du vote latino qui sera crucial au Texas, le 4 mars, si la course démocrate dure jusque là. La campagne repart donc de plus belle. Obama peut avec son imposante fortune - il a levé plus de 32 millions de dollars en janvier, à peu près trois fois plus que Clinton durant la même période - tenir la longueur. Le temps a jusqu'ici joué en sa faveur. Les prochains états seront la Lousiane, l'Etat de Washington et le Nebraska samedi, suivis immédiatement par la Virginie, le Maryland et la ville de Washington DC mardi.

supertuesday - McCain grand vainqueur - 06h28

Le sénateur de l'Arizona John McCain est le grand gagnant de cette soirée électorale. Il a remporté tous les grands états, et victoire plus douce, la Californie, où Romney se maintenait très bien dans les sondages. La nomination du franc-tireur me paraît assurée. Je vois mal à ce stade comment Mittl Romney (malgré son discours tout à l'heure) peut continuer cette course sans perdre encore plus d'argent (il a dépensé près de 40 millions de sa fortune personnelle) et surtout la face ce qui pourrait lui barrer la route à toute candidature future. Je ne serais pas étonnée qu'il annonce son retrait dès demain. Un proche de la campagne vient d'annoncer que demain sera une "journée de sérieuses discussions". Bref, c'est la fin.

Les repositionnements au sein du parti républicain vont être passionnants à suivre, après les anathèmes lancés contre McCain ces derniers jours par certains leaders conservateurs. Et c'est là qu'entre Mike Huckabee, celui qui a rééllement créé la surprise ce soir en se positionnant comme le faiseur de roi côté républicain. En remportant tous les états du sud cette nuit, ceux de la ceinture biblique, il a d'abord privé Romney d'une solide seconde place, mais il a surtout montré qu'il est le seul, à ce stade, à même de pouvoir réconcilier les évangéliques avec cet "imprévisible" McCain.

supertuesday - le tank tangue - 22h50

Je me suis rendue au Tank ce soir, un club de performances dans le quartier de Tribeca, repère du groupe Living Liberally et de Democracy for New York, qui organisait une soirée électorale tout démocrates confondus. J'arrive à 20heures, la foule est déjà compacte, je repère une bonne dizaine de blogueurs. Sur l'écran, on alterne entre cnn et msnbc en streamlining. Deux comédiens se substituent à Wolf Blitzer pour les commentaires. Les organisateurs sont victimes de leur succès, le système a rapidement des ratés, à 20h25 la bande passante du wi-fi n'y suffit plus. L'écran vire au bleu. Les bloggueurs paniquent (moi aussi, je n'ai plus de connexion). Les comédiens ont beau être drôles, ils ne font pas le poids ce soir devant cette foule de political junkies.

Mes voisins (elle pro-Hillary, lui pro-Obama) appellent frénétiquement des potes pour savoir si d'autres bars organisent des soirées électorales. Ils finissent par trouver un sport bar dans le quartier. Ceux qui restent pianotent sur leur blackberry. Le MC ne perd par le nord, il annonce le jeu des colliers de mardi gras! parce que oui c'est mardi gras (non, je ne suis pas restée, impossible de vous dire quelles coutumes de la Nouvelle Orléans ont été adoptées à New York).

supertuesday - premiers résultats - 04h27

Les résultats continuent de tomber et n'offrent finalement que peu de surprises côté démocrate, quelques déceptions peut-être. Hillary Clinton emporte son état de New York, le New Jersey, où la course s'était fortement resserrée ces derniers jours, l'Arkansas, son état d'adoption, le Tennessee, l'Oklahoma et surtout le Massachusetts. Ce dernier état doit être une vraie déception pour Barack Obama. Certes, Hillary y menait largement depuis des mois, mais depuis le soutien des deux sénateurs de l'Etat, John Kerry et Ted Kennedy et d'une partie du clan synomyme de Boston à Obama, il y a avait un vent d'espoir dans la campagne d'Obama que l'état libéral du nord-est passerait dans son escarcelle, raté.

De son côté, Obama a remporté l'Illinois son état, le Delaware, le Connecticut (un peu une détaite pour Clinton, le Connecticut est souvent considéré comme le pré carré des New Yorkais, grand état dortoir des brokers de Wall Street et des riches et célèbres qui lui préfèrent sa tranquilité et son bord de mer dégagée aux rues encombrées de New York), le Dakota du Nord, l'Utah, la Géorgie, l'Alabama. Enfin, il remporte le Kansas et le Minnesota, deux victoires importantes, car elles prouvent avec celle de l'Iowa au début janvier, que sa candidature est solide dans les états blancs du Midwest. Le Missouri sera la cerise du gâteau de cette région, état swing par excellence, pour Obama comme pour Clinton.

Côté républicain, Mike Huckabee crée un peu la surprise, même si la nuit est encore longue. Si Mitt Romney empoche pour l'instant le Massachusetts (son état d'adoption, il en fut le gouverneur pendant 4 ans) et l'Utah (sa base), l'ancien révérend baptiste gagne l'Arkansas (c'est chez lui), la Virginie occidentale et l'Alabama. L'ancien gouverneur n'a pas raté le coche, il est le premier à prendre la parole ce soir en déclarant que les commentateurs ont eu tort de limiter cette course à deux candidats. Si McCain n'empoche pas au moins un ou deux états du Sud ce soir, Huckabee prend une sérieuse avance sur le ticket républicain. Comme me disait un stratège républicain, ça lui conviendrait parfaitement, il est jeune (52 ans), l'avenir lui appartient.

John McCain en revanche semble bien parti pour remporter son pari, il a déjà à son compteur trois poids lourds l'Illiinois, New York et le New Jersey. Il gagne également le Connecticut l'Oklahoma et le Delaware. Une victoire dans le Sud serait du beaume pour prouver qu'il peut remporter l'élection générale.

Tout cela ne dit encore rien ou peu de choses sur la répartition des délégués, il faudra attendre demain pour y voir clair.

supertuesday - la Géorgie à Obama - 01h34

Barack Obama vient de remporter la Géorgie, un état du sud, sur la base des premières estimations. C'était attendu. Mais on s'interrogeait sur le résultat du vote blanc. Or, Obama est quasiment à égalité avec Hillary dans cette tranche de l'électorat (54% pour Hillary, 43% pour Obama). Surtout il fait mieux qu'elle non seulement chez les jeunes mais également chez les 40-49 ans qu'on ne va tout de même pas placer dans la catégorie "jeune".

Ces résultats confirment une analyse largement répandue. Obama semble avoir réellement mobilisé la jeunesse non seulement dans ses rallyes mais surtout aux urnes, là où elle est en général la grande absente. Si cette tendance se confirme, elle ajoute de l'eau aux arguments de ceux qui pensent qu'avec la jeunesse, le vote noir, et maintenant clairement les moins de 50 ans, il est le mieux placé pour battre John McCain en novembre, d'autant que ce dernier plaît aux indépendants, un segment de l'électorat qu'Hillary Clinton n'a pas convaincu jusqu'ici, contrairement à Barack Obama.

Le spin continue: nouveau mail de la campagne d'Hillary Clinton. Elle n'a quasiment pas fait campagne en Géorgie, Obama y aurait dépensé 500 000 dollars en pub, elle n'en a placé aucune, il a ouvert 9 bureaux, elle 2, bref, on minimise cette victoire. Pas de emails côté Obama.

Maria Pia Mascaro

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