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Les mots des autres

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Le monde selon John McCain

Mercredi dernier, John McCain, le candidat républicain à la présidentielle, a prononcé un discours prophétique sur ce que sera l'Amérique en 2013 après 4ans sous son administration. Le discours vaut le détour. je vous en offre quelques extraits traduits librement:

"En janvier 2013, l'Amérique accueillera le retour de la plupart des hommes et des femmes sous le drapeau qui auront tant sacrifié pour que l'Amérique vive sûre et libre. La guerre en Irak a été gagnée. L'Irak est une démocratie, même si elle souffre encore des effets persistants de décennies de tyrannie et de siècles de tensions sectaires. Des éclats de violence ont encore lieu, mais de manière sporadiques et moins fréquentes. La guerre civile a été évitée; les milices démantelées; les forces de sécurité irakiennes sont professionelles et compétentes; Al Qaeda en irak a été battu; et le gouvernement irakien est en mesure d'imposer son autorité dasn toutes les provinces du pays et de défendre ses frontières. Les Etats-Unis y maintiennent une présence militaire, mais de petite taille et ne jouent pas un rôle offensif direct.

La menace d'une résurgence des Talibans en Afghanistan a été singulièrement réduite mais pas éliminée. Les forces américaines et celles de l'OTAN sont toujours en place pour terminer leur mission et continuent leurs opérations contre ce qu'il reste d'Al Qaeda. Le gouvernement du Pakistan a coopéré avec les Etats-Unis et adapté avec succès des tactiques contre-insurrectionnelles qui ont si bien fonctionné en Irak et en Afghanistan, dans ses régions tribales hors-la-loi où les combattants d'Al Qaeda sont basés.

L'amélioration des sources de renseignements de la contre-insurrection aura permis l'arrestation ou la mort d'Osama Ben Laden, et de ses principaux lieutenants. Il n'y a aucun endroit au monde où Al Qaeda peut se considérer en sécurité. La coopération accrue entre les Etats-Unis et ses alliés dans l'utilisation concertée des forces armées, de la diplomatie et des pressions économiques, et les réformes des moyens des services de renseignements américains, ont démantelé les réseaux terroristes et empêché des attentats à travers le monde. Il n'y a toujours pas eu d'attaques terroristes sur sol américain depuis septembre 2001"

Et cela continue sur le même ton pour la  menace nucléaire, qui aura été écartée, notamment en Iran et en Corée du Nord. Le risque de voir du matériel nucléaire tomber dans les mains de terroristes sera grandement réduit. La taille de l'armée américaine est considérablement augmentée, le Soudan aura accepté une force multinationale au Darfour grâce à la pression diplomatique et économique d'une Nouvelle Ligue des Démocraties (car l'ONU aura échoué bien sûr). Encouragée pas ce succès, cette NLD aura lancé des croisades à travers le monde pour faire cesser les violations des droits de l'homme et la traite des êtres humains.

L'Amérique aura connu plusieurs années de croissance économique robuste, les impôts auront été tellement réduits, qu'il n'y en a aura quasiment plus, le Congrès ne dépensera plus comme un marin saoul (c'est la blague préférée de McCain qui rajoute que le marin en question est offensé par cette comparaison tant le gouvernement dépense). La moitié des programmes gouvernementaux auront été éliminés (il a déjà cité les transports ferroviaires en exemple, mais il croit à la lutte contre les changements climatiques).

De nouveaux accords commerciaux auront été signés (attention, l'Ohio et la Pennsylvanie pourraient virer définitivement dans le camp démocrate avec de pareilles promesses, ne pas les répéter trop fort donc). La crise alimentaire mondiale n'existera plus, les subsides agricoles auront été supprimés (McCain n'a rien fait pour empêcher le passage cette semaine des plus importants subsides agricoles accordés à ce jour par le Congrès, malgré une menace de veto de George Bush). La pauvreté n'aura pas été complètement éliminée, non, mais la situation des nations les plus pauvres, elle, se sera considérablement améliorée.

Des programmes de formation continue seront proposés aux travailleurs âgés (et déconnectés des réalités professionnelles nouvelles), s'ils acceptent des emplois moins bien payés (sic). L'éducation publique aux Etats-Unis sera fortement améliorée grâce à la concurrence des charter schools (écoles publiques financées par l'état mais gérées par des privés) et des écoles privées (sic encore). Les profs seront bien sûr mieux payés, mais augmentés au mérite, la taille des classes sera réduite.  Les résultats scolaires s'améliorent dans l'ensemble du pays.

Les assurances santé sreront abordables (le marché ayant fait son travail et non pas le gouvernement), les salles d'urgences auront été remplacées par des cliniques ouverte à tous. Même l'obésité commence à décliner. La réduction des coûts de la santé (grâce aux miracles du  libre marché), permettront même de réduire la pression sur Medicare, le programme fédéral d'assistance santé pour les personnes âgées, tout cela bien sûr sans augmenter les impôts ni les primes.

Les Etats-Unis ne seront pas loin de s'affranchir de leur dépendance au pétrole étranger, le charbon devient une énergie propre grâce aux miracles technologiques développés d'ici là, 20 nouvelles centrales nucléaires auront été construites (les déchets ne sont pas évoqués!). Je vous passe la sélection des juges fédéraux. L'immigration illégale aura bien sûr été jugulée (il oublie que la loi qu'il avait proposée a misérablement échoué l'an dernier au Congrès, mais c'est vrai qu'il pourra compter sur un Congrès à majorité démocrate qui lui permettra de passer une loi plus conciliante).

Le service volontaire national aura augmenté car les jeunes Américains comprennent "que la quête du bonheur véritable est plus importante que la quête du plaisir, et celui-ci ne peut être atteint qu'en servant des causes plus grandes que l'intérêt personnel".

On n'ose même pas imaginer ce à quoi ressemblera l'Amérique si d'aventure John McCain devait occuper le bureau ovale jusqu'en 2017. Evidemment, John McCain n'explique pas comment il compte atteindre ces nobles buts, sinon en réduisant drastiquement l'mpôt. On remarquera néanmoins qu'il ne parle plus de rester en Irak 100 ans s'il le faut puisque la guerre aura été gagnée d'ici 2013. Je ne sais pas s'il a bu comme un marin saoul avant d'écrire ce discours, mais je me sens comme un marin en état de sévère ébriété après l'avoir lu.

Photos Flickr

 

 

Obama: "un gauchiste avec un beau sourire"

En attendant les résultats des primaires démocrates en Caroline du Nord et en Indiana, les républicains affûtent leur défense pour l'élection générale. J'ai eu l'occasion d'interviewer Newt Gingrich il y a dix jours à Washington. L'ancien speaker de la Chambre des représentants, qui avait mené la révolution républicaine « Contrat pour l’Amérique » contre l’administration Clinton en 1994, ébauche déjà les grandes lignes d’attaques que prépare le parti républicain contre Barack Obama, qu’il pressent toujours comme le probable nominé du parti démocrate

Vous vous souvenez? Après la victoire inattendue de Barack Obama dans l’Iowa, les chroniqueurs conservateurs les plus en vue du tout Washington ne trouvaient pas de mots assez forts pour chanter les louanges de ce politicien hors pair. De l’ancien conseiller de George Bush, Michael Gerson, au commentateur Bob Novak, ils étaient sous le charme et voyaient mal comment un des leurs pourrait faire face à ce phénomène politique qu’ils n’hésitaient pas à comparer aux frères Kennedy, tantôt à John, le président, tantôt à son frère, Bob, le candidat à la présidentielle de 1968.

Trois mois plus tard, à la faveur de la polémique suscitée par les propos sulfureux de l’ancien pasteur d’Obama, Jeremiah Wright, et des difficultés rencontrées par le sénateur de l’Illinois de remporter la confiance des cols bleus, les républicains se remettent à croire qu’ils ont finalement tout de même une chance de remporter la présidence face à lui. Et la stratégie de l’attaque se précise.

Même si le récent spot financé par le parti républicain de Caroline du Nord pour dénoncer les excès du pasteur d’Obama prouve qu’à choisir, les républicains se sentiraient mieux à l’aise contre une Hillary Clinton plus facilement définissable politiquement. Pat McKenna du quotidien de Scranton en Pennsylvanie, me faisait du reste remarquer, à l’instar d’autres commentateurs, que Barack Obama « a été particulièrement classe en n’invoquant aucun des scandales de l’administration Clinton, en particulier l’affaire Lewinsky. Les républicains ne lui feront pas ce cadeau ».

Interview :

West Wing2008: Pourquoi pensez-vous qu’Obama peine à décrocher cette nomination démocrate qui ne devrait mathématiquement plus lui échapper ?

Newt Gingrich : Obama n’est pas un gauchiste progressiste comme les autres. Rares sont les progressistes qui peuvent se targuer d’avoir pour pasteur Jeremiah Wright. Il est un politicien d’extrême-gauche, mais avec un beau sourire. Ce n’est pas pour rien que le National Journal (conservateur) l’a taxé de sénateur le plus à gauche. Mais il a été présenté comme un idéaliste plaisant, unificateur et post-racial, comme un symbole culturel charismatique. Alors qu’il n’est qu’un politicien de gauche se comportant comme n’importe quel politicien. Les gens commencent donc à avoir des doutes.

Il y a un an les républicains disaient qu’Hillary Clinton serait plus facile à battre, est-ce toujours le cas ?

Je dirais que Madame Clinton a un plancher plus élevé mais un plafond plus bas. Elle ne peut pas espérer obtenir plus de 53% des voix mais elle n’ira certainement pas en dessous de 47% lors de l’élection générale. Barack Obama en revanche a un plafond plus haut mais un plancher plus bas. Il peut gagner jusqu’à 58% de l’électorat en novembre comme il peut n’en mobiliser que 42%. Tout dépend de quel Obama se présentera en septembre. Si c’est l’Obama de la gauche pure qui méprise les petites villes, on a vu comment il s’est fait ramasser en Pennsylvanie (qu’il a perdu 55%-45% contre Clinton, ndlr).

Obama ne serait donc pas le candidat bipartisan qu’il affirme être ?

Bien sûr que non. C’est un démocrate progressiste, mais il ne faut pas le sous-estimer. Il est un des politiciens les plus accomplis de notre temps. C’est un intellectuel attirant, sa famille est charmante, il a galvanisé la jeunesse et il surfe sur cette « aura » de la différence. Mais la Pennsylvanie et dans une moindre mesure l’Ohio ont coupé son élan, où il n’a pu compter réellement que sur le vote noir et le vote de la gauche intellectuelle.

Obama et McCain chassent sur les mêmes terres, les indépendants, Obama n’est-il dès lors pas un plus grand danger pour John McCain ?

N’est-ce pas ironique que McCain soit notre candidat, alors qu’on le pensait fini il y a tout juste un an ? Mais il a montré pendant cette campagne le même courage et la même volonté de vaincre que lors des 5 années passées dans les geôles vietnamiennes. C’est un battant. Les Américains vont sans doute se dire, il mérite qu’on regarde son programme à deux fois. Pendant que les démocrates continuent d’en découdre, McCain se comporte déjà en homme d’état avec ses voyages au Moyen-Orient, à Paris, à Londres. Mais Obama reste un formidable adversaire. Il a réussi à mobiliser plus de deux millions de petits donateurs, aucun politique n’avait réussi cela avant lui. Il demeure à mon avis le nominé démocrate le plus probable, mais il n’est plus aussi intouchable qu’avant.

Regrettez-vous d’avoir lancé la procédure de destitution contre Bill Clinton ? 

Absolument pas. Le président a commis un parjure devant une cour fédérale. Et cela constitue un crime. Il n’est pas pensable de laisser un prédisent commettre un crime sans que cela ne porte à conséquence. Ce serait la porte ouverte à la corruption.

 

Un pasteur trop encombrant pour Obama

Le très controversé pasteur de Barack Obama, Jérémiah Wright, est un homme de peu de loyauté. Le show qu'il a donné pendant trois jours sur la chaîne PBS d'abord, à Detroit ensuite devant la NAACP et lundi matin à nouveau devant la National Press Club a surtout prouvé qu'il n'a pas la grandeur d'âme ni la bienveillance de son ouaille la plus célèbre. Quant Barack Obama s'est trouvé pris dans la tourmente des propos de son pasteur (le sida a été inventé par le gouvernement pour éliminer la population noire, Que Dieu maudisse l'Amérique pour n'avoir pas mieux traité ses citoyens noirs et démunis, et le très juteux Bill Clinton nous a fait ce qu'il a fait à Monica Lewinsky), il ne s'est distancé que des propos, mais n'a pas renié l'homme qu'il décrit comme son mentor spirituel, qui l'a baptisé, l'a marié, a baptisé ses deux filles.

La réponse du Pasteur ressemble à celle d'un homme égoîste et blessé dans son orgueil: "Barack Obama n'est qu'un politicien, je suis un pasteur". Il dénonce aussi ce qu'il perçoit comme des attaques nont pas "contre lui mais contre l'Eglise noire". Aux journalistes qui lui demandent s'il n'a pas peur de faire ombrage au sénateur il se contente d'un" je ne suis pas dans la course à la présidence, mais j'accepterais le poste de vice-président", lancé comme un gag. Certes l'homme cherche à sauvegarder une vie entière au service de Dieu et surtout de ses paroissiens. Il a même certainement raison de défendre l'oeuvre des Eglises noires dans le pays et de noter leur "différence". Encore qu'à la cultiver, il ne facilite pas la réconciliation ni surtout le partage. Reste la manière.

Jérémiah Wright ne semble à l'aise que dans la provocation, le défi, et même le mépris. L'homme  a visiblement une très haute opinion de lui-même. Pas une once d'humilité dans ses discours. Son offre de dialogue pour la réconciliation entre les communautés sonnait plus comme un défi que comme une invite sincère. L'homme est en colère, contre l'histoire (sans doute avec raison) et on  a presque l'impression qu'il est en colère aussi contre Barack Obama (parce qu'il prône une autre approche de la réconciliation?).

Assurément, ses interventions ce week-end n'ont pas aidé le sénateur de Chicago.
La pilule doit être amère pour ce dernier. Les analystes le disent pris au piège. S'il ne dit rien, il ne fait que maintenir en vie à une polémique qui menace d'empoisonner sa campagne et pourrait même lui coûter sa nomination. S'il renie son pasteur, il court le risque de passer pour un politicien "as usual", opportuniste quand le vin tourne au vinaigre.

Je ne suis pas certaine que de poursuivre sur la voie prise jusqu'ici soit la meilleure pour Barack Obama. Il a affirmé lui-même dans une interview à Fox News (après avoir boudé la chaîne conservatrice pendant 771 jours) que la question était politiquement légitime, ouvrant de fait la porte aux républicains et à John McCain pour la trouver eux aussi "légitime". Ce dont acte. Les républicains n'avaient du reste pas attendu la "légitimité" de la situation pour l'exploiter.

En Caroline du Nord, le parti local a utilisé des images de Jérémiah Wright pour dénoncer les élus locaux ayant soutenu Barack Obama. A ce stade, le meilleur choix pour Barack Obama serait sans doute de couper les ponts avec son pasteur. Difficile de donner un conseil sur la forme, mais plus vite la distance sera mise,  plus vite il pourra passer à autre chose. Laisser pourrir la situation jusqu'à l'élection générale - s'il devient bien le nominé - serait un cadeau inespéré pour les républicains.   

l'âge de McCain sujet de conversation (et d'inquiétude)

McCain est-il trop âgé pour assumer la fonction de président des Etats-Unis? Le candidat républicain aura 72 ans au mois d'août. S'il gagne l'élection, il serait le plus vieux président à accéder à la Maison Blanche. (Reagan avait 73 ans au moment d'entamer son second mandat). Bien que faisant rarement la une des journaux, la question est régulièrement relancée, quand elle ne lui est pas posée directement. Comme l'an dernier, lors d'un meeting électoral au New Hampshire, par un jeune étudiant. "Je travaille 24heures sur 24, 7 jours sur 7, je suis très actif, je profite de la vie", avait rétorqué Mccain, avant de rajouter: "Merci de poser la question, petit voyou, vous êtes conscrit".

Conscient que son âge pourrait le desservir, le sénateur de l'Arizona a choisi l'autodérision. "Je suis plus vieux que la poussière et j'ai plus de cicatrices que Frankenstein", aime-t-il à répéter. Cette semaine encore, le député démocrate de Pennsylvanie John Murtha, 75 ans, a remis le sujet sur le tapis: "Ce gars est presque aussi vieux que moi, ce n'est pas un job pour un vieil homme". Réponse de l'intéressé: "Tout ce que je peux dire est que j'admire et que je respecte Jack Murtha. Parle pour toi, Jack, je vais parfaitement bien".

"Fair game", diront les Américains. Après tout, McCain a décroché la nomination républicaine sans que son âge ne constitue un réel obstacle, même si celle-ci a été obtenue un peu par défaut et non par un réel ralliement de l'électorat républicain. McCain devra certainement encore répondre aux inquiétudes suscitées par son âge lors de l'élection générale. Il le sait mieux que quiconque, c'est sans doute la raison pour laquelle le choix d'un colistier s'avère particulièrement importante pour lui.

McCain ne peut se permettre de choisir un coéquipier pour des seuls motifs électoralistes (ie qui lui rapporterait les voix qu'il n'est pas sûr de glâner seul, je pense à la droite chrétienne en particulier). Son vice-président pourrait en effet être amené à le remplacer en cours de mandat, il pourrait surtout devenir le favori naturel à la nomination républicaine si d'aventure McCain serait empêché pour des raisons de santé de se représenter en 2012. Un consensus républicain est donc indispensable pour ce poste de numéro deux. Il s'agit de fait d'une pré-primaire avant l'heure (encore faut-il que McCain remporte la présidence, bien sûr).

Plusieurs noms ont déjà circulé, dont celui de Condoleezza Rice. De l'avis général dans les milieux républicains, McCain devrait s'entourer d'un conservateur avec suffisamment d'expérience de l'exécutif. Sont régulièrement cités le gouverneur de la Caroline du Sud Mark Sanford, ou le populaire gouverneur de Floride Charlie Crist, 51 ans, dont le soutien a certainement permis à McCain de remporter cet état clef ou encore celui du Minnesota, Tim Pawlenty. Pour l'hebdomadaire conservateur Weekly Standard, Mitt Romney, le candidat malheureux et ancien gouverneur du Massachusetts, constitue le choix idéal en raison de son solide background économique, une faiblesse admise de McCain.

Ps: Quand bien même Howard Dean a affirmé que le parti démocrate ne ferait pas de l'âge de McCain un argument de campagne, une vidéo circule déjà se moquant de sénateur. Elle est l'oeuvre du groupe YoungerthanMcCain, fondé par Steve Rosenthal, un ancien membre du comité de l'AFL-CIO, la centrale syndicale nationale et fondateur du groupe America Coming together, créé en 2004 pour tenter de barrer la route à George Bush.

McCain nominé officiel du parti républicain

C'est fait. John McCain est devenu cette nuit le nominé officiel du parti républicain. En remportant l'Ohio, le Texas, le Vermont (et probablement le Rhodes Island), il a franchi la barre des 1191 délégués nécessaires pour remporter l'investiture du parti républicain. Huckabye, titre le blog du New York Times pour saluer l'ancien gouverneur de l'Arkansas, Mike Huckabee, qui s'était maintenu dans la course contre vents et marées, et avec un budget totalement ridicule. Pas sûr que celui-ci décrochera du reste le poste tant convoité de vice-président sur le ticket présidentiel. McCain a besoin de quelqu'un aux épaules plus solides qu'Huckabee sur le plan économique.

Dans son discours de concession, Mike Huckabee a immédiatement insisté sur l'unité du parti. Le ton est donné, pas une minute à perdre. Il faut profiter de l'enlisement probable des démocrates pour rassembler les troupes derrière un McCain qui est encore loin de convaincre toute la base du parti, notamment sur sa droite, indispensable pourtant s'il veut remporter la présidence.

Histoire de couronner le gagnant sans plus attendre, George Bush recevra John McCain dès demain à la Maison Blanche pour le passage très symbolique du témoin. McCain savourera, après avoir dû avaler plus d'une couleuvre de son ancien rival lors de la présidentielle de 2000. Mais tout cela n'est que lointain souvenir. Si McCain devra apprendre le moment venu à se distancier de ce président peut-être encombrant lors de l'élection générale pour ratisser le plus large possible. Mais à ce stade, il doit être adoubé par le chef du parti, qui reste, malgré une popularité abyssale, très adulé dans les milieux conservateurs.

primaire, caucus, primacaucus

Dontmess Les électeurs de quatre états - Texas, Ohio, Vermont, Rhodes-Island - se rendent aux urnes aujourd'hui. Journée cruciale. John McCain devrait probablement décrocher le nombre de délégués qui lui assurera l'investiture républicaine. Côté démocrate. le suspens est entier. Hillary Clinton devance Barack Obama dans tous les sondages en Ohio, les deux sont au coude à coude au Texas. Le Vermont n'échappera pas à Obama, alors qu'Hillary semble bien placée pour remporter le Rhodes Island.

Comme une défaite d'Hillary Clinton en Ohio paraît peu probable, tous les yeux sont rivés sur le Texas et son primacaucus! Et si les règles n'étaient déjà pas suffisamment complexes dans le camp démocrate, le parti local texan y a ajouté sa touche. La journée commencera par la primaire proprement dite, soit une élection normale où les électeurs se rendent aux urnes. Dans la soirée, se tiendront ensuite des caucus, où les électeurs peuvent aller voter une seconde fois (seuls ceux qui ont voté dans la journée peuvent participer aux caucus du soir), ouvertement cette fois-ci, devant leurs voisins et amis.

126 délégués seront attribués à la proportionnelle par district lors de la primaire, et 67 lors des caucus. Pour compliquer le tout, certains districts sont surreprésentés en délégués. Le parti démocrate texan réattribue en effet à chaque district un nombre de délégués en fonction du taux de participaton démocrate de la présidentielle précédente. A en croire les experts texans, une grande partie de ces districts pencheraient en faveur d'Obama, ce qui laisse la porte ouverte à un scénario du type Nevada. Hillary pourrait gagner le vote populaire au Texas, mais perdre en terme de délégués.

Pour pouvoir rester dans la course, Hillary Clinton doit impérativement gagner le Texas et l'Ohio, de préférence avec une marge confortable. Car toutes les projections mathématiques montrent qu'elle n'a quasiment plus aucune chance de rattraper son retard sur Obama en nombre de délégués, sauf énorme scandale évidemment. Il lui faut donc afficher des victoires, après ses 11 défaites consécutives pour regagner le fameux "momentum", l'élan. Son propre camp avait laissé entendre qu'une double victoire était indispensable. Ces derniers jours pourtant, certains de ses proches estimaient que l'Ohio serait suffisant pour aller de l'avant. Mieux, son directeur de communication a affirmé que Barack Obama doit gagner les quatre états de demain pour pouvoir prétendre à la nomination.

Ces dernières affirmations ressemblaient plus à mon sens à des ballons d'essai pour tester le parti. Et pour ragaillardir ses fans. Je doute fort que sans une victoire nette au Texas et en Ohio, le parti accepte de laisser ce combat fratricide se poursuivre alors que John McCain s'installe confortablement dans la deuxième phase de l'élection. Ce serait une perte de temps et d'argent. Le risque est surtout trop grand que les coups échangés entre Hillary Clinton et Barack Obama n'affaiblissent par trop le futur nominé, quel qu'il soit.

L'ancien candidat, le gouverneur du Nouveau Mexique, Bill Richardson, a ainsi clairement indiqué que celui qui mènerait mardi soir ou mercredi matin en nombre de délégués doit être le nominé du parti. Je ne serais pas étonnée que dès mercredi, les ténors du parti, je pense à la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, au chef de la majorité démocrate au Sénat, Harry Reid, Al Gore et d'autres, fassent enfin connaître leur position pour mettre fin à ce duel. Sauf encore une fois, si Hillary gagne avec une marge importante en Ohio et au Texas. Dans ce cas-là, elle mènera son va-tout jusqu'en Pennsylvanie, le 22 avril, un état à l'électorat relativement similaire à celui de l'Ohio, remettra la pression pour compter les votes de Floride et du Michigan, et pourra espérer retarder la décision de certains superdélégués, qui commencent désormais à pencher de plus en plus dangereusement en faveur d'Obama.

Signe que les républicains ont tout à gagner d'un enlisement des primaires démocrates, plusieurs commentateurs conservateurs, dont Rush Limbaugh, ont appelé les républicains à voter Hillary dans les primaires de l'Ohio et du Texas pour la maintenir dans la course. (les deux états ont des primaires "ouvertes" aux indépendants et aux républicains). Le parti démocrate n'a aucun intérêt à laisser faire.

ps. vous êtes de plus en plus nombreux à réagir sur ce blog, souvent avec passion. Cette campagne suscite un réel intérêt bien au-delà des frontières américaines. Et c'est réjouissant. Je crois néanmoins que nous pouvons exprimer nos enthousiasmes et nos différences politiques en restant respectueux les uns des autres, sans avoir à recourir aux noms d'oiseaux et aux insultes. Je n'ai que peu ou pas modéré les commentaires jusqu'îci et je voudrais pouvoir laisser cet espace ouvert au plus grand nombre. Merci à vous tous. 

Photo . Flickr (cc)

McCain gagne le Wisconsin

Campagne_new_hampshireharlem_009 John McCain, le nominé putatif du parti républicain, a gagné la primaire du Wisconsin hier soir. Il devance Mike Huckabee de près de 20%. Le sénateur de l'Arizona a immédiatement axé son discours de victoire sur la bataille de novembre et s'en est clairement pris à Barack Obama. "Je me battrai pendant chaque moment et chaque jour de cette campagne pour être certain que les Américains ne seront pas déçus par un appel au changement éloquent mais vide qui ne promet rien de plus qu'un moment de vacances dans l'histoire et un retour à des fausses promesses et des politiques ratées d'une philosophie ratée qui croit davantage au gouvernement qu'aupeuple". Le ton est donné. McCain a déjà choisi son rival. Obama n'a qu'à bien se tenir.

Si ces arguments du franc tireur de l'Arizona ressemblent étrangement à ceux utilisés par l'ancienne First Lady contre Obama, il a également donné un avant-goût, sans surprise, des thèmes qu'il entend mettre au centre de l'échiquier. Ce sera les affaires étrangères toutes. Il a évoqué tour à tour le Pakistan, Cuba, le Vénézuela en demandant si le prochain président aura "l'expérience et la capacité de jugement" pour répondre à ces développements. C'est bien vu, même si dans tous les sondages, démocrates comme républicains affirment que l'économie est leur préoccupation numéro un. McCain ne pourra pas faire l'impasse sur ce thème, même s'il préfèrerait s'en passer après avoir publiquement admis que l'économie n'était "pas son truc".

La faute au Kansas

Kansas_2 "Je n'ai pas un diplôme en mathématiques, mais j'en ai un en miracles, et il se trouve que je crois encore aux miracles". Mike Huckabee a toujours le verbe et la pensée bibliquement fleuris. Et miracle il y a eu. Il a gagné samedi soir la primaire du Kansas. Sa victoire était anticipée après le retrait de Mitt Romney de la course car on savait que les votes évangéliques se reporteraient en grande partie sur l'ancien pasteur de l'Arkansas. Mais il gagne avec une avance beaucoup plus importante que prévue: 60% contre 24% à John McCain. Un camouflet pour ce dernier, même si "mathématiquement", n'en déplaise au miraculé, Huckabee n'a pratiquement aucune chance de décrocher la nomination du parti.

La réconciliation avec les évangéliques n'est de loin pas acquise pour McCain, et ce vote au Kansas ressemble même à un claquage de porte. Il dit aussi que si les évangéliques s'étaient mis d'accord en amont au lieu de disperser leurs voix entre Thompson, Romney et Huckabee lors des premiers scrutins, McCain ne serait pas où il est.

Or, le sénateur de l'Arizona aura besoin des évangéliques pour gagner en novembre, mais ceux-ci ont déjà montré par le passé, en 92 et 96 en particulier, qu'ils n'ont aucun état d'âme à rester chez eux si le nominé du parti ne leur convient pas. "Le parti républicain est un parti de conservateurs et il ne pourra pas se remodeler sans cette base", me disait vendredi Richard Dresner, consultant politique à New York. Huckabee reste dans la course avec un objectif précis: il veut sa place sur le ticket. (pour info, il n'a pas de boulot).

Si McCain n'a pas encore tendu la main au pasteur c'est sans doute qu'il pense (pensait) pouvoir trouver meilleur colistier. McCain est faible en économie, pas de chance alors que le pays entre en récession, et Huckabee avec ses propositions de grands travaux publics pour relancer l'emploi et l'élimination de l'impôt sur le revenu pour le remplacer par une forme de TVA de l'ordre de 23 à 28%, passe pour un gauchiste interventionniste.

Reste, reste le Kansas. Un état à ne pas prendre à la légère pour scruter le coeur et la raison de la base évangélique. A ceux que le mouvement religieux conservateur intéresse, je conseille le passionnant livre "What's the matter with Kansas" de Thomas Frank (qui explique comment la nébuleuse évangégique s'est transformée en force politique dans cet état au coeur du pays. Bref, le résultat de ce soir est un avertissement à McCain. Et Mike Huckabee aura encore moins l'intention de se retirer après sa victoire ce soir. ("Pourquoi les pauvres votent à droite : Comment les conservateurs ont gagné le cœur des Etats-Unis ", merci Jérôme!).

supertuesday, c'est parti! - 17h42

Cela fait quelques heures déjà que les bureaux de vote sont ouverts sur la côte est. La participation, et c'était attendu, semble très importante. Les qg de campagne font leur dernier tour de spin pour la journée. Hillary Clinton bat ses concurrents à plate couture côté nombre de mails envoyés à la presse. J'y apprends que 250000 personnes se sont branchées sur son townHall meeting hier soir via son site web, elle nous rappelle aussi que le plan de santé de Barack Obama laisserait 15 millions de personnes sur la paille et elle nous fait part du robot-call (appel automatique aux électeurs) enregistré par Jack Nicholson.

Barack Obama n'a jusqu'ici envoyé que deux emails assez sobres, dont l'un avec un lien vers la liste des bureaux de vote par état. Il dit "nous" en parlant de sa femme Michelle et de lui-même. "Nous avons l'opportunité de donner une nouvelle direction à notre pays, nous pouvons remplacer la politique de la division et de la destruction avec des politiques nouvelles d'engagements et d'espoir". John McCain lance un appel à ses supporters, les rappelant qu'il est l'heure de se rendre aux urnes, pour "choisir un nouveau commandant en chef". Accent toute sur son passé de héros du Vietnam.

Mitt Romney a fait trois apparitions télévisées ce matin où il se fait fort de rappeler son expérience exécutive (sous entendu, McCain n'a été qu'un législateur pendant 25 ans). Hillary Clinton sera à New York ce soir, Barack Obama à Chicago, Mitt Romney à Boston et John McCain, je présume, à Phoenix, Arizona. (des infos sur le calendrier de McCain sont bienvenues). Mike Huckabee lui sera dans son état natal d'Arkansas. Quant à Ron Paul, il a continué à sillonner le pays comme un favori.

J-1 dernier cycle d'infos

Campagnenewyork_011 Supertuesday! On y est, les électeurs de 24 états américains sont appelés aux urnes aujourd'hui pour leur primaire ou leur caucus en vue de nominer les candidats des deux partis à la présidentielle. A quelques 30 heures (ou plus, la Californie annonce que nous n'aurons pas forcément les résultats dans la nuit de demain) des résultats, les candidats essaient de forcer les titres de la presse.

Obama était soutenu par Robert de Niro, Ted et Caroline Kennedy au New Jersey lundi, avant d'aller finir son marathon dans le Connecticut et à Boston, fief du clan Kennedy. La vidéo "Yes we can" fait le tour de la blogosphère. Plus d'un million de visites en deux jours. "Magnifique pub gratuite", lâchait un commentateur de CNN. Je vous laisse juger.

Hillary a fait un arrêt dans son ancienne Alma mater de Yale, dans le Connecticut où les larmes lui sont montés aux yeux pendant l'éloge que lui a faite un ancien professeur. (S'il n'y avait pas eu l'épisode des larmes au New Hampshire la veille du scrutin déjà, on aurait presque envie de lui accorder le bénéfice du doute). Je vous laisse apprécier les commentaires des lecteurs du NYtimes et ceux de CNN.com. Côté Hollywood, elle a reçu aujourd'hui le soutien de Jack Nicholson.

Moins  bavards qu'à l'habitude, les communicateurs en chef d'Obama minimisaient aujourd'hui dans le New Jersey les attentes tout en rappelant qu'Hillary les devançait encore de 10 à 20 points il y a deux semaines dans la plupart des états, à l'exception de l'Illinois, terre d'Obama. Lecture: nous sommes remontés dans les intentions de vote partout, même si nous perdons demain nous sommes les vainqueurs restons dans la course. Voir le mémo du directeur de campagne d'Obama.

Vous noterez qu'il ne donne que les sondages très défavorables à son poulain. (les derniers sont ici). ça s'appelle du spin! La réponse du camp Clinton : la bataille sera serrée et pourrait se prolonger jusqu'au 4 mars (minisupertuesday avec le Texas et l'Ohio notamment). Sous-entendu, une victoire serrée reste une victoire, on oublie qu'Hillary était donnée comme "inévitable" il y a encore six mois. A chacun son spin!

La presse s'est également gargarisée des propos tenus par Hillary Clinton sur son plan de santé, admettant pour la première fois qu'elle mettra en place un mécanisme de prélèvement par le biais des impôts ou par une ponction salariale pour les récalcitrants qui refuseraient de contracter une assurance maladie. Barack Obama a proposé un plan de santé qui passera d'abord par un système de régulation des coûts dans le but de rendre les assurances santé abordables. Hillary a aussi prévu un système de fixation des prix (actes médicaux et médicaments notamment), mais elle veut rendre l'assurance maladie obligatoire. Deux approches philosophiques radicalement opposées.

Si l'idée de l'assurance maladie pour tous est acquise en Europe, je suis convaincue que de nombreux Américains (démocrates compris) doutent encore de ses vertus. Hillary avait fermement refusé jusqu'ici de dire comment elle comptait forcer tout le monde à contracter une assurance. Ces propos, au pays de l'individualisme forcené, pourraient lui coûter quelques voix précieuses.

Côté républicain, la messe paraissait être dite, mais Mitt Romney fait une surprenante remontée en Californie, l'état le plus peuplé en électeurs et donc en délégués. John McCain maintient néanmoins une sérieuse avance sur son rival au niveau national et dans plusieurs états. Les commentateurs s'accordent à penser que le nominé républicain sera connu mercredi. Je me demande néanmoins si l'assaut des conservateurs contre McCain ne pourrait pas finalement réserver une petite surprise, ie plutôt que de "gaspiller" leurs voix sur Mike Huckabee, certains évangéliques pourraient opter pour Romney, un moindre mal par rapport à McCain.

Anne Coulter, la vitrioleuse commentatrice conservatrice, est allée jusqu'à dire qu'elle préfèrerait voter pour Hillary plutôt que pour McCain en novembre. Rush Limbaugh, l'animateur de radio évangéligue s'est également lâché contre McCain. Bref, les raccomodages au sein du parti vont être difficiles sinon douloureux.

délégués, superdélégués, etc...

Delegate Quant le Michigan et la Floride avaient défié les partis nationaux l’an dernier en décidant d’avancer leurs primaires au 15 et au 29 janvier respectivement, le parti national démocrate avait été clair : les délégués ne compteraient pas et il priait les candidats de ne pas faire campagne dans ces territoires rebelles. A l’issue des scrutins pourtant, Hillary Clinton a demandé à ce que les règles soient revues : « Notre nominé aura besoin du soutien enthousiaste des démocrates de ces états et je demanderai à mes délégués de participer à la convention de Denver».

Guère étonnant, Mme Clinton est arrivée en tête dans les deux états. Si elle prend le risque de se mettre une nouvelle fois à dos son rival Barack Obama, la raison en est simple: la guerre aux délégués sera sans merci. Et la victoire ne pourrait tenir qu’à une poignée d’entre eux. Pour les stratèges, cette réalité est un véritable casse-tête car les règles sont loin d’être uniformes.

D’abord les électeurs ne votent pas directement pour le candidat de leur choix mais pour un délégué qui les représentera à la Convention. Ces délégués doivent annoncer la couleur, déclarer pour qui ils voteront et devront s’y tenir. Côté républicain, la situation est relativement plus aisée même si elle n’est pas un modèle de démocratie. Le gagnant du vote populaire dans 11 états empoche tous les délégués de cet état. Dans certains états le décompte se fait par district, le gagnant emportant les délégués de ce district, une forme indirecte de proportionnelle - si ce concept est possible - qui permettra un partage des délégués dans ces états.

Côté démocrate, la situation est plus complexe. En apparence, les délégués sont attribués à la proportionnelle, au niveau des états. Mais le semblant de démocratie s’arrête là. A l’intérieur de chaque état, les circonscriptions électorales sont libres d’appliquer la règle du « winner take-all » (le gagnant rafle la mise) ou la proportionnelle.  Sans compter que certains districts - par souci d'égalité de traitement pour régions rurales moins peuplées ont un nombre de délégués supérieur par tête de pipe aux grandes régions urbaines (je vous rappelle le Nevada). En bref, les pronostics  sur la base des sondages  sont quasiment impossible.

Enfin, le parti démocrate a introduit en 1980 le système des superdélégués qui ne sont pas élus par le peuple mais désignés directement par le parti. Leur nombre total représente environ 15% des 2025 délégués que le nominé doit engranger pour s’assurer la nomination du parti (sans la Floride et le Michigan). Les élus démocrates aux deux chambres du Congrès en font partie, les gouverneurs, des élus locaux, d’anciens membres du parti. Jimmy Carter et…. Bill Clinton en sont. Les candidats les courtisent avidement, dans une campagne parallèle ce qui s’est muée en une primaire de l’ombre. Sachant qu'une grande partie de ces superdélégués doivent leur position  aux Clinton, c'est leur loyauté qui est sur la table.

photo by Zen CC

Only in Florida

21h47 McCain monte sur scène, il a l'air sincèrement ému. Il sait le rêve à portée de mains. La Floride, "un winner take all state", un état oû le vainqueur empoche tous les délégués de l'état, lui en offre 57 d'un coup. Mitt Romney va l'attendre sur les questions économiques sur lesquelles il pêche un peu. McCain lui tentera d'insister sur le manque d'expérience de son rival sur les dossiers étrangers et miliitaires, en ne manquant pas de rappeler que Romney "change d'avis à peu près sur tout". C'est presque devenu un slogan chez McCain.

Pour ce soir, trève et politesses."Il souhaite le meilleur à son candidat". Rassurez-vous ça ne va durer, à voir le ton qu'avait pris la campagne durant ces derniers jours en Floride. Les mots de reconnaissance à l'égard de Mike Huckabee sont nettement plus appuyés (voir ci-dessous). Quant à Giuliani, il devient "Mon cher ami". Le bruit circule que les deux hommes négociaient tout à l'heure la forme que devrait prendre le "endorsement" officiel de Giuliani à McCain, à priori dès demain en Californie. (la nouvelle est apparemment confirmée).

21h32 Mitt Romney est déçu, c'est clair. Il rêvait de cette victoire qui lui aurait donné l'adoubement qu'il souhaitait. Ses victoires précédentes au Nevada et au Michigan n'ont pas exactement le même goût. Il lui faudra désormais consulter la famille pour savoir combien d'argent le clan (et sa fortune est énorme) est prêt à mettre dans le combat qui va l'opposer à John McCain dont les finances sont en revanche en piètre état. A partir d'aujourd'hui, il sera surtout intéressant de voir comment l'establishment républicain, demeuré étonnamment coi jusqu'ici se prononcera. On dit les Bush, père et fils, plus enclins à soutenir Romney. Le populaire gouverneur de Floride, Charlie Christ s'est prononcé en faveur de McCain. Courtois, Romney ne reste sur scène que 7 minutes, montre en main. Place au vainqueur de la soirée.

21h21 Giuliani prend la parole. Il salue John McCain, Mitt Romney, Mike Huckabee. Il passe presque à autre chose avant de rajouter et Ron Paul, "qui a gagné tous les débats". Fair Play. Sa campagne restera dans les annales comme l'exemple à ne pas suivre. Il pourra retourner à sa boîte de consultants Giuliani Partners mais il aura sans doute des difficultés à jusfifier les commissions exorbitantes de l'ordre de 100 000 $ qu'il demandait avant cette aventure électorale. Le "Maire de l'Amérique" n'est finalement que  l'"ex-maire de New York", et je connais plus d'un New Yorkais qui vous diront "nous avons frisé la catastrophe". N'oublions pas que Rudy a surfé en tête des sondages nationaux pendant près de 10 mois. Son discours est coupé par celui de Mitt Romney.

21h17 John McCain gagne la Floride devant Mitt Romney. Le champ républicain devient un duel entre le sénateur de l'Arizona et l'ex gouverneur du Massachusetts.

21h09 Enterrement de première classe pour Giuliani dans l'etat qui devait pourtant le couronner. Sa stratégie de passer outre les premiers états des primaires n'a pas foncitonné. L'Iowa et le New Hampshire respirent: ils sont toujours "relevant". La bataille pour le calendier des primaires 2012 promet une belle foire d'empoigne.

Giuliani n'a pas encore commencé à parler que déjà Time Magazine annonce que Giuliani va probablement soutenir McCain dès demain. McCain peut sourire. Victoire ou pas, il accumule les bonnes nouvelles. Giuliani d'abord, Huckabee ensuite qui reste dans la course et continue à détourner des voix qui pourraient aller à Mitt Romney. Les alliances se tissent. Huckabee se prépare à son rôle de VP.

21.01 La course est toujours "too close to call" (trop serrée) entre John McCain et Mitt Romney. On attend le discours de Rudy Giuliani d'un moment à l'autre.

20h56 Huckabee remercie son monde pour sa 4e place. ll promet de continuer sa campagne de là où il est déjà, au Mizoura, si si j'ai bien dit Mizoura. C'est un truc dans l'Etat. Ceux qui disent Missouriiii sont forcément des démocrates lisant le New York Times, roulant en Volvo et buvant des latte à 4 dollars de chez Starbucks. Entre conservateurs, on se reconnaît au A, de Mizoura. Huckabee répète une dizaine de fois, Mizouraaaa. MSNBC le laisse parler jusqu'au bout

20h49 : MSNBC coupe le direct d'Hillary. Ca ne compte pas, vous vous souvenez?, lance Joe Scarborough. Je zappe sur CNN, pub. Ca me rappelle la sortie mi-sérieuse mi-boutade de Ben Smith, l'un des auteurs vedettes de Politico.com tout à l'heure, au terme d'une longue conférence téléphonique de la campagne Clinton pour dire aux journalistes que, finalement, loui a Floride compterait. "Dites les gars, vous êtes entrain de nous demander de couvrir cette primaire qui n'en est pas une à hauteur égale de celle des républicains, c'est ça, vous voulez des titres demain?". Yuk. Mark Penn, le sondeur en chef d'Hillary ne se démonte pas. "Mais non, vous couvrez ce que vous voulez". Message reçu, sur les châines d'infos, les commentateurs ont zappé sur les républicains.

20h44 Hillary Clinton déclare la victoire en Floride. Sur le papier c'en est une 49% des voix contre 29 % à Obama et 15% à John Edwards (le décompte n'est pas terminé). Problème: la Floride ne compte pas, enfin pas si les candidats respectent la promesse prise après la décision du parti démocrate de Floride d'avancer sa date des primaires contre l'avis du parti naitonal. vous vous souvenez.? Les délégués de Floride ne compteront donc pas et ne seront peut-être même pas invités à la convention de Denver en août (promis je vous fais très vite un poste sur le décompte des délégués). Reste que depuis hier, Hillary Clinton dit exactement le contraire. Elle s'est même fendue d'un déplacement en Floride pour fêter avec ses supportes. "Tant mieux, ça fait un jour de moins dans un des états du Super Tuesday", lâche David Plouffe, le directeur de campagne de Barack Obama, lors d'une conférence téléphonique avec des journalistes.

Clinton-McCain-Romney

A moins que ça ne soit Obama-McCain-Romney. Hillary Clinton a remporté le vote populaire au Nevada par 50,7% devant Barack Obama (45,2%). John Edwards a fait un bide dont il devra tirer les enseignements très vite avec seulement 3,8 % des voix. (Si le Nevada est vraiment une anticipation de ce que réservera la Californie le 5 février, il est définitivement out, la Caroline du Sud n'y changera rien samedi prochain).

Mme Clinton peut s'enorgueillir d'avoir obtenu le vote hispanique (64%) qui sera important dans cette élection, aussi bien dans les prochaines primaires de Californie, New York ou du New Jersey notamment, que lors de l'élection générale de novembre. Le parti républicain avec sa politique anti-immigratoire a sérieusement entamé le soutien de cette population pourtant souvent conservatrice sur les questions sociales et que Karl Rove avait réussi à amener à hauteur de 40% dans le giron de George Bush en 2004.

Barack Obama n'a pas daigné donner un "concession" speech hier soir. Un refus d'admettre sa deuxième place comme une défaite. Il a perdu par moins de 600 voix mais surtout son camp s'enorgueillit d'avoir gagné la course aux délégués (attribués géographiquement). Son succès dans les régions moins peuplées et plus conservatrices du nord de l'état peut se lire comme une bonne nouvelle pour l'élection générale (encore faut-il qu'il remporte la nomination démocrate). En revanche, son score auprès de la communauté afro-américaine (80%) a été remarqué à quelques jours de la très importante primaire de Caroline du Sud où les Clinton et lui se disputent le vote noir qui représente 50% de l'électorat de cet état de la côte sud-est.

Je dis "Les" Clinton, car Bill n'a pas l'intention d'y perdre sa couronne de "premier président noir" offerte par l'écrivaine Toni Morrison. Il sera cette semaine dans le Palmetto State pour aller, église par église, pâté de maison par pâté de maison, y faire du porte à porte dans les principaux quartiers noirs de l'état. Mme Clinton savait aussi très bien ce qu'elle faisait en filant sur Harlem dimanche à l'Abyssinian Baptist Church sur la 138e Rue pour y recevoir l'adoubement du très influent pasteur Calvin Butts.

Côté républicain, la course devient de plus en plus intéressante et difficile à déterminer. McCain a signé une deuxième victoire en Caroline du Sud qui lui était indispensable pour asseoir son statut de prétendant sérieux, à même de réunifier un parti sans héritier. Il y devance d'une courte tête Mike Huckabee (33,2% contre 29,9%). Mais au jeu du spin, les bonnes deuxièmes places restent des deuxièmes places. McCain peut certainement remercier Fred Thompson d'être resté dans la course jusqu'ici. Avec sa troisième place, cet acteur et ancien sénateur du Tennessee, a détourné de nombreuses voix évangéliques qui seraient probablement allées à l'ancien révérend Mike Huckabee. Les commentateurs se demandent dès lors si Thompson va rester dans la course au moins jusqu'en Floride pour y jouer le même rôle. "Si McCain lui paie sa campagne, sûrement", lâchait ironique un commentateur sur MSnbc hier soir (désolée je n'ai pas eu le temps de relever son nom).

Car au fonds, la course républicaine revient inlassablement à cette question: l'argent. McCain en a de moins en moins, même si cette victoire pourrait encourager les donateurs républicains à être plus cléments avec lui. "Nous sommes éternellement fauchés", me disait la semaine dernière Dick Dresner, un conseiller de Huckabee". Fred Thompson a le même problème. Même Rudolph Giuliani, qui a tout misé sur la Floride (29 janvier), a annoncé la semaine dernière que son staff ne serait pas payé ce mois....

Ce qui nous ramène à Mitt Romney et sa victoire écrasante samedi au Nevada. Certes, il n'y avait quasiment pas d'opposants (ils étaient tous en Caroline, ou en Floride), il a pu compter sur le vote mormon (qui représentait un quart de l'électorat républicain au Nevada), mais tout de même, 51,1% des voix devant le suivant, Ron Paul à 13,7%, est un score non négligeable. Mitt Romney fait campagne toute sur l'économie. Un thème qui a déjà fait mouche au Michigan et qui a trouvé des oreilles sensibles au Nevada, l'état le plus touché par la crise des subprimes. A l'heure où Washington discute d'un plan de relance de 145 milliards de dollars pour renflouer une économie secouée, son profil de redresseur de boîtes défaillantes commence à séduire les petits épargnants et autres propriétaires affectés par les premiers signes de récession.

Et Romney a de l'argent, beaucoup d'argent. L'écarter trop vite au profit de McCain, qui a tout de même de sérieuses inimiitiés au sommet du parti républcain, serait aller vite en besogne. Le bruit court que les Bush se tâteraient déjà pour donner des signes de soutien à Romney. C'est à double tranchant évidemment, vu la cote de popularité abyssale de Bush. Mais il reste le président. On se souviendra que Romney avait prononcé en décembre son discours sur sa foi dans l'enceinte de la librairie présidentielle de Bush Senior près de Houston.

L'or au vol pour Romney

Fm08thumb Mitt Romney a enfin décroché une médaille d'or lors des primaires du Michigan hier soir (39% après 80% des bulletins dépouillés). C'était un peu le quitte ou double pour lui. Après les millions dépensés, dont certains directement de son (immense) fortune personnelle, cet ancien gouverneur du Massachusetts n'avait récolté que l'argent en Iowa et au New Hampshire (j'emprunte à son propre vocabulaire sportif pour ceux qui se poseraient la question), deux états dans lesquels il avait pourtant beaucoup investi. Les républicains doivent désespérer. Trois primaires: trois vainqueurs, et Giuliani qui promet de nous faire le coup de la pochette surprise en Floride dans deux semaines. Il y a de quoi être déroutés.

Les démocrates eux sourient: plus le parti républicain se divise plus il lui faudra de temps pour recoller les morceaux après la nomination décidée et se mettre d'accord sur une ligne commune pour battre les démocrates. Daily Kos s'était même amusé à pousser les démocrates (dont la primaire au Michigan comptait un peu pour beurre puisque le parti national a puni le parti local pour avoir maintenu la date du 15 janvier pour sa primaire et le privera de ses délégués à la convention de l'été) à semer le trouble côté républicain en votant justement, pour Romney, et lui garantir ainsi au moins une victoire. (oui, Romney avait déjà gagné le Wyoming le 5 janvier, mais franchement, c'était une victoire mineure, un slalom géant avec un seul skieur si vous voulez en attendant la descente libre avec tous les anciens médaillés olympiques).

Intéressant dans ses résultats, la bonne tenue de McCain (2e avec 30%) qui confirme sa victoire au New Hampshire et arrive ainsi avec un momentum certain en Caroline du Sud, au moment où l'on essaie de lui refaire le coup des swift boat. Mike Huckabee avec sa troisième place (16%) rappelle que sa candidature est solide. Il est en tête des intentions de vote en Caroline de Sud, et ses chances d'emporter cet état de la bible belt sont sérieuses puisque l'électorat républicain y est dominé par les évangéliques qui lui ont déjà offert la victoire en Iowa au début du mois. Enfin, on constatera que Giuliani finit 6e! (3%) derrière le libertarien Ron Paul (6%), derrière surtout Fred Thompson (4%) qu'on avait fini par oubier qu'il est toujours dans la course.

Bref, la campagne républicaine devient aussi passionnante que déroutante. C'est à celui qui profitera le plus du dernier momentum (élan) acquis. Et le bruit qui court déjà d'une possible alliance (ou le voeu pieu) entre McCain et Huckabee après la Caroline du Sud, surtout si McCain ne s'engage à se présenter que pour un seul mandat. (il n'a pas vraiment dit oui, mais ça lui fera 76 ans en 2012....), sauf que si Huckabee l'emporte en Caroline du Sud, il pourrait encore attendre. Déroutant je vous disais.

le pari risqué de Giuliani

Giulianiflorida Rudolph Giuliani dira si le système des primaires tel qu'on le connaît aura vécu. L'ancien maire de New York a tenu le pari très particulier de faire l'impasse sur les premières primaires pour se concentrer quasi exclusivement sur la Floride (29 janvier) en espérant qu'une victoire dans cet état clef le propulsera vers une victoire dans les grands états plus modérés lors du super tuesday et ses primaires dans une vingtaine d'états le 5 février.

A lire les courbes des sondages, le calcul a peut-être été optimiste. Si Giuliani a largement fait la course en tête durant les premiers mois de la campagne, il doit désormais composer avec le retour de John McCain et la très bonne tenue de Mike Huckabee, tout auréolé de sa victoire en Iowa et qui lui dame le pion dans plusieurs sondages nationaux. Même en Floride, où il fait campagne pratiquement seul depuis quelques semaines, Giuliani doit batailler ferme avec Huckabee et même depuis peu, selon un dernier sondage, avec McCain qui y prendrait la tête.

La stratégie de Rudolph Giuliani n'a pourtant pas toujours été aussi claire. Durant l'été et une partie de l'automne, il faisait encore activement campagne au New Hampshire qu'il espérait emporter. Il a curieusement réussi à faire oublier son mauvais score